MOI - ICH

Bienvenue dans mon nouveau chez moi !

Il m'aura fallu le temps de me décider, le temps de retrouver l'envie (un peu aussi...) d'écrire, de raconter, le temps de prendre le temps...

Voilà donc ce blog que j'aurais du commencer il y a presque deux ans alors que je quittais la France pour m'installer en Allemagne.

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Ce n'est donc pas...

... un blog politique, mon avis, ce que je pense, ce que je crois, mon opinion.

Mais c'est...

...ce que je vois, ce qu'on me demande, ce qui me pose problème, ce dont je me souviens.

Donc,

les aimables visiteurs peuvent attaquer les faits mais pas la personne, les idées mais pas l'homme, les fautes d'orthographes mais pas mon clavier....

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  • Avant de partir en vacances : le kit garde-à-vue.

    le kit garde-à-vue.

    Une innovation moderne et bientôt indispensable, moderne, bientôt tendance, le kit garde-à-vue va rapidement devenir incontournable.

    L’idée a germé dans le cerveau de jeunes créateurs prêts à se lancer dans le capitalisme "entrepreneurial" cher au président de la république.

    « Il y a eu 800.000 gardes à vue en 2009, avec le durcissement de la législation sécuritaire, on peut s’attendre à dépasser le million en 2010 et les deux millions en 2012. Il fallait absolument réagir et proposer à ce marché émergent un outil pratique pour que cela se passe dans les meilleures conditions » a déclaré le jeune patron de cette start-up : « Kit en Stock » qui lance sa campagne de promotion au slogan prometteur : « Ma prochaine garde à vue ? Heureusement, j’ai tout prévu ! »

    « Nous souhaitons obtenir un agrément du ministère de l’intérieur et une validation par les syndicats de police mais cela n’est pas facile car il faut obtenir leur accord pour que le kit ne soit pas retiré au gardé à vue sous quelque prétexte que ce soit. » a-t-il ajouté.

    Le kit se présente sous la forme d’un sac « banane » très compact. Il peut contenir :

    - Un brochure rappelant les droits du gardé à vue basés sur la législation française et européenne. Elle est fabriquée en cellulose de maïs donc comestible… Il est conseillé de l’apprendre par cœur au cas où un policier indélicat prévenant vous obligerait à la manger.

    - Un petit drapeau français dépliable pour prouver son attachement à La France

    - Un prospectus UMP de soutien à l’action de Nicolas Sarkozy et un autre « J’aime La Police de mon beau pays ! » pour faire bonne impression

    - Une pochette destinée à contenir tout document : copies des actes d’état-civil des parents et grands-parents pour prouver sa nationalité, certificats médicaux, attestations diverses es qualité, adresses et numéros de téléphone du médecin, de l’avocat, de la famille, du député UMP le plus proche

    - Une brosse à dents et une dosette de dentifrice sous forme de gel liquide pour ne pas énerver les policiers si vous puez de la gueule

    - Deux sacs vomitoires biodégradables. Astuce : mangez peu si vous pensez vous trouver dans une situation susceptible de vous mener en garde à vue. Par exemple: déambulation ou conduite automobile de nuit près d’une cité de banlieue, manifestations, visite du président au bon peuple, entreprise en grève, sortie en boîte de nuit, rave party, voies ferrées d’un TGV

    - Une lingette parfumé antiseptique biodégradable fabriquée avec de la cellulose recyclée

    - Une dosette de savon liquide antiseptique

    - Un bipper configuré pour être relié à un cabinet d’avocat avec un message court et précis « Sortez-moi de là, je ne suis pas une célébrité mais je suis en garde-à-vue au commissariat de … »

    - Une petite lampe torche assorti d’un lecteur MP3 avec micro haut-parleurs intégrés diffusant « La Marseillaise » chantée par les chœurs de l’armée française, des chansons bien de chez nous comme « Douce France » et un enregistrement de la lettre Guy Moquet récitée par Christian Clavier, d’un crayon pour écrire vos aveux si vous vous brisez la mâchoire dans l’escalier du commissariat

    - Des grilles de mots croisés et de sodoku

    - Un tranquillisant léger homéopathique sous la forme de deux comprimés pour arriver à dormir en cellule

    - Un petit oreiller gonflable

    - Un pince-nez pour se prémunir contre les odeurs en cellule

    - Des boules Quiès pour les cris des autres coupables présumés innocents

    - Une dosette de vaseline antalgique apaisante pour les touchers rectaux

    Ce kit est en promotion pour son lancement au prix imbattable de 29,99 €. Il sera disponible partout.

     

  • Des favelas à la Française.

    Les bidonvilles du Président.

    Des monstres, des animaux, des sauvages ! Tels sont les mots que l'on entend ça et là, à propos des attaques contre les policiers à Grenoble, contre une gendarmerie à Saint-Aignan. Dans les deux cas, un groupe important de personnes a pris fait et cause pour un des leurs, délinquant, et tué par les forces de l'ordre.

    Cette réaction contre la police démontre que, de plus en plus, une partie de la population n'a plus confiance en la police et la justice de son pays.

    Certes, il y a des conditions mafieuses dans les cités, certes, divers trafics y prospèrent. Pourtant, la sécurité devait être la priorité du quinquennat du Président en place. Des moyens importants ont d'ailleurs été déployés, des lois très répressives ont été promulguées et la police jouit d'une impunité rarement atteinte depuis les années 70.

    Alors, on peut se demander : pourquoi cette dégradation ?

    Nicolas Sarkozy et son équipe ont favorisé le communautarisme social en plus de certaines formes de communautarisme ethnique ou religieux.

    Les fameuses bandes contre lesquelles une loi a été votée il y a quelques mois, correspondent, soit à un regroupement tribal, soit à un regroupement de type gang et les deux se confondent souvent. Le gang peut protéger la "tribu" et, réciproquement, la tribu peut laisser le gang coexister en son sein, juste par fraternité et si elle y trouve un intérêt.

    Une fraternité qui remplace la froide solidarité des services publics en régression.

    Et quand il y a de "bonnes affaires" à faire ou quand il s'agit de faire front face à la police, les gangs et les tribus peuvent trouver un intérêt commun à gommer leurs différences.

    La violence devient un exutoire puisqu'elle vient en réponse à une autre violence, celle des forces de l'ordre et de ce qu'elles « défendent » : la société.

    Le type qui tire une balle de chevrotine ou balance un cocktail molotov sur une voiture de police, cherche à tuer d'abord l'opprimé, le sans grade, l'animal, le barbare qu'il est, tant on l'affuble de ces qualificatifs depuis des décennies. C'est une reconquête illusoire de dignité, non pas aux yeux de l'opinion publique, - ça, cela fait longtemps qu'il s'en fout - mais à ses propres yeux.

    Des gens du voyage détruisent une gendarmerie avec une rage, une hargne, une violence inouïe dans une bourgade de province alors que l'un des leurs, semble-t-il, a été tué après une course poursuite avec les gendarmes ? Cette violence réactionnelle est proportionnelle au mépris, à la méfiance, au rejet, au harcèlement, aux vexations, aux humiliations, aux contrôles au faciès subis depuis tant d'année de la part des forces policières mais aussi de certains maires, qui leur refusent un accès pour s'établir malgré la loi qui les y oblige, ou leur rend le séjour difficile pour qu'ils s'en aillent au plus vite.

    Ils auraient pu tout aussi bien porter plainte me direz-vous. Justement, s'ils ne l'ont pas fait , c'est qu'ils estiment que la justice n'est pas impartiale et ne les entendra pas. Ils ont entendu parler de ces procès vite expédiés où l'on condamne sur la bonne foi des témoignages de policiers comme à Villiers-le-Bel, il y a trois semaines.

    Ils entendent aussi parler de l'affaire Woerth où un procureur mène des perquisitions en prévenant les mis en cause...

    A Grenoble, des gens tirent au fusil sur les policiers, une mère accuse la police d'assassinat juste parce que son fils a pris deux balles dont une dans la tête et que ça ressemble à une exécution. Cela veut dire, là aussi, que dans ces endroits, la police et la justice sont vécues comme les serviteurs zélés d'un système ultra violent qui les broie un peu plus chaque jour.

    C'est donc bien une logique de ghetto, c'est même une logique de « bidonville » où il est impensable pour ceux qui y vivent, que la police en prenne le contrôle. A la limite, vivre au milieu des petits trafics est aussi insupportable que voir des policiers tous les cent mètres.

    L'élite politique française, elle, préfère, le terme de "zones de non droit".

    Dans les "zones de non droit", au sein de certaines bandes qui servent de terreau à la délinquance, on a bien compris, finalement, la société dans laquelle nous vivons.

    La première valeur qui compte, n'est plus la terre, ni le travail, ni la connaissance ou la morale mais l'argent.

    L'élite qui s'affiche à la télé, à la radio, qu'elle soit économique, culturelle, médiatique ou politique ne doit pas sa puissance à la terre. Elle la doit très peu au travail, un peu à la connaissance, parfois au talent mais surtout à l'argent qui en résulte ou dont elle a hérité.

    Dés lors qu'un jeune a compris que pour réussir, il faut traiter des affaires, finie cette école où il s'emmerde. Le voilà potentiellement égal à un de ces hommes d'affaire qui font la couverture des magazines.

    Et s'il a compris qu'il risque des ennuis avec la justice, il pensera à Bernard Tapie ou à Loïc Lefloch-Prigent, anciens taulards, et aux patrons-voyous si fréquemment cités pas Nicolas Sarkozy mais toujours impunis.

    Il pensera à ces gros contribuables fraudeurs, à ces évadés fiscaux qui ont quitté la France et restent, malgré tout, courtisés et honorés par l'élite politique au pouvoir.

    Pourtant, la France, ils l'aiment mais... ils la quittent...

    Celui à qui on a répété, "La France, tu l'aimes ou tu la quittes", comprend ainsi toute l'imposture. Des politiciens restent très bons amis avec ceux qui préfèrent leur argent à leur pays, et se permettent de donner des leçons de patriotisme aux pauvres qui ne peuvent même pas quitter leur ghetto !

    C'est on ne peut plus clair pour un esprit intelligent et ambitieux, l'argent donne donc tous les droits y compris ceux que la plus élémentaire morale réprouve, alors le jeune du ghetto en gagnera pour peut-être quitter ce ghetto si honni. Mais en attendant, le ghetto le protège et lui assure une impunité comparable à celle des riches des très beaux quartiers. Tout comme eux, il faut s'assurer des protections, des alliances, faire des cadeaux renvoyer l'ascenseur après un service rendu, mais aussi jouer des coudes pour évincer, se débarrasser des minables...

    Drogue, voitures volées, braquages, cambriolages. Au fond, ce sont des affaires. Il faut savoir flairer le bon filon, avoir de bon fournisseurs, négocier, marchander, agir au bon moment, organiser le stockage, la revente. Bref, rien que les qualités nécessaires pour s'enrichir vite, se racheter facilement un peu de dignité et s'offrir un peu de paradis... loin du ghetto. Et si on lui dit que c'est interdit, que cela porte un préjudice à des gens, à la société, il sait qu'il peut répondre qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs même chez les grands patrons honnêtes, que des assurances existent pour les préjudices et que les quelques centaines de lecteurs DVD volés dans un entrepôt Carrefour, ne pèseront qu'une goutte d'eau dans les résultats de la multinationale!

    Depuis huit ans, Nicolas Sarkozy a en charge, la sécurité de la France. Presque cinq ans comme ministre de l'intérieur, trois ans comme président de la république. Et pourtant, la situation est allé de mal en pis avec des émeutes urbaines ou des actions violentes collectives de plus en plus radicales.

    Le discours, qui visait à assimiler les immigrés à des délinquants en puissance pour s'assurer les voix de l'extrême-droite, ne prendra plus à cause d'un bilan calamiteux dont les actions d'éclat devant les caméras n'effaceront pas l'impression de gâchis indescriptible de plusieurs années de politique sécuritaire. C’est la France, avec les solutions de responsables totalement aveugles, tellement imbus de leur personne et seulement intéressés par une pseudo réussite sociale…. Les résultats sont à la hauteur de ce mépris de nos politiques et responsables. Bientôt, les zones de non droit dans notre pays seront de véritables « favelas ». Peut-être serait-il temps de prendre les bonnes décisions…

  • Oui ! Enfin une victoire dans la guerre contre les délinquants…

    Oui ! Enfin une victoire dans la guerre contre les délinquants…

    Sarkozy l'avait promis, Hortefeux était déterminé, le gouvernement devait agir et obtenir des résultats. C'est fait!

    Une première victoire, une première bataille gagnée dans la terrible guerre menée contre la criminalité.

    Une guerre sans merci, défaite assurée pour les délinquants, pas de quartier, pas de prisonnier.

    Devant des troupes très motivées, l'avant-garde sarkozienne a atteint les contreforts du camp ennemi, hier vers midi. La délinquance avait bivouaqué dans le Parc de la Tête d'Or à Lyon. Un commando de policiers dévoués, dont la bravoure n'a d'égal que leur rapidité à dégainer le carnet à PV, l'a attaquée par surprise dans une opération de grande envergure.

    Une délinquante de 3 ans et demi en train de contrevenir à la loi au su et au vu de tous. Elle faisait pipi sous un arbre encouragée par son père, un homme se déplaçant avec des béquilles.

    La préméditation était évidente, le père fut verbalisé et à cause de ses protestations, embarqué au poste.

    On pense que pour en arriver là, cet homme appartiendrait peut-être à la mouvance scatophile de l'ultra-gauche mussolinienne islamiste.

    La DCRI mobilisera tous ses moyens de renseignements afin de voir si l'homme en question ne préparait pas un attentat contre la France.

    Par ailleurs, on a retrouvé une vidéo où déjà, des sympathisants sarkozistes se lèvent pour la guerre, la croisade contre les gens du voyage et le comportement de certains d'entre eux.

    "Dehors les romanos! " Sans doute le prochain slogan de la campagne 2012!

     

     

     

     

     

  • Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende.

    Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende.

    Certains parmi vous se demandent sans doute déjà quel peut bien être le rapport entre nos dirigeants, ce qu'ils incarnent, ce qu'ils représentent et cette équipe de France pathétique d'ores et déjà éliminée de la Coupe du monde.

    Pourtant, c'est évident. Il y a tant et tant de valeurs partagées. Il est même plus qu'aisé d'en dresser la liste, comme ça, au débotté. L'arrogance qui le dispute à la suffisance, le "bling-bling" qui est présenté comme l'accomplissement d'une vie d'Homme, les « Zahia » qui se succèdent dans les coulisses, l'argent qui est érigé en mètre étalon des valeurs humaines, l'intolérance qui est déployée par les sots contre les présumés faibles, la bêtise qui supplante l'intelligence dans le choix des hommes, l'incompétence qui est promue au rang de vertu suprême, les récompenses qui ne sont accordées qu'aux médiocres, les traîtres qui accèdent aux grades les plus élevés, l'irresponsabilité qui est accordée aux promoteurs de tous les échecs programmés, etc. Confondant non?

    Aujourd'hui, après sa défaite contre le Mexique, l'équipe de France, déjà peu populaire, est l'objet de critiques que l'on ne peut que partager. La détestation est vive, le rejet vivace. Et qu'on le veuille ou non, le football est aujourd'hui un élément majeur de la vie publique, comme l'écho de ce qu'est la société française, mais aussi, à rebours, comme l'écho de ce que rêverait d'être la société française.

    La part du mythe n'est plus à démontrer dans la manière dont fut vécue la victoire française en Coupe du monde 98. Oui, la France a rêvé d'être à l'image de cette équipe, black-blanc-beur. On était loin du rêve à la réalité, mais au moins, ce rêve existait. Une ferveur populaire et partagée berçait la France d'une douce euphorie. C'était un de ces moments où les Français avaient envie de se dire que l'on peut surmonter les différences, le poids de l'Histoire, les clivages sociaux. Le temps de la cohabitation s'y prêtait aussi. Et les médias français de l'époque, miroirs des temps, optèrent naturellement pour la morale du film « L'Homme qui tua Liberty Valance » : « Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende ». Malheureusement, certains mauvais esprits entreprirent aussitôt de démolir le mythe. Oui, la France Black-blanc-beur était un mythe, mais c'était un mythe qu'il fallait continuer d'entretenir au lieu de le moquer comme on l'a fait, car il est de ces mythes sur lesquels on bâtit des Nations.

    Aujourd'hui, la défaite de cette équipe de nombrils autoproclamés maîtres du monde, de Ribéry à Anelka en passant par Abidal ou Gallas, sauveurs du football français, est comme l'écho de la défaite symbolique du pouvoir dont l'emblématique héros n'hésite jamais, comme Domenech, à proclamer qu'il peut régler les problèmes du pays, de l'Europe et du monde, alors qu'il est démenti par ses propres résultats. Cette équipe est à l'image du climat national tel qu'il est perceptible après trois ans de ce pouvoir là et de cela, en football comme en politique, les Français ne veulent plus.

    Cette équipe de France, ce qu'elle incarne, ce qu'elle porte en elle, est le tragique reflet de l'équipe au pouvoir. Les deux organismes se ressemblent tant que c'en est même désespérant.

    Le terrible destin de Gourcuff en est la triste preuve. Le joyau du football français, son avenir, son espoir, a été la cible d'un complot fomenté par Ribéry, Anelka, Abidal et quelque autres. Selon les premiers éléments dont on dispose, cette mise à l'écart, cette exclusion, cette reconduction à la frontière de l'équipe de France ont été causées par ce qui apparaît, aux yeux de toute personne dotée d'une soupçon de bon sens comme des qualités. Le physique, l'intelligence, le talent, la culture, la politesse, l'élégance... Cette diversité là n'a pas été du goût de tout le monde au sein de l'équipe de France. Résultat: rejet, exclusion, intolérance se sont manifestées contre Gourcuff, de la même façon que le pouvoir triomphant entend imposer le même rejet, la même exclusion, la même intolérance à tous les êtres humains qu’il juge différents, et ce, au nom de l'identité nationale. En équipe de France on parle de « l'identité du groupe », mais c'est la même mécanique qui est à l'œuvre. La peur de l'autre déclenche toujours la logique du bouc émissaire.

    Le parallèle est osé, j'en conviens. J'ai la faiblesse de le trouver pertinent, d'autant qu'il est riche d'enseignements pour tous les hommes doués de raison voulant faire de tout obstacle une matière de leur travail (Cf Marc-Aurèle). Et d'une, un groupe humain dont le moteur est la peur de l'autre, le rejet de la différence, ça ne marche pas. Et de deux, vu l'opprobre dont cette équipe nationale est l'objet, le peuple de ce pays semble encore avoir une certaine idée de la France.

    En ce mois juin, ça ne pouvait pas mieux tomber. Après tout, quoi de plus mythique que de célébrer un appel fondateur que personne n'entendit en son temps. "Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende". La leçon est là: en football comme ailleurs, ce sont les mythes qui font se lever les peuples libres.

     

  • A toutes les jeunes femmes !

    Le journal d'un estomac au régime.

    Samedi après-midi

    Eh ben voilà. On y est. Chaque année au printemps c'est la même comédie. Elle commence un régime et me met à la diète ! A la diète, moi, un prince de la gastronomie, un estomac capable de distinguer une authentique saucisse de Strasbourg d'une saucisse de Sabourre (du nom de l'inventeur de la machine à bourrer les restes de viande) au moment même où elle franchit ses lèvres (la saucisse, si vous suivez bien).

    C'est d'un égoïsme... car enfin, c'est elle qui se met au régime, mais c'est moi qui souffre et fais ceinture (du nom de la machine à serrer les estomacs).

    Tout a commencé insidieusement par une séance de coiffure, à cause de dix petites minutes d'attente (oui, la vie tient parfois à quelques minutes). La voilà qui feuillette la pile de journaux. "Marie-Pâle" fait sa couverture avec un mannequin en maillot de bain, une femme si mince que de loin on la prend pour un parasol replié planté dans le sable. suivent les habituels reportages sur maigrir en dix jours, en cinq jours, en deux jours, en cinq heures, etc. Vaguement culpabilisée, voilà ma patronne qui abandonne "Marie-Pâle" pour se jeter sur "Femmélique actuelle". Mais c'est pas mieux: un article titré "Mince sana in corpore salaud" semble traiter de ces salauds de mecs qui veulent des corps minces. Au final, le régime à la mode cette saison semble être celui du Dr Faidublé, un Canadien qui a remarqué que les Esquimaux, habituellement en surcharge pondérale avérée, maigrissent rapidement s'ils se nourrissent exclusivement de petits dés de glace, en bannissant la graisse de phoque et en fuyant le gras de baleine, lesquels sont fermement déconseillés par le Dr Faidublé. Bref, je crains le pire pour ce printemps...

    Et ça ne rate pas: sitôt sortie du salon de coiffure maudit, elle entre dans la première librairie venue et achète le livre du Dr Faidublé qui se vend comme des petits pains, ce qui est logique (à cause du blé, si vous voulez tout savoir). Je vous passe les détails horribles, il ressort d'une rapide lecture des vingt pages - vendues au prix du caviar - que les vertus des glaçons peuvent se résumer en deux points clés : valeur calorique quasi nulle et volume conséquent, qui est censé tromper l'estomac (moi!). Croit-il vraiment, cet escroc, qu'un fin gourmet comme moi va confondre un cube de glace avec un carré d'agneau? Qu'il retourne à ses hot dogs de cafétéria universitaire.

    Dimanche matin

    Pas de croissants au petit-déjeuner... ça sent la catastrophe. Fini les tartines beurrées de l'hiver et les pains au chocolat des matins glacés, point de chocolat chaud où trempe une généreuse poignée de céréales multicouches (céréale+matière grasse+miel+sucre). Ce premier dimanche de printemps est placé sous le signe de la biscotte... (non beurrée, sans confiture).

    Midi

    Nouveau prémisse des ennuis à venir, nous nous contentons d'une salade et d'un œuf dur. C'est la saison des salades de saison, soit, les tomates du supermarché sont presque fraîches malgré leur voyage depuis les serres espagnoles pleines d'ouvriers agricoles polonais sous-payés, elles sentent presque la tomate, mais tout de même, ça va mal. Madame réfléchit, se tâte, se pèse, se repèse, se soupèse le pour et le contre: va-t-elle faire ce régime si prometteur du Dr Faidublé?

    Personnellement, je n'ai pas l'ombre d'un doute, pensez : je la connais depuis qu'elle est née. Je sais qu'elle va de nouveau faire souffrir son corps et son estomac, tout ça pour séduire son mec, l'homme de sa vie. D’autant que sur les vacances, ce n'est pas encore décidé, elle doit questionner son astrologue à ce sujet : les astres lui seront-ils plus favorables au Club Méd, en voyage organisé ou au camping naturiste ? Sur ce point, j'ai un faible pour le camp naturiste, car l'absence de maillot me laisserait espérer un régime alimentaire moins strict... mais ce n'est pas moi qui choisis.

    Dimanche après-midi

    Elle fait les cent pas (un vieux truc de ma patronne : ça permet de réfléchir tout en travaillant les cuisses et les abdos) puis elle ressort tous ses maillots (mauvais signe) et les essaye un par un devant le grand miroir. Moi je ne la trouve pas si mal que ça, à poil, mais je ne suis qu'un estomac. Je ne peux même pas lui parler. J'ai bien essayé pendant des années de discuter avec son cerveau, mais dès le printemps, il semble totalement disjoncté, obsédé par les filles anorexiques des magazines. Souvent j'ai voulu lui répéter ce que lui serine sa mère :

    - Ma chérie, au lieu de faire tous les régimes, trouve-toi un mec qui aime les rondeurs!

    - C'est pas des rondeurs, maman, c'est de la cellulite et de la peau d'orange, avec un début de culotte d'éléphant.

    Que voulez-vous répondre à ça ? D'ailleurs, un estomac n'a pas de voix. Tout ce que je peux dire, c'est "j'ai faim!"

    Dimanche soir

    Heureusement, ce soir, comme elle a ressorti dans l'après-midi son tapis de gymnastique et son vélo d'appartement, et qu'elle a sué sang et eau dessus, avec à peine une salade et un œuf dans le ventre, elle craque pour un bon plat de nouilles à la sauce tomate, au beurre et au gruyère, avec un petit steak pour faire glisser les nouilles. Avant un bon régime, il faut faire des réserves, c'est bien connu de la gent féminine.

    La nuit porte conseil: elle décidera demain (de mon sort)…

    Lundi matin

    Eh voilà! Ça y est ! La cata ! Elle est partie au boulot sans bouffer ! A peine si j'ai eu droit à un thé vert avec une infâme sucrette.

    J'ai beau gargouiller de plus belle, de beaux gargouillis bien placés au moment où elle croise un mâle de son entreprise, rien n'y fait. Je me tords de douleur, j'alterne les gargouillements et les spasmes vicieux, j'envoie des rivières d'hormones avec un seul et unique message:

    - J'ai faim! A bouffer!

    Enfin, sur le coup de dix heures trente, elle craque pour une pomme et une barre de céréales pleine de bonnes choses : deux noisettes, du sucre à foison, du gras, du chocolat, un véritable festin… Mal équilibré, soit, mais c'est si bon quand on souffre comme je souffre.

    Lundi midi

    Retour de la volonté : salade verte, yaourt au trifidus hyperactif à 0% de rien.

    Lundi soir

    Ca y est, c'est décidé: elle fera le régime du Dr Faidublé.

    Malheur! Ai-je donc tant bouffé que pour cette infamie ? D'accord, j'en rajoute un peu : en fait, c'était couru d'avance qu'elle allait le faire ce régime, je le savais avant son cerveau.

    Donc, lundi soir studieux, lecture approfondie du livre du bon docteur, stylo en main, où j'apprends que c'est toutes les deux heures que l'on m'infligera l'absorption d'un glaçon, parce qu'il faut me tromper par la satiété ! Foutaises ! En plus je déteste manger froid, ça masque le goût des aliments, c'est indigne d'un épicurien.

    Moi qui ne jure que par le cassoulet ou la choucroute, croient-ils qu'un cube de glace va me tromper ? Il a eu son diplôme dans un igloo, ce docteur, ou quoi ? Je suis sûr que les Inuits l'ont foutu à la porte (de l'igloo), parce qu'il les fatiguait avec ses histoires de gras de baleine mauvais pour la santé.

    Tandis qu'elle se concentre sur ces balivernes, je me fais du mal en pensant à une choucroute-mayonnaise-riesling, car je la connais : je ne verrais pas l'ombre d'une terrine avant le mois d'octobre... L'été sera long.

    Mardi

    Glaçon-yaourt-glaçon-yaourt-radis-glaçon-yaourt+pomme-glaçon-yaourt-haricots.

    Terrible journée, je n'ai pas l'habitude. Ca m'a noué de partout. Les glaçons se sont collés à ma muqueuse gastrique, j'ai perdu une fortune en calories pour les faire fondre et les décoller. C'est moi qui ai tout le boulot, et l'intestin n'a que de l'eau à digérer, autant dire qu'il est au chômage.

    Incidemment, vous avez peut-être remarqué que le bon docteur, dans sa fine compréhension de la nature humaine, accepte que l'on craque à volonté sur les yaourts et les légumes maigres (ne me demandez pas quels sont les légumes gras, je refuse de faire du prosélytisme pour ce charlatan).

    Malgré ces quelques extras autorisés pendant ce régime, je peux vous dire que la colère gronde de la bouche au côlon. Même le rectum, si discret d'habitude que personne ne parle de lui, s'ennuie à mourir, car il ne bosse plus qu'une fois par semaine. La révolte du tube digestif dans son ensemble est proche, ça va être sanglant, 1789, la prise de la pastille n'est pas loin!

    Mercredi

    Piscine (bon pour les dorsaux et les pectoraux, eux-mêmes bons pour le soutien du buste, lui-même favorable à la capture des mâles).

    Malaise à la piscine. Ma patronne, a mis ça sur le compte d'un yaourt avarié, la tricheuse. Elle sait très bien que c'est la sous-alimentation et son cortège de vertiges qui commence. Encore que s'évanouir pour un oui ou pour un non peut attirer des hommes à la recherche d'une faible femme, romantique, évanescente et fragile. Mais c'est pas trop le genre de ma patronne, en dehors de la saison des régimes.

    Jeudi

    JE VEUX BOUFFER!!! BOUFFER QUE JE VEUX!!! DONNEZ-MOI A MANGER! J'EXIGE UNE COTE DE PORC!!! BOUFFEEEEEEEEEEER!!!

    Vendredi

    C'est pas possible, elle tiendra pas. C'est inhumain. Ce Dr Faidublé, ce doit être le Dr Mengele réfugié chez les Esquimaux (le froid l'a conservé).

    Vendredi soir

    Dormir? Et puis quoi encore? Non, je la ferme pas, idiote toi-même. J'ai faim. Je veux bouffer, tu comprends?! Je n'ai rien à cirer de ton régime. Je-Veux-Bou-ffer! Allez, vas-y, essaie de dormir!

    A la rigueur, avec un petit sandwich jambon-beurre, je crois que je pourrais envisager d'arrêter ces spasmes...

    Samedi

    La garce, elle tient le coup! Et elle essaye tous ses strings!

    Incidemment, l'avantage d'un string, c'est qu'on rentre dedans quelle que soit sa taille. C'est une sorte de taille unique avec un élastique !

    Par contre elle ne me semble pas satisfaite de son essayage des maillots : elle a jeté au fond d'un tiroir son seul monokini, comme s'il s'agissait de l'ultime recours... C'est pourtant mignon, un monokini plein de trous et d'échancrures bien placées...

    Samedi soir

    Sortie, danse, alcool ! Ahhhh, c'est bon... enfin des calories en pagaille. Le foie me fait dire qu'il n'est pas exactement du même avis, et l'intestin - qu'il dégage toute responsabilité en cas de diarrhée, mais le bonheur des uns... c'est la vie. Moi je dois nourrir l'organisme, au foie de balayer les toxines, chacun son boulot.

    Mmm, un peu d'alcool après cette horrible semaine, ça glisse bien. Que le foie et l'intestin se débrouillent, chacun ses emmerdes.

    Dimanche

    Toujours pas de croissant en vue. J'ai bien peur qu'elle ne soit fermement décidée.

    Quand je pense que j'aurais pu être l'estomac de Marianne Sägebrecht... ou bien celui de mon voisin de palier qui achète en douce des bouquins de cul... je peux vous dire que les filles qui sont dessus et dedans (la chair doit déborder) ne sont pas du même calibre que les filiformes de "Femmélique actuelle".

    Lundi, déjà 7 jours!

    Les forces m'abandonnent, j'envoie désespérément des messages d'alerte dans le cerveau:

    - J'ai faim, cerveau! Fais quelque chose, on va tous crever!

    - Quelque chose, mais quoi? - me répond cet idiot.

    C'est avec le cerveau primitif que je communique, vous l'aurez compris. L'autre, le conscient, m'est inaccessible. En outre, il est tout entier sous l'emprise de cette névrosée... impossible de le raisonner depuis qu'il a lu ce bouquin.

    - Sais pas. C'est toi le cerveau, non? - lui rétorquai-je.

    Quel crétin ce cerveau primitif! Mon Dieu, que faire? Encore un glaçon, suivi d'un yaourt. MARRE DU YAOURT!!!

    Mardi

    Je ne suis pas seul à souffrir: l'œsophage aussi est en manque. Au déjeuner, alors que j'attendais impatiemment la feuille de salade que la bouche avait mastiquée trois minutes (la bouche aussi souffre), il s'est goinfré toute la feuille! Il ne m'a rien laissé! A peine quelques résidus de cellulose!

    - Enfoiré! - lui ai-je dit, perdant ma politesse habituelle. - C'est moi qui dois faire la digestion!

    - Pas en situation d'urgence! - a-t-il osé me rétorquer, arguant d'un obscur alinéa du code de survie qui remonterait à la préhistoire: en cas de famine, c'est chacun pour soi!

    Mercredi

    Cette nuit, j'ai rêvé d'un gigot d'agneau trempé dans une fondue bourguignonne, et nappé de champignons à la crème... Je me suis réveillé en sursaut, j'ai spasmé, ça a réveillé la patronne. Elle s'est levée, a mangé un glaçon, puis un yaourt, et a fait passer ce festin avec un grand verre de menthe à l'eau. Au moins, la menthe était sucrée... ça m'a fait du bien.

    Jeudi

    J'ai des trous de mémoire, sans doute une carence en vitamines: je ne me rappelle plus le goût du croissant.

    Vendredi

    JE HAIS LE YAOURT.

    Samedi

    Je dépéris, j'ai rétréci: j'ai difficilement digéré deux radis. Mes qualités stomacales s'affaiblissent, je suis à peine plus acide qu'un demi-citron pressé.

    Ma fin - notre fin - est proche.

    Dimanche

    Une lueur d'espoir : elle est contente de sa séance hebdomadaire d'essayage de maillots. Sa balance lui dit des choses agréables à entendre. Elle a perdu du poids (le contraire serait étonnant, le Dr Faidublé a dû garder un camp de prisonniers dans une autre vie...)

    Maintenant que le plus dur est fait, peut-on envisager de se taper un bon gueuleton?

    Ohhh non: confortée par ces bons résultats, la malingre jeune femme persiste dans son masochisme.

    La 3e semaine

    N'est que souffrance, je vous épargne les détails. Le moindre pruneau a eu du mal à passer, tellement je suis serré, et a perturbé l'intestin derrière moi, tant il a perdu l'habitude de travailler... La bouche est sèche, j'ai le même calibre que l'œsophage, l'intestin est vraiment grêle, le gros côlon n'est plus si gros, et l'autre demande maintenant qu'on l'appelle le retractatum.

    Vendredi

    Alléluia! C'est la délivrance! Fini le régime!

    Mais tout à ma joie, j'ai oublié de vous expliquer comment ça s'est passé.

    Son homme l'a invitée au restaurant. La naïve pense que c'est grâce à sa nouvelle ligne élancée, mais je sais, moi, qu'il la trouvait toute triste depuis quinze jours, et que la compassion, conjuguée à l'effet de ses sécrétions hormonales, l'ont poussé à l'action.

    Résultat : un dîner en amoureux dans un restau chicos.

    Il lui dit qu'elle a beaucoup maigri, a-t-elle des soucis? Des ennuis?

    Elle ne répond pas que le seul ennui vient de l'incompatibilité de ses mensurations avec les robes d'été des catalogues, ou de l'antagonisme récent entre ses maillots et son fessier, le romanesque doit accepter une part de mystère. De fil en aiguille, elle comprend son erreur et semble assimiler qu'il s'inquiète pour sa ligne, qu'elle gâche sa silhouette à se laisser ainsi dépérir.

    Ces douces et sages paroles viriles remplissent leur office, et enfin ma patronne regarde sur le menu autre chose que les hors-d’œuvre! Je sens le fumet d'un bon poulet fermier caresser mon pote la narine droite (je m'entends moins bien avec la narine gauche, mais cela n'a rien à voir avec l'histoire), et bientôt me voilà occupé à faire fondre toutes ces merveilles de la nature, mmmm... Enfin!

    Malheureusement, elle s'empiffre tellement que je digère difficilement toutes ces succulentes nourritures, fallait pas me mettre au régime sec, j'ai perdu la forme !

    Son compagnon a l'élégance de la ramener, devinant qu'elle n'est pas au mieux.

    Mais c'est la rancœur qui me fait parler, je le sais.

    Le vendredi suivant

    Ma patronne et moi sommes réconciliés, nous remangeons comme des gens normaux, j'ai retrouvé ma forme et je digèrerais un mouton entier! La vie est belle!

    Ce soir, son homme l'a de nouveau invitée, elle est resplendissante. Il me plaît bien, ce type, je sens que c'est le genre à lui faire visiter les châteaux de la Loire, avec un guide gastronomique dans la voiture. Les châteaux, à vrai dire, je m'en tape, l'estomac ne fait pas dans le culturel, mais je me suis laissé dire qu'il y avait tout du long, dans les bois, quelques délicieuses auberges dont la cuisine n'avait rien à envier à la douceur des lits... En plus, si elle s'agite un peu en se promenant après le repas, je n'ai rien contre, ça facilite la digestion de secouer un peu toute cette bonne chère. Enfin, nous verrons bien. Pour l'heure, ils n'en sont qu'à commander l'apéritif.

    Elle commande un muscat.

    - Avec ou sans glaçons?

    - Sans glaçons !!! - criai-je en plein restaurant.

    Mais qui, dans un restaurant, écoute un estomac?

     

  • L’adolescence, cette énigme ?

    L’adolescence, cette énigme ?

    Les adolescents ont des comportements pour le moins, étranges…Look, tics de langage, musique, chaque bande a sa propre gestuelle et ses signes de reconnaissance. A cet âge-là, les adolescents très influençables, ont besoin de s’identifier à un groupe. Pour satisfaire leurs besoins en calories, ils se jettent sur le gras et le sucré et ne consomment que peu de fruits et de légumes. Leurs passions sont flamboyantes et fréquentes et les chagrins d’amour tout aussi nombreux et douloureux. Pour éviter une désynchronisation permanente, il a intérêt à s’exposer à la lumière le matin et à l’éviter le soir.

    Il n’y a pas encore si longtemps, ces comportements étaient jugés inadmissibles et les adolescents devaient adoptés une conduite « adulte ». Or récemment, les spécialistes ont compris qu’à la puberté, le cerveau commence à se réorganiser.

    Cet remaniement est un vaste chantier qui explique bien des attitudes de nos adolescents.

    Certains de ces comportements nous sont aujourd’hui expliqués et nous conduisent à mieux comprendre et à admettre la conduite de nos cadets.

    Mon fils est toujours fatigué !

    « Redresse-toi ! ». Combien de fois, n’a t’ont pas entendu cette semonce à l’encontre du pauvre garçon qui se tient aussi droit qu’une pièce montée un lendemain de noces. Pourtant, ce n’est pas sa faute. Entre 12 et 14 ans pour les filles, et 14 et 16 ans pour les garçons, les adolescents peuvent gagner jusqu’à 25 centimètres. Cette poussée entraîne une tension des ligaments de la colonne vertébrale et une perte du tonus musculaire. En clair, l’adolescent est « mou » car ses muscles ne grandissent pas aussi vite que ses os. Pour compliquer le tout, rien n’est synchroniser : les mains et les pieds se développent en premier, puis les bras et les jambes, avant le torse et les organes. Résultats ? L’échalas qui se tient en face de vous est extrêmement maladroit. Mais, surtout, son corps en pleine croissance trouve le repos en se dépliant à environ 127°, l’angle formé par le dossier du canapé et la table base. Cette posture permet de se libérer au maximum d’un poids jugé encombrant. Or, 127°, c’est la position « gravité zéro », calculée par les ingénieurs de la Nasa pour les sièges des astronautes. Bref, sans le savoir et au grand désespoir de leurs parents, les adolescents adoptent, d’instinct, l’inclinaison idéale !

    Il ingurgite deux pizzas au dîner !

    Pourquoi ? L’adolescent est un animal en pleine croissance. Il grandit d’un centimètre par mois. Alors qu’un adulte a besoin de 2000 à 2500 calories par jour, le corps d’un ado peut en brûler 3000 à 3500. Pour calmer les fringales, il se jette donc sur des aliments hautement énergétiques. Exit les haricots verts, par ici, les pizzas, chocolats et sandwichs frites-mayonnaise. Les garçons y trouvent de quoi nourrir leur masse musculaire, qui peut doubler entre 1é et 16 ans. Chez les filles, dont la faim est surtout provoquée par de fortes décharges d’œstrogènes, c’est moins simple : le pot de glace vanille-macadamia se transforme surtout en bourrelet, censé constituer une réserve d’énergie en cas de grossesse. Rageant, hein ! D’autant qu’à cet âge beaucoup de filles souffrent de dysmorphophobie : elles complexent sur une partie de leur corps. Pour une partie d’entre elles, la nourriture va devenir une telle source de stress que des pathologies comme l’anorexie ou la boulimie risquent d’apparaître.

    Il a une tête d’ectoplasme !

    Il est 13 heures, le soleil brille, le repas du dimanche est prêt et Julien émerge à peine. Lève-tard ? Oui, mais il n’y est pour-ainsi-dire pour rien, sauf si bien entendu, il est rentré de « boite » à 6 heures ce matin.

    La plupart des adolescents connaissent des pics de sommeil entre 2 heures et 14 heures. Contrairement à l’adulte qui secrète de la mélatonine dès la tombée de la nuit et s’endort 3 heures après, l’adolescent ne fabrique cette hormone que vers 23 heures. D’où sa difficulté à se glisser sous la couette avant 2 heures du matin et à ouvrir une paupière avant midi. Un « décalage horaire » incessant… Pas de chance car le chamboulement de l’organisme entraîné par la puberté nécessite neuf à dix heures de repos quotidien. Or, en moyenne, nos jeunes amis dorment sept à huit heures en semaine et manquent donc de sommeil. Fort heureusement, vers 20 ans, tout rentre dans l’ordre et les adolescents s’endorment plus tôt. Il s’agirait de plus, du premier marqueur biologique de la fin de l’adolescence…

    Il faut toujours qu’il fasse le malin !

    Rouler à fond sur son scooter, piquer du maquillage au supermarché ou enchaîner les flips avec son skate, l’adolescent aime le risque. Mais pas du genre calculé. Une fois encore, la faute revient aux lois de la biologie et à un vaste chantier qui s’ouvre dans le cerveau de nos charmantes têtes blondes ou brunes…

    Si ce dernier a atteint sa taille quasi définitive au début de l’adolescence, il a en effet encore besoin d’une mise à jour. A cet âge-là et pendant plus de dix ans, les synapses, autrement dit les connexions neuronales, sont élaguées en grande quantité, afin de sélectionner les plus efficaces. Dans le même temps, la myéline, la matière blanche qui entoure les neurones et qui permet d’accélérer jusqu’à 100 fois le signal électrique y circulant, est fabriquée en masse. Bref, les connexions sont moins nombreuses et plus rapides. Conséquences : l’adolescent prend conscience des multiples possibilités qui lui sont offertes. Mais le système limbique, celui du plaisir et de l’impulsivité, est inondé par des flots d’hormones comme la dopamine, l’ocytocine et la testostérone. Et il est alors difficile à l’adolescent de se raisonner, car le travail de maturation de son cerveau commence par les zones assurant la motricité, la parole et l’attention… Le lobe frontal, celui de la stratégie et de la raison, ne sera reprogrammé qu’en dernier. Ce n’est pas tout : les sensations fortes produisent des décharges d’adrénaline, génératrices de plaisir. Même si notre adolescent a parfois conscience du danger, il y retourne. Il ne vous reste plus alors qu’à lui faire passer le yoga pour un nouveau sport de combat…

    Il se sent mal dans son corps !

    Au début de l’année, il chantait comme un pinson à la chorale et voilà qu’aujourd’hui il parle comme Dark Vador. En quelques mois, sous l’influence des pics hormonaux, les cordes vocales des garçons s’allongent d’un tiers. A cause de la testostérone, 60 fois plus importante dans le sang qu’avant la puberté, les jeunes hommes se couvrent de poils, gagnent en masse musculaire, et leurs testicules doublent de volume. Côté filles, sous l’effet des œstrogènes, dont la quantité est multipliée par 40, les seins poussent et les hanches s’arrondissent.

    Pas de chance, une fois encore, c’est le moment où l’adolescent se sent le moins sûr de lui que cette avalanche de bouleversements lui tombe dessus. L’acné fait des ravages, surtout chez les garçons, car la testostérone aggrave le problème. Et si les salles de classe sont réputées sentir fort, cela n’a rien d’étonnant. Certaines glandes sudoripares fonctionnent dès la naissance, d’autres, les glandes apocrines, situées sous les aisselles, dans le nombril et au niveau des organes génitaux, s’activent à la puberté, sous l’effet du stress ou de l’excitation sexuelle. En parallèle, le visage perd ses traits enfantins : le nez s’étire, comme les oreilles et le menton. Déroutant mais, au final, ces nouveaux attributs, dits « caractères sexuels secondaires », tendent à rendre l’adolescent attirant ! Pour séduire le sexe opposé et perpétuer la survie de l’espèce. Généralement, l’adolescent accepte mal sa nouvelle enveloppe charnelle. Dans sa tête, il reste un enfant. Son lobe frontal (encore lui), siège de l’intelligence et de l’analyse, ne sera pas mature avant 19 ans. D’où se sentiment, façon Gulliver, d’habiter un corps de géant dont il ne sait que faire.

    Ils tombent amoureux toutes les cinq minutes !

    En l’espace de six mois, il y a eu le barbu néogothique, l’intello boutonneux et le surfeur rasta. Et chacun d’eux était l’homme de sa vie. Le cerveau des adolescents est tellement saturé d’hormones qu’ils sont en état d’excitation quasi permanent, ce qui les rend encore plus vulnérables au stress. Or, un individu soumis à de fortes sensations tombe plus facilement amoureux. Il faut souligner que chez les adolescents, les histoires d’amour sont vécues si intensément que le plaisir qu’elles procurent sont semblable à celui provoqué par de la cocaïne. A cet âge, le système de régulation et du contrôle des affects, situé dans le cortex préfrontal (une partie du lobe frontal), est encore immature. Il ne le sera qu’autour de 23 ans. En attendant, nos Roméo et Juliette se lassent aussi vite qu’ils se pâment : à 15 ans, une histoire d’amour dure environs quatre mois. Ainsi, ils passent donc régulièrement par la phase chagrin d’amour. Ce qui n’est pas sans douleurs. A cet âge-là, la notion de temps est relative. Un adolescent a du mal à se dire que, dans un mois, il ira mieux, car ce temps lui paraît une éternité…

    Mon garçon est moins mature que ma fille !

    Il suffit d’entrer dans une classe de 4ème pour le constater. Les filles ressemblent déjà à des jeunes femmes ; les garçons de 13 ans à… des garçons de 13 ans ! Pourtant, leur maturité sexuelle est inversement proportionnelle à leur allure. Même réglées, la plupart des filles ne seront fertiles que trois ans plus tard. A l’inverse, les garçons sont déjà des reproducteurs potentiels. Ces métamorphoses n’ont qu’un but : assurer la survie de l’espèce. Ainsi, grâce à leurs traits plus matures, les filles seraient admises plus tôt dans le cercle des adultes, où les femmes les initieraient à leur rôle de mère et d’épouse. Tandis que les garçons cultiveraient leur allure juvéniles pour se protéger des agressions de rivaux plus âgés. L’écart se creuse entre les deux sexes. En deux cent ans, l’âge de la puberté des filles a dégringolé de 17 à 12 ans. Une évolution de l’alimentation mais aussi la pollution sont souvent avancées pour expliquer ce décalage. En particulier l’exposition à certaines substances, par exemple les phtalates présent notamment dans les produits cosmétiques (parfums, shampooings…)

    J’en ai marre, il traîne toujours en bande !

    Il suffit de les regarder, les adolescents se déplacent rarement seuls, et avec leurs copains, ils se ressemblent tous. C’est une fois encore tout à fait normal, s’imiter est un besoin ancestral. L’adolescence est une période où l’on veut s’émanciper de sa famille, se frotter à de nouveaux codes sociaux. La bande devient le lieu où s’opère ce rite initiatique de transition. Mais la puberté est également une période de doute, et la tribu permet de se rassurer. En se rapprochant physiquement ou psychologiquement d’une personne durant quelques minutes, nous secrétons de l’ocytocine, une hormone qui a la capacité de nous faire ressentir du bien-être et de nous donner confiance dans les autres. Alors que les garçons zonent à quatre ou cinq, sans avoir grand-chose à se dire, les filles préfèrent l’intimité d’une ou deux amies et passent des heures à se parler. A la fin de l’adolescence, elles utilisent 20 000 unités de communication (gestes, mots, mimiques…) contre 7 000 chez leurs congénères.

    Il est si extrême dans ses réactions !

    Une phrase maladroite, et il claque la porte. Une manifestation au lycée et elle se transforme en passionaria… L’adolescent se laisse facilement dépasser par ses émotions parce que son cortex préfrontal, le centre de l’analyse, pas encore mature, n’est pas en mesure de lui faire voir sereinement une situation. Parallèlement, il a du mal à décoder les signaux que l’autre lui envoie, comme les mimiques du visage ou la gestuelle. Souvent, ils voient de la colère où il y a de la tristesse, de l’agacement à la place du doute. Or, les adolescents utilisent leur amygdale, une zone située dans le lobe temporal, en revanche, plus ils vieillissent, plus ils font appel au lobe frontal et arrivé à maturité, et moins ils commettent d’erreurs…

    Tous les adolescents font une crise !

    Presque la totalité des adolescents passent leurs années collège et lycée dans une joie relative. Les spécialistes s’accordent d’ailleurs à ne plus employer le mot « crise » mais « étape » ou « passage ». En revanche, au moment où leurs enfants gagnent en maturité, certains parents connaissent, eux, une vraie crise : celle du milieu de vie. Ils s’interrogent sur leurs choix professionnels et sentimentaux. C’est aussi l’époque des premières rides, de la calvitie, de la ménopause chez les femmes. Autant de changements qui peuvent fragiliser les parents au moment où leurs rejetons aspirent à plus d’autonomie. Un adolescent entre rarement en crise tout seul : s’il y a un blocage, c’est bien souvent dans la relation avec ses parents.

     

    Les adolescents n’ont pas de comportements étranges… A la puberté, le cerveau commence à se réorganiser. C’est un vaste chantier qui explique bien des attitudes de nos adolescents.

    Certains de ces comportements sont aujourd’hui décryptés et nous conduisent à mieux interpréter et à accepter la conduite de nos cadets.

    AVIS A TOUS LES PAPAS ET MAMANS POULES !

     

  • Le récit officiel de la bataille de Camerone.

    Le récit officiel de la bataille de Camerone.

    « L’armée française assiégeait Puebla. La Légion avait pour mission d’assurer sur 120 km la circulation et la sécurité des convois.

    Le colonel Jeanningros, qui commandait, apprend, le 29 avril 1863, qu’un gros convoi, comportant 3 millions en numéraire, du matériel de siège et des munitions était en route pour Puebla. Le capitaine Danjou, son adjudant-major, le décide à envoyer au-devant du convoi une compagnie. La 3e Compagnie du Régiment Etranger fut désignée, mais elle n’avait pas d’officiers disponibles. Le capitaine Danjou en prend lui-même le commandement et les sous-lieutenants Maudet, porte-drapeau, et Vilain, payeur, se joignent à lui volontairement.

    Le 30 avril, à 1 heure du matin, la 3e Compagnie, forte de trois officiers et soixante-deux hommes, se met en route. Elle avait parcouru environ 20 kilomètres, quand, à 7 heures du matin, elle s’arrêta à Palo Verde pour faire le café. A ce moment, l’ennemi se dévoile et le combat s’engage aussitôt. Le capitaine Danjou fait former le carré et, tout en battant en retraite, repousse victorieusement plusieurs charges de cavalerie, en infligeant à l’ennemi des pertes sévères.

    Arrivé à hauteuyr de l’auberge de Camerone, vaste bâtisse comportant une cour entourée d’un mur de 3 mètres de haut, il décide de s’y retrancher pour fixer l’ennemi et retarder ainsi le plus possible le moment où celui-ci pourra attaquer le convoi.

    Pendant que ses hommes organisent à la hâte la défense de cette auberge, un officier mexicain, faisant valoir la grosse supériorité du nombre, somme le capitaine Danjou de se rendre. Celui-ci fait répondre : ‘Nous avons des cartouches et nous ne nous rendrons pas.’ Puis, levant la main, il jura de se défendre jusqu’à la mort et fit prêter à ses hommes le même serment. Il était 10 heures. Jusqu’à 6 heures le soir, ces soixante hommes, qui n’avaient pas mangé ni bu depuis la veille, malgré l’extrême chaleur, la faim, la soif, résistent à deux mille Mexicains : huit cent cavaliersn, mille deux cents fantassins.

    A midi, le capîtaine Danjou est tué d’une balle en pleine poitrine. A 2 heures, le sous-lieutenant Vilain tombe, frappé d’une balle au front. A ce moment, le colonel mexicain réussit à mettre le feu à l’auberge.

    Malgré la chaleur et la fumée qui viennent augmenter leurs souffrances, les légionnaires tiennent bon, mais beaucoup d’entre eux sont frappés. A 5 heures, autour du sous-lieutenant Maudet, il ne reste que douze hommes en état de combattre.

    A ce moment, le colonel mexicain rassemble ses hommes et leur dit de quelle honte ils vont se couvrir s’ils n’arrivent pas à abattre cette poignée de braves (un légionnaire qui comprend l’espagnol traduit au fur et à mesure ses paroles). Les Mexicains vont donner l’assaut général par les brèches qu’ils ont réussi à ouvrir, mais auparavant, le colonel Milan adresse encore une sommation au sous-lieutenant Maudet : celui-ci la repousse avec mépris.

    L’assaut final est donné. Bientôt, il ne reste autour de Maudet que cinq hommes : le caporal Maine, les légionnaires Catteau, Wenzel, Constantin, Leonhart. Chacun garde encore une cartouche; ils ont la baïonnette au canon, et, réfugiés dans un coin de la cour, le dos au mur, ils font face; à un signal, ils déchargent leurs fusils à bout portant sur l’ennemi et se précipitent sur lui à la baïonnette. Le sous-lieutenant Maudet et deux légionnaires tombent, frappés à mort. Maine et ses deux camarades vont être massacrés quand un officier mexicain se précipite sur eux et les sauve; il leur crie : ‘Rendez-vous! – Nous nous rendrons si vous nous promettez de relever et de soigner nos blessés et si vous nous laissez nos armes.’ Leurs baïonnettes restent menaçantes. ‘On ne refuse rien à des hommes comme vous!’ répond l’officier.

    Les soixante hommes du capitaine Danjou ont tenu jusqu’au bout de leur serment; pendant onze heures, ils ont résisté à 2000 ennemis, en ont tué 300 et blessé autant. Ils ont, par leur sacrifice, en sauvant le convoi, rempli la mission qui leur avait été confiée.

    L’Empereur Napoléon III décida que le nom de Camerone serait inscrit sur le drapeau du Régiment Etranger et que, de plus, les noms de Danjou, Vilain et Maudet seraient gravés en lettres d’or sur les murs des Invalides à Paris.

    En outre, un monument fut élevé en 1882 sur l’emplacement du combat.

    Depuis, lorsque les troupes mexicaines passent devant le monument, elles présentent les armes. »

     

  • Le Grand Charles

    Le Grand Charles

    Hier soir, un documentaire sur l’avènement de la cinquième République m’a rappelé mon adolescence. Puis de fil en anguille au Gaullisme et ce qu’il en restait…

    Dépêchez-vous, il n’en restera bientôt plus rien. Notre jeune président s’est mis dans la tête de vider les grenier de la République. Il veut faire de la place et débarrasser le plancher de toutes nos vieilleries : meubles anciens, bijoux de grand-mère, uniformes de tonton… Tout doit partir au brocanteur, on solde. Attachez vos ceintures, la grande braderie a commencé.

    Vous n’avez quand même pas oublié, il s’appelait de Gaulle.

    Les adorateurs disaient « le Grand Charles », les insolents « la Grande Zohra ». On l’avait surnommé aussi « l’homme qui dit non ». Quand, à l’évidence, il n’y avait plus rien à faire et qu’il fallait s’incliner, une espèce d’énergumène se levait et, de sa voix haut perchée, prononçait un refus insensé. La France finissait sur le podium.

    En ces temps déraisonnables, l’histoire n’était pas, comme on dit aujourd’hui finie. Le monde s’était brisé en deux camps, les peuples prolétaires et les impérialistes. Après avoir, non sans tourments, rendu l’Algérie aux Algériens, les colonies aux colonisés, de Gaulle extirpa notre pays du camp impérialiste et éleva la France au rang de porte-drapeau des peuples prolétaires. Cela n’allait pas de soi. Pays riche et industrialisé, la France avait sa place toute désignée parmi les puissances moyennes d’occident, juste au-dessous des Etats-Unis. Au-dessous de qui ? L’idée d’une France subordonnée à qui que ce soit donnait à de Gaulle des boutons. Doté de l’arme nucléaire et chanté par Brigitte Bardot, il élabora la théorie du Pr Harley Davidson : je n’ai besoin de personne. Contre l’Amérique, il dénonce la guerre du Vietnam, expulse l’Otan de Paris, se rebelle contre l’hégémonie du dollar, censure Israël qu’il prive de nos armements, se range dans le camp arabe, flirte avec les bolcheviks de Moscou : tout pour enquiquiner Washington. Sa grande idée ? La France doit être non la dernière parmi les grandes, mais la première à la tête des petits, des sans-grade. Mon verre est petit, mais c’est le mien. De Mexico à Bobo-Dioulasso on se prosternait devant le képi de notre Général. En occident, c’était « le Grand Emmerdeur ». Versailles renaissait de ses cendres, la France flottait quelque part du côté du XVIIe siècle.

    Pour nous (ceux que les moins de 50 ans ne peuvent connaître) jeunesse en herbe de cet âge révolu, la gloire naphtalinée ne faisait pas l’unanimité, mais en règle générale l’ambiance nous allait comme un gant. Nous roulions à l’anti-impérialisme et ne laissions pas de ressentir pour cette vieille ganache une admiration secrète et notre fierté. Ce mec, c’était un homme.

    Mais voilà venu aujourd’hui le temps des avocats. Suffit de faire les malins, et voyons la réalité en face. Mesurés à L’Amérique, au Japon, à la Chine, même à l’Allemagne, qu’est-ce que nous pesons ? Peanuts. Vaut-il mieux copiner avec les Yéménites ou les New-Yorkais ? faut pas Rêver, la France, ce n’est rien plus que la France, un cap de continent près de sombrer dans l’océan. Au reste, nous avons failli, nous sommes « en faillite ». En quelle langue faut-il le dire ? Nous ne valons plus rien que nos dettes et nos déficits. Lui nous avait hissés aux cimes de sa grandeur, ceux-là nous ravalent à l’humilité de leur petitesse.

     

  • Mais qu’est-ce que l’amitié ?

    Mais qu’est-ce que l’amitié ?

    Un jour que je marchais sur un trottoir qui me conduisait je ne sais plus où, je suis passé devant la cour d'une école et j’entendis un petit «bout de chou» dire à un autre enfant: «T'es pu mon ami». Le sourire aux lèvres, je me suis dis que tout cela serait vite oublié et que, dès le lendemain, la paix serait revenue entre ces deux enfants. Mais, tout en poursuivant mon chemin, je me suis surpris à me demander: «Qu'est-ce au juste qu'un ami? »

    Plus je marchais, plus je réfléchissais.

    Un ami, c'est quelqu'un qu'on apprivoise. D'abord, on le regarde attentivement. Puis, un beau jour, on lui envoie un sourire sans qu'il ne l'ait demandé. Quelques temps plus tard, on lui propose un "bonjour" et l'on poursuit son chemin de peur de déranger. Un bon jour, on échange avec lui quelques propos, très peu, au cas où son temps serait compté. De mots en mots s'ajoute une invitation pour mieux s'échanger des mots et des mots. Soudainement, les affinités prennent leur place et nous incitent à recommencer; puis le plaisir et le bien-être que l'on ressent s'installent et la confiance surgit pour laisser couler les confidences, ces secrets que l'on reçoit comme un cadeau, pour ne pas dire un trésor que l'on se doit de bien garder. Après les confidences, on est apprivoisé. Il nous reste à conserver le respect, l'honnêteté, la franchise etc.

    Avoir un ami, c'est posséder une richesse inestimable.

    Alors que je poursuivais mon chemin, le sourire aux lèvres, en pensant à mon meilleur ami, celui de mon enfance, je me rendis compte que j'avais poursuivi mon chemin beaucoup trop loin, je m’étais, sans m'en rendre compte, égaré ; j'ai rebroussé chemin, pensant toujours à lui.

    Mais qu'est-ce au juste que l'amitié?

    La petite histoire que je viens de vous raconter suscite peut-être en vous les mêmes questions qui se bousculent dans mon cerveau, à savoir: «En quoi consiste l'amitié» et «comment se développe-t-elle ?». tenter de faire un peu de lumière sur ces questions qui nous font toutes et tous réfléchir à un moment ou l'autre m’enthousiasme.

    L'amitié est une relation très importante; un ami peut être un allié, un soutien, quelqu'un qui redonne courage, qui dit ce qu'il pense, qui peut aussi donner de précieux conseils, se taire aussi, parfois. Un ami est quelqu'un à qui l'on se confie, à qui l'on peut se fier, avec qui l'on partage de nombreuses choses.

    L'amitié se compose, entre autres, des qualités suivantes: patience, respect, compréhension, partage, compassion, confiance, aide, sympathie, liberté, sécurité, intimité, tolérance et honnêteté.

    Mais comment se faire de véritables amis ?

    Il faut consacrer du temps, des efforts et de la patience pour se faire des amis. Il faut aussi être

    digne de confiance, car on n'impose pas la confiance, on la mérite, et cela ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut apprendre à se connaître, il faut révéler ses sentiments, ses goûts à l'autre. Avec le temps, on s'ouvre et on se confie de plus en plus, dépassant ainsi les hésitations des premières rencontres. Une fois que la confiance s'est installée, il faut la respecter; il suffit d'une seule «trahison» pour détruire une amitié.

    Il est plus facile d'engager la conversation avec des personnes qui partagent nos intérêts qu'avec quelqu'un dont on ne sait pas si on a des points communs avec elle ou lui. Il existe de nombreux endroits où l'on peut rencontrer des personnes susceptibles de devenir des amis: il peut s'agir d'un club social, d'un groupe d'entraide, d'une activité de plein air etc. Vous aimez jouer aux échecs ? Adhérez à un club d'échecs. Vous aimez les oiseaux ? Cherchez un peu, il existe peut-être un club d'ornithologie dans votre localité. Parmi les gens que vous côtoyez au travail dans votre quartier, et surtout lors de vos sorties, il existe sûrement des amis potentiels. Engagez graduellement la conversation avec les gens que vous voyez régulièrement. Trouvez les points que vous avec en commun. Commencez par sourire et par dire bonjour, et si l'occasion le permet, présentez-vous. Lorsque vous aurez dit bonjour plusieurs fois, vous trouverez sans doute l'occasion de vous arrêter et de bavarder quelques instants. Que ce soit en marchant sur la rue ou encore à l'épicerie, commencez à parler de choses et d'autres. Utilisez des questions rituelles pour laisser passer le message suivant : «Je désire faire votre connaissance»: Depuis combien de temps vous intéressez-vous aux échecs; faites-vous partie de ce club depuis longtemps; où croyez-vous que se trouve le meilleur endroit pour observer les oiseaux ? Ces questions rituelles, comme bien d'autres, indiquent votre intérêt et permettent à l'autre personne d'exprimer à son tour l'intérêt qu'elle vous porte. Écoutez attentivement les renseignements qu'elle vous donnera au cours de la discussion; plus vite vous découvrirez ce qui passionne quelqu'un, plus vite vous saurez si vous avez des affinités. Les gens sont toujours agréablement surpris que l'on mentionne des choses qu'ils nous ont dites lors de précédentes conversations. Des phrases comme: «Avez-vous trouvé du travail ?» ou «Avez-vous regardé l'émission dont vous me parliez l'autre jour ?», montrent que vous avez vraiment écouté et que vous vous sentez concerné. Ces marques d'intérêt montrent à la personne qu'elle est importante. Il est donc essentiel de bien écouter et de retenir les mots clés et les renseignements que l'on vous donne. De ces informations, vous pourrez alimenter les conversations suivantes. En vous souvenant du nom d'une personne, des détails qui la concernent, vous lui donnez le sentiment qu'elle est spéciale. L'attention que vous lui portez prouve votre intérêt et votre curiosité, et l'encourage à révéler des renseignements supplémentaires. Une personne qui s'ouvre ainsi vous témoigne la confiance qu'elle vous porte. Il est important de rester en contact avec les personnes que l'on apprécie. Les rencontres permettent à l'amitié de se développer et de se consolider . Si vous êtes invité quelque part, faites un effort pour y aller. En acceptant l'offre qui vous est faite, vous encouragez la personne à partager ses sentiments avec vous. Vous ne devez évidemment pas agir contre votre gré, mais vous devez réaliser qu'un refus est souvent interprété comme un manque d'intérêt. L'amitié se développe avec le temps. On peut la comparer à une plante qui croit lentement et régulièrement au fil des années. L'amitié se développe en partageant des expériences avec ses amis. Temps et partage sont deux éléments importants de l'amitié. Comme l'écrivait Saint- Exupéry; «C'est le temps que tu consacres à ta rose qui la rend si importante à tes yeux.». Soyez pour les autres l'ami que vous rêvez d'avoir! On a déjà dit qu'un ami est quelqu'un qui sait tout de nous mais qui nous aime quand même. Il faut être capable d'accepter ses amis pour ce qu'ils sont : des personnes uniques, avec leurs problèmes et leurs défauts. Soyez tolérant et vous garderez longtemps vos amis. Faites ce que vous pouvez pour les aider, vous ne serez pas en reste. Si vous êtes un bon ami, vous aurez de bons amis. Moi, j’ai la chance d’en avoir, peu c’est vrai, mais peut-on accorder autant d’intérêts et de temps à beaucoup ? Et surtout comme moi pensez :

    Les gens ne sont pas amis tant qu’ils n’ont pas dit tout ce qu’ils ont à dire et ne sont pas capables de rester assis l’un près de l’autre au travail ou bien au repos, à longueur d’heures et sans mot dire. Pour certains parmi vous, lecteurs ou lectrices, nous n’en sommes jamais tout à fait arrivés là, mais nous nous en rapprochons un peu chaque jour…

    Merci Constance, de m’avoir sorti de ma léthargie quotidienne pour compléter ta réflexion.

     

     

  • Les innovations tuent !

    Les innovations tuent !

     Franchement, on a bonne mine, avec tous nos bidules et nos machins qui nous mettent sous perfusion continue, façon cordon ombilical que si tu le coupes tu n’existes plus. La technologie moderne, électronique, numérique et , surtout, furieusement nomade est en train de nous rendre fous, c’est aussi simple que ça. On passe notre temps à pianoter, à se connecter, à se déconnecter, à se brancher, à se débrancher. Et le reste du temps à pester, jurer, supplier, parce que ça marche mal, parce qu’on n’y comprend rien et que si ça continue on va porter plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (comme tout le monde, après tout) pour « harcèlement moral ». Pourtant, même au bord de la crise de nerfs, même devenus complètement fous, nous en voulons toujours plus, nous exigeons les toutes dernières versions des nouvelles applications des ultimes modèles des derniers joujoux qu’il faut absolument avoir sous peine de mort subite. On sait que ça nous rend cinglés. Mais on ne peut plus s’en passer. Exactement comme quand on ne peut s’empêcher de s’empiffrer de saloperies bien sucrées, bien grasses, qui nous rendent malades.

    Et, justement, voilà que je viens de découvrir deux nouvelles merveilles de la technologie moderne qui ont un rapport direct avec ça : la nourriture, le poids, le régime. Je vois déjà l’intérêt pointé chez certains de mes amis et plus particulièrement mes amies… Premièrement : le « mandomètre ». Qu’est-ce que le mandomètre ? Le mandomètre est une petite balance ronde reliée à un ordinateur, qu’on glisse sous son assiette (le mandomètre pas l’ordinateur). Il indique le poids de la nourriture que vous avez sous les yeux, mesure le temps que vous mettez à l’ingérer, fait le rapport et le compare à une courbe idéale. En gros pour les néophytes des termes technico-pseudo-informatico-spécialisés, ça vous empêche de grossir. Manger avec une balance qui balance à votre ordinateur pour calculer ce qui est bon pour vous, n’est-ce pas un extraordinaire progrès ?

    Deuxièmement : la « balance Withings ». Qu’est-ce encore que cette balance Withings ? La balance Withings est une balance comme son nom l’indique qui se connecte à votre iPhone pour mesurer vos progrès. Hop, hop, ne vous égarez pas, nous restons toujours dans la nourriture… On se pèse et l’info complète, - poids, mais aussi masses maigres et grasses, sans oublier l’indice de masse corporelles - est directement transmise à votre iPhone via une application dédiée. Facile alors d’analyser sa courbe d’évolution lors de ses déplacements quotidiens. Imaginez ! Tu vois un type dans la rue devant un restaurant qui allume son iPhone, tu crois naïvement qu’il est en train de téléphoner ou de regarder la météo, eh bien, pas du tout : il est en train de consulter la courbe d’évolution de son indice de masse corporelle pour savoir s’il peut manger des frites au resto. Ça vous en bouche un coin, hein ? Et attendez, le soir, chez lui, il met son mandomètre sous son assiette. Et son ordinateur lui donne le résultat des courses. Elle est pas belle, la vie ? Moi, ce que je pense, c’est que tout ça va mal finir. Exactement comme avec la télé, autre merveille (quoique ancienne) de la technologie moderne.

    Qu’est-ce qui se passe, avec la télé ? Cette fois, je vous le donne en mille. « Selon une étude portant sur 8800 hommes et femmes âgés de 25 ans et plus, les gens qui regardent la télévision plus de quatre heures par jour ont 80% de risques supplémentaires de mourir d’une maladie cardiovasculaire et 46% de risques supplémentaires de mourir d’autres causes pathologiques en comparaison de ceux qui regardent la télévision moins de deux heures par jours ». La conclusion s’impose d’elle-même : la télé tue. Lentement, peut-être, mais sûrement. Et beaucoup de télé tue beaucoup. Pourquoi ? Parce que plus on la regarde, vautré dans son canapé en bouffant des chips et des cacahuètes, moins on bouge et plus on grossit, plus on attrape des saloperies. Et ce, même en regardant des émissions sportives. Pour dire, ce dimanche, malgré un temps maussade et incertain, j’avais décidé de faire du sport, ça tombait bien. Le matin, marathon de Paris et l’après-midi, Paris Roubaix en cyclisme et stade Toulousain contre stade Français en rugby. Eh bien, vous n’allez pas me croire mais je n’ai pas perdu un gramme de la journée, bien au contraire, mais ça cela vient sans doute du barbecue à midi. Explication certes rationnelle. Mais assurément incomplète. Car la télé ne fait pas que rendre gros et gras. Elle tue aussi le cerveau. Elle anesthésie. Elle chloroforme. Elle rend accro. Elle légumise le cerveau. La preuve, après le barbecue, pendant Paris Roubaix, je ne me souviens absolument pas de ce qui s’est passé entre les 40 et 120ème kilomètres, la preuve que la télé chloroforme ! Exactement comme le mandomètre, la balance Withings et toutes les merveilleuses merveilles de la technologie moderne que si tu les as pas t’es foutu. Enfin, je dis ça, je suis comme tout le monde, avec mon ordinateur et mon téléphone portable. Mais j’essaie de faire gaffe. Pour pas m’encombrer le cerveau, m’anesthésier les neurones. De toute façon, quand je suis avec mon ordinateur ou mon téléphone portable, je passe mon temps à m’engueuler avec eux. Ils ne font jamais ce que je veux. Mais ce qu’ils veulent, eux. Ils m’énervent. Ils me rendent cinglé. Ça aussi, ça raccourcit la vie. C’est sûr et certain. Un de ces quatre, on va lire, une étude portant sur 8800 hommes et femmes de 25 ans et plus passant plus de quatre heures par jour avec leur ordinateur ou leur téléphone portable… Alors qu’on pourrait faire tellement d’autres choses ! Manger, par exemple (je rigole).

     

  • Mais comment font-ils ?

    Mais comment font-ils ?

    Oui, comment font-ils pour sourire autant ? Je parle des hommes politiques, bien sûr. Et des femmes politiques, bien entendu. Entre parenthèse, ça devient un vrai casse-tête, cette histoire. Vous avez remarqué ? On ne peut plus écrire un mot au masculin sans mettre aussitôt un (e) juste après. Exemples : candidat (e), prétendant (e), désigné (e), élu (e), président (e), idi... ( ?)...Avant tout le monde s'en foutait. Maintenant tout le monde fait gaffe. Je ne dis pas que je suis contre, ouh là ! Disons juste qu'à la lecture ça devient un parfois un peu comique. Vous avez des textes, des articles, il y a des (e) toutes les lignes. On marche littéralement sur les (e). Et sur les œufs. Bref. Revenons aux sourires. Comment font-ils (elles) ? Voyez, moi aussi je sais le faire.
    Déjà, il y a les poignées de main. Il faudra un jour demander à la main droite de Nicolas d'écrire ses mémoires. Elle en aurait, des choses à dire. Touchée, serrée, empoignée, secouée, triturée, malaxée, caressée (je me fourvoie ! je pensais à Carla) à longueur de journées (non, pas Carla, suivez s'il vous plait, c'est déjà assez compliqué comme ça, la main droite de Nicolas).
    Dans quel état elle doit être, le soir, (cette fois arrêtez, pas Carla, la main) ! Il doit la plonger dans la glace pendant au moins une heure ( ???...), Nicolas, pour qu'elle retrouve forme humaine (je parle toujours de la main...). Je me demande s'ils ont des kinés exprès pour ça, les hommes politiques (et les femmes aussi, c'est la dernière fois que je le précise...). Est-ce qu'on leur apprend à serrer les mains d'une façon particulière, est-ce qu'il y a un truc que nous ignorons, nous autres, simples serreurs amateurs. Est-ce qu'il y a des tests de serrage de mains, avant de se lancer dans le métier ? En plus, avec l'âge, les rhumatismes, l'arthrose, l'ostéoporose, la ménopause ( ?), enfin tout ça, ça ne doit arranger les choses. Bonjour, les fractures...
    Mais revenons aux sourires. Dès qu'on les voit à la télé, hop, sourire. Ce qui veut dire que dès qu'ils voient une caméra, hop, sourire. C'est comme un déclencheur automatique. Un réflexe pavlovien : caméra = sourire. D'accord, ça fait partie de leur job, de sourire à tout-va, comme de serrer les mains, mais ça ne doit pas être facile tous les jours. Franchement, il y a des moments où on ne doit pas avoir envie de sourire, mais alors pas du tout. Les vacheries des soi-disant copains, les critiques de la presse (quoi que là, pour Nicolas, j'exagère, elles lui sont toujours favorables, une histoire de copinage avec les patrons de presse...), les sondages qui ne bougent pas, les sifflets de la salle, les discours soporifiques et interminables (ceux des autres, naturellement) : toute personne normalement constituée (vous, moi) ferait la tronche. Eux, non. Un grand sourire, d'une oreille à l'autre. C'est bon pour l'image, à ce qui paraît. Ça les rend sympathiques, aimables, gentils, désirables, attirants, séduisants. C'est censé donner envie de voter pour eux. Comme quoi ils sont drôlement contents d'être heureux, rien que pour nos yeux.
    Bien entendu, la reine du sourire, c'est Ségolène. Elle les écrase tous, sous le rapport du sourire. Elle, c'est bien simple, je ne sais pas comment elle fait, elle sourit comme elle respire. Pour les caméras, tout du moins. Parce qu'il paraît qu'au naturel elle est plutôt du genre pète-sec. Il paraît... Mais, à l'image, elle est plus que radieuse, elle irradie, elle est carrément radioactive. Elle sourit en parlant, c'est ça le plus fort. Essayez, vous verrez, ce n'est pas si facile que ça. Bon, trente secondes, d'accord, on le fait tous. Mais cinq, dix minutes d'affilée, ne pas arrêter de sourire tout en parlant de ceci ou de cela, c'est quasiment surnaturel. C'est parce que c'est une star. Et c'est bien le problème des autres : qu'est-ce qu'on peut faire contre une star qui sourit tout le temps ? Rien. Elle me fait penser à Chirac. Une star, lui aussi. Qui souriait tout le temps même parfois à mauvais escient...
    Dans un tout autre registre, vous avez Michèle. J'ai bien dit : dans un tout autre genre. Elle aussi, elle sourit. En bon petit soldat, elle a bien appris la leçon : caméra = sourire. Le problème, c'est qu'on entend le déclic du bouton, les engrenages du mécanisme. Et qu'on voit distinctement les deux élastiques qui lui coincent le sourire derrière les deux oreilles. Ça doit lui faire un mal de chien aux zygomatiques, elle ferait presque pitié. Un petit conseil Michèle : fais-toi plaisir, laisse tomber le sourire. Le sourire n'est pas obligatoire. Surtout le sourire qui fait peur aux petits enfants.
    Tenez, prenez Martine, par exemple. Est-ce qu'elle se soucie de sourire ? Pas le moins du monde. Elle fait la gueule, caméra ou pas. Comme elle engueule tout le monde, elle est parfaitement raccord. Engueuler avec le sourire, ça fait pervers. Alors que là, on s'habitue, on se dit « c'est Martine », et puis voilà. Bon, ça ne la rend peut-être pas follement sympathique, mais au moins elle est nature. On se dit : celle-là, elle ne fait pas de cinéma, elle ne joue pas les enjôleuses, elle ne drague pas. Elle est Martine, point final. Cela dit, un petit sourire de temps en temps, comme ça, en passant, ce ne serait pas non plus totalement rédhibitoire, voyez.
    Sinon, il y a l'austère qui se marre. Lui, c'est un cas. Déjà, avoir eu l'idée de dire ça : je suis un austère qui se marre. Gêne dans l'assistance, raclement de gorge, toux discrètes, regards vers les chaussures. Oui, tu disais, Lionel ? Il était peut-être marrant, Lionel, mais il le cachait drôlement bien. En réalité, il est comme Nicolas, il ne sait pas y faire avec les caméras. Austères, ils sont, austères ils resteront. Et le paradoxe, c'est que c'est comme ça que les gens les aime ou du moins les aimait. Honnêtes, sérieux, sincères, pédagogues. Pas marrants du tout. Pas souriants. Et très populaires. Eh oui, ils ont été les rois des sondages, à une époque. Incroyable, non ? Faut croire qu'on avait envie de ça, besoin de ça : des hommes politiques qui refusent la frime, le jeu de la séduction, la démagogie.
    Et voilà. Le temps passe. Les temps changent. Ségolène sourit toujours et Nicolas a chassé le naturel...
    Mais je pense tout de même à Allison. Pourquoi, me direz-vous ? Je n'ose imaginer le sourire qu'elle va afficher, face à ses invités, son arrosoir transformé en pot de fleur dans la main.
    Et ça change tout...

     

  • Savoir prendre des risques en toutes circonstances : cela vous arrive-t-il ?

    Savoir prendre des risques en toutes circonstances : cela vous arrive-t-il ?

    Un jour, à Belfort, avec un ami, nous avions décidé d'essayer un nouveau resto. C'est vrai que c'est agréable d'avoir ses habitudes dans les mêmes restos où l'on se retrouve rituellement, autour d'un bon petit repas. On n'entre, on dit bonjour à la ronde, le patron vous dit bonjour, il vient vous serrer la main, il vous trouve une table, c'est supersympa. De plus, on connaît la cuisine, pas de surprise, ni en bien ni en mal, on sait à quoi s'attendre. Et puis on retrouve des têtes connues, on se salue, on papote, à force on est comme chez soi. Tiens, ça me fait penser à une remarque d'un type dont je ne me souviens pas le nom, qui disait : « J'ai vu un restaurant où c'est écrit : ici, on mange comme chez soi. Si c'est pour manger comme chez soi, autant rester chez soi. » Tout ça pour dire que, si ça a du bon, les chemins connus, il faut parfois savoir sortir des chemins connus. C'est ce qu'on s'était dit, mon copain et moi. On avait entendu dire qu'un resto venait de changer de propriétaire, rue des Troquets (ne cherchez pas, elle n'existe pas, je ne me souviens pas du véritable nom). Et, à ce qu'on disait, ça valait le déplacement. En tant qu'éternel curieux et méfiant de nature, j'ai demandé qui était le « on » de « à ce qu'on disait ». là, c'est devenu extrêmement vague. Apparemment, quelqu'un avait dit à quelqu'un que quelqu'un avait entendu dire que ça valait vraiment le coup. Autant dire que ça m'avait tout l'air d'un tuyau percé.
    D'où l'idée en bons fantassins d'aller en expédition, sur le terrain, pour vérifier par nous-mêmes si ça valait vraiment le coup. C'est un véritable métier, fantassin, qu'est-ce que vous croyez ? Sur la devanture, il y avait une grande banderole qui disait : « Changement de propriétaire ». Comme quoi le resto venait bel et bien de changer de propriétaire. Sur ce plan-là, au moins, l'info était béton. On est entré. Il n'y avait personne. A part le patron, je veux dire, qui attendait tranquillement derrière son bar. Il nous a bruyamment et chaleureusement salués, comme si on se connaissait depuis Mathusalem. Et avec, m'a-t-il semblé, comme un grand soulagement. Je me suis même demandé à cet instant si on n'était pas ses tout premiers clients. « Au moins, c'est calme », m'a dit mon ami. C'est tout le problème des resto où l'on va d'habitude : sympas, mais bruyants à mort tellement il y a de monde. Vous savez, bien sûr comment ça se passe : plus il y a de monde, plus c'est bruyant. Plus c'est bruyant, plus on est obligé de parler fort pour s'entendre. Plus on parle fort, plus c'est bruyant. Plus c'est bruyant... J'arrête ma démonstration. Alors que là, non. Un grand silence. A part la radio. Une de ces radios FM qui débite les tubes de l'année à la chaîne, tu déjeunes avec Dalida et Michel Delpech, bien obligé. On a cherché où s'asseoir. On avait le choix, vu qu'on était tout seuls. Le patron nous a indiqué une table dans le fond. Mais visible de la rue. Vous devez savoir que c'est un truc de patron de resto : les premiers clients, tu les installes à une table visible de la rue. Pour que les passants voient les clients et ne paniquent pas en voyant le resto vide.
    « Le problème des resto vides, m'a dit mon copain, (pas trop fort, à cause du patron derrière son bar), c'est que tu te demandes pourquoi ils sont vides. Un resto plein, ça rassure, on se dit que ça doit être bon, sympa et tout. Et puis les gens ont besoin d'être avec d'autres gens. Un resto vide, c'est l'angoisse. Ou c'est vraiment trop mauvais. Ou c'est vraiment trop cher. Et c'est vraiment trop vide ». On a médité en silence sur cette forte pensée. Frappée au coin du bon sens, est-il utile de le préciser. N'empêche qu'on y était bel et bien, dans le resto vide. Comme qui dirait pris au piège. D'un autre côté, comme il venait tout juste de changer de propriétaire, est-ce que ce n'était pas normal qu'il soit vide ? Le temps que les clients se risquent, se fassent une idée, passent le mot... Si ça se trouve, avant le changement de propriétaire, c'était nul de chez nul. Et d'ailleurs, me suis-je dit d'un seul coup, est-ce qu'il y avait réellement un resto à cet endroit-là, avant le changement de propriétaire ? Je n'en avais aucun souvenir. En face, oui. En face, il y avait un de nos QG habituels. Mais là, non. Bizarre. Etonnant. Surprenant. Le monde est plein de mystères, me suis-je dit. Juste au moment où le nouveau propriétaire nous a tendu l'ardoise. Après tout, on était venu pour manger. Et pas seulement pour philosopher, d'autant que pour ceux qui me connaisse à cette époque, la philosophie n'était pas mon domaine de prédilection...
    Il y avait une formule : entrée plus plat ou plat plus dessert, ou alors, entrée plus plat plus dessert, mais alors là, on explosait le budget. Pour l'entrée, on l'a joué classique : hareng pommes à l'huile. Quand on ne connaît pas, il ne faut pas prendre de risques inutiles. Hareng pommes à l'huile, normalement c'est sans surprise. Après : un foie de veau, un confit de canard. Et, sur l'insistance du patron, des pommes de terre sautées. A la réflexion, pommes à l'huile et pommes de terre sautées, ça ne faisait pas très équilibré mais compte tenu des activités de cette époque un tel excès ne prêtait pas à conséquence. Et tant pis. Faut également savoir faire plaisir à un nouveau propriétaire. Surtout si on reste ses seuls clients. Au café, un autre copain est venu nous rejoindre. Le patron n'en croyait pas ses yeux : tous ces clients dans son restaurant ! C'était l'ami qui nous avait dit : à ce qu'on dit, ça vaut le coup. Lui, il était allé déjeuner ailleurs. Il n'avait même pas confiance dans ses propres tuyaux... Il nous a demandé ce qu'on en pensait. Honnêtement, on lui a répondu : c'est honnête. Comme quoi on allait peut-être y revenir. Voire sans doute. Du coup, il allait peut-être (voire sans doute) se risquer à venir y manger avec des potes. Et puis les potes amèneraient des potes. Quand les gens passeront dans la rue et regarderont par la devanture, ils verront qu'il y a du monde. Pas trop. Juste assez pour ne pas être tout seuls. Et ils diront : ça n'a pas l'air mal, on entre ?
    Tout ça grâce à qui ? Grâce à nous. Nous on a pris tous les risques. En vrais fantassins, l'aventure jusque dans la recherche du repas.

     

  • Pourquoi je suis français ?

    Pourquoi je suis français ?

    Je suis français parce que je suis de nationalité française. Que ma nationalité soit d'origine ou acquise, peu importe, pourvu que je me reconnaisse fils d'une nation, c'est à dire d'un ensemble d'humains unis par une communauté de territoire, de langue, de traditions et d'aspirations. Le territoire, c'est ma maison ; la langue en est la clé ; les traditions en sont les fondations ; les aspirations sont les portes et les fenêtres. Le tout, c'est mon présent. C'est ce présent localisable, parlant, historique et prospectif que j'incarne quand je me déclare français. Mon identité est donc plus que ma carte d'identité : c'est un vouloir-être qui m'oblige à réagir contre ceux qui ne veulent pas de la France alors même qu'ils y vivent ou qu'ils en vivent. Mon identité est une action ! L'Histoire qui me porte est aussi l'Histoire que je porte dans un sentiment permanent d'autodéfense. Mon identité est un silence intérieur capable de colères. L'actuel débat sur l'identité nationale corrobore cette évidence. La France gronde en moi comme en chaque Français qui aspire à rester français, car l'actuelle identité de la France est en train de changer l'identité des Français ! Les Français en ont assez, en effet, de vivre au quotidien l'altération de leur être. Etre français, c'est donc être hostile à ceux qui sont hostiles aux lois françaises, à commencer par celles qui sont perçues comme lois du pays d'accueil. Je suis français parce que je dénonce la « nouvelle France » ! Je suis français parce que je suis révolté d'entendre, sur mon sol, des manifestants hurler des slogans antisémites ou soutenir les terroristes du Proche-Orient. Je suis français parce que je ne supporte pas que des drapeaux étrangers ou des banderoles francophobes soient brandis agressivement lors de rencontres sportives ou dans des manifestations de rue. Je suis français parce que je ne tolère plus les personnes qui, sous le couvert de nos lois, font le lit de leur culture en défaisant celui de la République. Je suis français parce que je ne veux plus de ces prêcheurs qui, au nom dune religion, tiennent des discours anti-occidentaux. Je suis français parce que je n'apprécie pas du tout qu'il y ait dans nos banlieues des hommes et des femmes pour voir en Ben Laden un saint ou un héros. Je suis français parce que je n'ai plus la sollicitude que j'avais naguère pour les « sans-papiers » et autres hors-la-loi qui squattent nos églises et méprisent nos droits en exigeant des droits différentiels. Je suis français parce que je n'accepte plus que des élèves ordonnent qu'on réécrive les cours d'histoire au seul motif que l'enseignant leur présenterait une vision exclusivement judéo-chrétienne du monde. Je suis français parce que je ne comprends plus que des étudiants musulmans récusent la mixité, les enseignantes, les enseignants non musulmans, la pensée déiste, encyclopédiste, athée, les Lumières, les cours de littérature, de philosophie, de physique, de biologie, de sport, en un mot tout ce qui gêne leurs convictions célestes. Je suis français parce que je suis excédé de ne plus pouvoir mettre, à Noël, une crèche dans une vitrine ou un sapin dans une école sans déclencher une commission d'enquête. Le Français que je suis en rage d'apprendre qu'un train peut être un lieu de tabassage ou de viol, voire un moyen de transport quasi gratuit pour ces anonymes qui tabassent et qui violent, et dont l'identité, systématiquement tue, se révèle pourtant par ce silence même ! Le Français que je suis serre les poings lorsqu'il entend Dominique Baudis avouer personnellement « ne plus pouvoir sortir dans certains quartiers sans se faire traiter de « sale Français » (FR3 Toulouse, 1999) ! Le Français que je suis souffre de savoir qu'en 2002, François Bayrou qui s'était rendu à Strasbourg à l'occasion de la campagne présidentielle a vu les vitres de la mairie où il se trouvait brisées par des pierres, comme sil était le Mal, et qu'en 2005, Nicolas Sarkozy, visitant une cité « difficile » d'Argenteuil, a été caillassé de la même façon comme s'il était le Diable ! Le Français que je suis n'est pas près d'oublier l'image incroyable du visage de Jacques Chirac couverts de crachats de « jeunes » lors dune visite à Mantes la Jolie, le 4 mars 2002, ni la Marseillaise sifflée en 2001, 2007 et 2008 au stade de France ! Je suis français lorsque je m'insurge contre la tiers-mondisation de nos cités, d'où les autochtones sont chassés au prorata de l'arrivée des étrangers, conformément à une politique immigrationniste suicidaire qui aligne progressivement notre pays sur le Kosovo devenu musulman à 90% en moins de 50 ans ! Je suis français lorsque je vomis le racisme anti-blancs, comme tout autre forme de racisme, et par conséquent, lorsque je tempête contre la discrimination positive » en laquelle j'aperçois l'avancée du « racisme positif » sitôt quelle se fonde sur la couleur, et du « politiquement correct » dans ce qu'il peut avoir d'imbécile et de pleutre ! Je suis français lorsque je fulmine contre les lois françaises appliquées du bout des lèvres dans les « cités » et les « banlieues ». Je suis français en refusant de baisser les yeux quand je croise les occupants de zones hypocritement qualifiées de « non-droit ». Je suis français lorsque je n'entends plus être une victime « ethnique » de la violence ordinaire, que ce soit pour une aile froissée, une priorité refusée, une cigarette que je n'ai pas la chance d'avoir sur moi, un sandwich au jambon jugé « insultant », un geste ou un mot interprété de travers, ou le simple fait d'être là. Je suis français quand j'anticipe les violences qui n'auraient pas manquer d'éclater dans tout l'Hexagone au soir du 18 novembre 2009 si la victoire frauduleuse de l'équipe de France de football avait été obtenue non contre l'Irlande mais contre l'Algérie. Je suis français quand je constate, scandalisé, que les fêtes du Nouvel An célèbrent le renouvellement flambant neuf du parc automobile ! Je suis français quand j'exige que soient sévèrement punis ceux qui téléphonent aux pompiers et aux médecins pour les faire tomber dans d'immondes traquenards. Je suis français quand s'agitent en ma mémoire les voyous qui saccagent nos lieux de vie parce qu'un des leurs s'est tué accidentellement au volant d'un véhicule volé, et qui, profitant de ce drame, jettent par la fenêtre de leur immeuble réfrigérateurs, machines à laver, téléviseurs et autres objets « anodins », défoncent les devantures de locaux et de magasins à la voiture bélier, attaquent les commissariats au lance-roquette, accueillent les forces de l'ordre à coups de pierres, de boules de pétanque, de cocktails Molotov, de revolver ou de fusil, incendient tout ce qui peut brûler, trafiquent la poudre, les véhicules et les armes... quand ils ne s'engagent pas dans des cellules terroristes pour semer sur notre sol ou ailleurs la dévastation et la mort ! Je suis français quand des rappeurs veulent « niquer la France », quand Houria Bouteldja traite mes compatriotes de « sou chiens », quand je dénonce l'islamisation de mon pays comme des pays européens, quand je plaide pour une Europe laïque et féministe, quand j'admire Malek Boutih, Malika Sorel, Hamid Zanaz, Kébir Jbil, Pascal Hilout, Sihem Habchi, Abdennour Bidar... tous issus de l'immigration et tous honneur de la France par leur engagement authentique en faveur des valeurs républicaines. Je suis Français quand je soutiens les Droits de l'Homme, quand j'en appelle à l'universel par la femme qui est l'Homme et par l'Homme, qui ne vaut que par l'universel. Je suis français plus que jamais quand, au nom de cet universel, je pense aux Français qui ont donné leur vie non seulement pour que je n'aie pas à donner la mienne, mais encore pour que je puisse vivre les valeurs qui les ont tenus debout quand tout s'écroulait autour deux. Ces valeurs ne doivent pas être noyées dans je ne sais quelle honte nationale : c'est par elles et pour elles que je suis ce que je suis. Je suis français par résistance !

  • Rosalie et Brunie

    Rosalie et Brunie.

     

    J’aurais peut-être dû y aller. Mais où, pensez-vous ? Mais au Salon de l’Agriculture, bien sûr. Je sais qu’il est fermé depuis déjà deux semaines, ça ne fait rien, j’aurais dû y aller tout de même. Après tout, c’est le dernier salon où l’on se pose. Je serais allé dire bonjour aux vaches Rosalie et Brunie. Je suis sûr qu’elles auraient apprécié. Je suis un ami des vaches ne serait-ce que pour le lait, demandez à ceux qui me connaissent. Surtout depuis qu’on les a traitées de folles. Nous, les humains, qui traitons les vaches de folles ! C’est l’hôpital qui se moque de la charité. Heureusement qu’on entend pas ce qu’elles se disent, sur nous, le soir, entre copines, au fond de l’étable. Parce que, comme cinglés, on se pose là. Les vaches ne nous arrivent pas à la cheville. Depuis la plus haute antiquité, l’homme est un loup pour l’homme. Alors que la vache est une vache pour la vache. Et ce n’est pas la visite express (et pour la fermeture seulement) de l’agité de l’Elysée qui les aura fait changer d’avis. Même pas capable de rester cinq minutes à leur faire la conversation. Pas le temps de leur faire des compliments, de leur caresser la croupe. Des vaches qui viennent exprès pour ça, qui se sont pouponnées, brossées, peignées, manucurées, pour se montrer sous leur plus beau jour. Allez hop, une demi-heure pour faire le tour du Salon au galop, juste le temps de rouler dans la farine une fois de plus ces pauvres paysans, et il se casse. C’est pas beau de snober les vaches. C’est vraiment pas élégant. A mon avis, il n’a pas intérêt à aller se montrer dans les cours de ferme. Les vaches ont de la mémoire. Alors, que lorsque le patron est venu quelques jours auparavant, tu parles si elles étaient contentes ! Chirac, l’homme qui sait parler à l’oreille des vaches. Sous leurs grands cils rimmellisés, elles le couvraient des yeux. Il aura au moins fait ça, Chirac : rehausser notre prestige auprès des vaches. Ce n’est pas rien.

    Mais il n’y a pas que des vaches, au Salon de l’agriculture. Il y a des chevaux gros comme des locomotives, capables de tirer derrière eux des tonnes d’arbres, de pierres, de tout ce que vous voulez. Quand j’était jeune, j’en connaissais personnellement deux, chez mon copain, fils de paysans. L’un s’appelait Pleurot. L’autre, Fagros. J’adorais crier : « Hue, Pleurot ! Hue Fagros ! ». Comme ils étaient sympas, ils faisaient mine de m’obéir. Ils étaient costauds, mon vieux, de vrais mastodontes. Pacifiques et gentils, d’accord. Mais ils me foutaient tout de même un peu la trouille. Un coup de sabot malencontreux, et hop, écrabouillé. J’en connais à qui s’est arrivé, pas très joli à voir le résultat. C’est comme les cochons. C’est rigolo, les cochons, avec leurs petits yeux et leur bouche qui se marre sous le groin. Mais quand c’est très gros, c’est nettement moins rigolo. Je sais de quoi je parle : j’en ai fréquenté chez le Pierrot. Je les trouvais très méchants. Il faut dire que j’étais nul à cette époque. Il n’a pas fallu longtemps aux cochons pour s’en apercevoir. Alors ils n’ont fait rien qu’à m’embêter. Sales bêtes. Les cochons qu’on voit au Salon ne sont pas sales du tout. Ils sont propres, mon vieux, nickel chrome. Passés au jet, à la brosse, à l’éponge, au polish. Comme quoi, les cochons ne sont pas sales par nature. Si on ne les met pas dans la boue, dans le fumier, dans le purin, ils sont mignons comme tout. De toute façon, dans les usines à cochons, ils ne sont ni propres ni sales ni rien du tout. Ils bouffent. Comme des cochons. En attendant l’abattoir. C’est triste. Remarquez, j’ai passé mon enfance à la campagne et souvent j’entendais en allant à l’école les cris des cochons égorgés par le Pierrot. C’est triste à dire, mais l’homme à cette faculté rare de s’habituer à tout.

    Sinon, au Salon de l’agriculture, il y a aussi des poules, des coqs, des oies, des canards, de la volaille en pagaille. Les poules sont mes copines (j’ai d’ailleurs gardé « ce trait » une bonne partie de ma vie..). Je peux passer des heures à les regarder farfouiller avec leurs pattes dans la cour de ferme en faisant leurs petits bruits de gorge. Les coqs, eux, ne sont pas du tout mes copains. Ils sont beaux, je ne dis pas le contraire. Mais se faire réveiller par un coq à cinq heures du matin, franchement, ce n’est pas humain. Un coq qui chante à cinq heures du matin réveille un autre coq. Qui se met à chanter à cinq heures dix. Lequel réveille un troisième coq. Qui se met à chanter à cinq heures vingt. Et c’est parti, non-stop, jusqu’à huit heures. Qui est une heure décente pour se lever, même à la campagne. De toute façon, à l’heure où je vous parle, il pleut sur la campagne. Il pleut non-stop, depuis au moins huit heures ce matin. Il pleut sur les vaches, sur les chevaux, sur les cochons, sur les poules, sur les coqs, sur les oies, sur les canards. Et sur les humains. Sur moi, en particulier. L’herbe est verte, je ne dis pas le contraire. Mais l’homme ne vit pas seulement d’herbe verte. Il vit aussi de soleil. J’entends une certaine amie dire que je dis encore du mal de la Bretagne parce que je dis qu’il pleut. La faute à qui ? Au moins, au Salon de l’agriculture, il ne pleut pas. On est au sec. Il fait chaud. Les bêtes croient qu’il fait beau dehors. Ça leur donne le moral. Et puis tous ces gens qui viennent les admirer, c’est bon pour leur ego. Elles sont comme tout le monde, qu’est-ce que vous croyez ?

    Sans faute, j’irai au Salon de l’agriculture l’année prochaine… Retrouver une partie de ma jeunesse. Car, regardez bien autour de vous, dans nos campagnes, voyez-vous encore beaucoup de vaches dans les champs ? Si vous avez la chance d’habiter dans un charmant petit village campagnard, entendez-vous encore le chant du coq le matin ?

    Non, plus beaucoup du moins. A qui la faute me direz-vous ? Mais à l’homme bien sûr. Celui qui veut habiter à la campagne mais qui n’accepte pas les bouses de vache sur la route. Celui qui veut habiter à la campagne mais qui poursuit en justice, le cultivateur d’à côté pour nuisances sonores (le coq à cinq heures du matin, vous vous souvenez !). Oui, mesdames, messieurs, nous avons trouvé le moyen de faire disparaître de nos campagnes tous les animaux qui accompagnaient notre jeunesse et nous nourrissaient sainement…

     

     

  • La Bande-annonce

    Les bandes-annonces.

     

    Voulez-vous la preuve décisive, irréfutable, accablante de la scandaleuse partialité des média ? Ne bougez pas, je vais vous la donner. Je pourrais vous parler des récentes élections régionales mais j’ai beaucoup mieux. Il y a déjà quelques temps, je me souviens, Saint-Etienne avait battu le PSG 2 à 0 (c’est du foot). Une magnifique victoire, nette et sans bavure. Or, qu’avions-nous entendu, à la radio, à la télé, qu’avions-nous lu dans les journaux ? Des cris, des pleurs et des lamentations : encore raté pour le PSG, vraiment dommage pour le PSG, rien ne va plus au PSG, mauvaise passe au PSG, etc… Tout sur le pauvre petit PSG. Rien sur Saint-Etienne. Autant dire que pour les médias seul compte le sort du PSG. Qu’il se soit fait battre était devenu une catastrophe nationale. Mais que Saint-Etienne ait gagné (et de quelle façon !), tout le monde s’en foutait. Or, mesdames, messieurs, je vous le demande, qu’elle est l’information la plus objective : « Saint-Etienne bat le PSG » ou bien « Le PSG encore battu » ? Mais les médias n’en ont que pour Paris et son équipe à la ramasse, soutenue pas ses tarés de supporters à la noix. Saint-Etienne, c’est où ? Ils font du foot, à Saint-Etienne ? Heureusement que je suis là pour dénoncer l’ignominieux parti pris par les médias à la solde du grand capital.

    Bon. J’arrête de dire du mal des médias. En vérité, les médias sont très utiles. Grâce à eux, on sait enfin ce qu’il y a de meilleurs pour nous. On a eu, les meilleurs lycées, les meilleurs prépas, les meilleurs hôpitaux, les meilleures maternités, les meilleures destinations de vacances, les meilleurs dirigeants… On n’aura vraiment plus aucune excuse si on n’est pas les meilleurs. Ou alors c’est qu’on le fait exprès. J’attends avec intérêt, les meilleurs garagistes, les meilleurs bars, les meilleurs coins de pêche… Mais aussi (il faut penser à tout) les meilleurs cimetières. Comme ça, on sera paré pour tout.

    Parlons plutôt des bandes-annonces. Une bande-annonce est censée nous montrer les meilleurs moments d’un film dans le minimum de temps. Pour nous appâter, nous donner envie, nous faire saliver. J’adore les bandes-annonces, presque autant que le film que l’on doit voir juste après. Le film, une fois qu’on l’a vu, on sait ce qu’on en pense. Enfin, plus ou moins. On a plutôt aimé, ou plutôt détesté. Ou plutôt ni l’un ni l’autre. Une bande-annonce, c’est du virtuel, de la promesse. C’est comme la première rencontre avec une femme : tout est ouvert, tout est encore possible. Juste quelques images. Et débrouille-toi avec ça. A toi de te faite ton cinéma. Vous avez des bandes-annonces qui vous horripilent ou vous font hurler de rire tellement elles sont ridicules. Vous vous dites : ce film-là, je n’irai certainement pas le voir, tu peux toujours courir. Or si ça se trouve le film est vachement bien. Ça s’est vu. En tout cas, à moi, ça m’est arrivé. Un copain qui me dit : au fait, t’as vu « Miracle en Auvergne » (cherchez pas, ça existe pas) ? T’es fou ou quoi, je lui réponds, t’as vu la bande-annonce ? La bande-annonce, d’accord ; il me dit. Mais le film, lui, est absolument épatant ! A l ‘inverse, vous voyez une bande-annonce pleine d’humour, de finesse, d’intelligence. Vous vous précipitez pour voir le film dès qu’il sort. Une daube ! En fait, tout ce qu’il y a de bien est dans la bande-annonce. Le reste est nul. Soit trente secondes sur quatre-vingt-dix minutes. Ça ne fait pas beaucoup. Mais le pire, c’est quand la bande-annonce tue elle-même le suspense. Quand elle donne la chute, le dénouement. En trois images, vous avez compris que ce sera un happy end. Les amoureux brouillés à mort vont se réconcilier. La petite fille retrouvera son papa chéri. Ou alors, tout au contraire, vous voyez le héros se faire descendre, trois balle dans le buffet, raide mort. Ça ne vaut même plus le coup de voir le film. Remboursez !

    Il faut dire que c’est un peu mission impossible, une bande-annonce. Ramener un film entier à quelques images, c’est limite débile. On peut aussi dire que, vu la contrainte, c’est tout un art. Etre basique, mais pas trop. Subtil, mais pas trop. En dire assez, mais pas trop. Créer du désir. De la frustration. Mais aussi du plaisir. Surtout qu’une bande-annonce passe au milieu d’autres bandes-annonces. Qui, toutes, veulent décrocher la timbale. Que la meilleure gagne ! La preuve de l’importance de la bande-annonce, c’est ce dialogue qu’on entend si souvent : t’as vu « Miracle en Auvergne » (cherchez pas, ça n’existe toujours pas), non, mais j’ai vu la bande-annonce. Preuve qu’on l’a quasiment vu, Miracle en Auvergne. Qu’on en sait suffisamment pour en discuter. Avec, sur celui qui l’a vu, cet incomparable avantage : on n’a pas eu le temps d’être déjà déçu.

    C’est comme les émissions politiques à la télé, quand les candidats viennent vanter leur programme, leurs idées, leur personne. Vous allez me dire que deux heures au lieu de quelques secondes, ce n’est pas exactement la même chose. Mais si ! Quelques secondes pour un film de deux heures, c’est pareil que deux heures pour un mandat régionale. A la télé, les candidats essayent de nous donner envie de voir le film dans son entier. Ils nous appâtent. Ils nous font rêver. Et nous, on est comme avec les bandes-annonces. Si l’émission est raté, est-ce que ça veut dire que le film sera raté ? Si elle est réussie, est-ce que le film sera réussi ? Pas facile de prendre les paris. La télé, c’est de l’émotion, de la séduction, du suspense. Cinq ans de réalité, c’est une autre paire de manches. T’as vu le quinquennat ? Et pourtant, j’avais vu l’émission…

    J’ai gardé le meilleur pour la fin. La question de fond : la vie est-elle une bande-annonce ? Et si oui, de quoi ?

    Je ramasse les copies dans une heure et demie.

  • Pourquoi ce conflit israélo-palestinien ?

    Pourquoi ce conflit israélo-palestinien ?

     

    Le conflit israélo-palestinien n’est pas un western, c’est une tragédie. Dans un western, il y a les bons et les méchants ; dans une tragédie, tout le monde a raison (ou a tort).

    Le judaïsme antique avait deux faces : une religion traditionnelle où les prêtres faisaient des sacrifices d’animaux dans un temple ; une religion d’assemblée où les croyants se réunissaient dans des synagogues pour écouter et méditer les Ecritures.

    En l’an 70 de notre ère, le futur empereur Titus avait écrasé une insurrection juive en détruisant le temple de Jérusalem.

    En l’an 135, l’empereur Hadrien dispersa les juifs, à la suite d’une nouvelle insurrection.

    Le judaïsme devint alors une religion dispersée - la diaspora -, sans temple, gardant seulement la nostalgie de la Palestine (« l’an prochain à Jérusalem »).

    Ce que nous voyons au journal télévisé, ce sont les soubassements du Temple détruit, le mur des Lamentations ; et les mosquées qui furent construites sur son esplanade, le dôme d’Omar et El-Aqsa. Les juifs restés en Palestine sont devenus chrétiens, puis musulmans (à l’exception d’une petite communauté autorisée à revenir en 394).

    Ceux de la diaspora se sont établis un peu partout dans le monde autour des synagogues qui s’y trouvaient déjà (voir les épîtres de Paul).

    Il y eut beaucoup de conversions au judaïsme, depuis les tribus berbères du Maghreb jusqu’aux castes dirigeantes du royaume turc des Khazars. Il y aura même un Etat juif sur la Volga. D’où la difficulté d’expliquer que Sharon, de type slave, est plus sémite qu’Arafat, lequel correspond trait pour trait à la caricature du juif Süss…

    Au XIXe siècle, les juifs étaient nombreux dans l’empire ottoman et dans celui des tsars. Chez les Turcs, ils n’étaient pas inquiétés, alors que chez les russes sévissaient les « pogroms » (émeute antisémite). La populace brûlait les maisons sans que la police tsariste intervînt.

    A cette époque, un intellectuel juif viennois, Théodor Herzl, pensa que ce scandale ne pouvait plus durer. Comme les Etats-nations étaient alors à la mode, il eut l’idée d’en créer un pour servir de refuge aux persécutés israélites. En 1896, il publia son livre « L’Etat juif ». L’affaire Dreyfus, qui le fit désespérer un moment de la République française, ne fut pas étrangère à son projet. Le « sionisme » était né (Sion, l’un des noms bibliques de Jérusalem). Herzl aurait bien accepté pour refuge l’Ouganda, mais en définitive, comme tous les textes de la Bible parlent de la Palestine, le congrès sioniste décida de créer le refuge dans le pays d’origine du judaïsme. Rien que de logique…

    Le malheur fut que ce pays était, depuis presque deux millénaires, occupé par d’ex-juifs et des Arabes musulmans (ou chrétiens). On y trouvait quelques communautés ferventes à Safed, à Jérusalem, à Hébron, mais elles étaient minuscules.

    Les sionistes refoulèrent cet aspect déplaisant de la réalité. Herzl alla négocier avec le sultan et , quand on lui allégua la présence d’Arabes en Palestine, il avança l’argument du caractère nomade (bédouin) et non sédentaire de ces derniers. Ce qui est faux, beaucoup d’Arabes palestiniens étant agriculteurs. Les premiers colons sionistes, encouragés par les Rothschild, achetèrent des terres pour transformer les commerçants et les tailleurs de la diaspora en paysans semblables à ceux de la Bible.

    En 1918, l’empire turc disparut.. Les Anglais avaient à la fois promis l’ »indépendance » aux Arabes et un « foyer » aux sionistes - Lawrence et Balfour !

    Le mouvement sioniste prit de l’ampleur à la suite de la révolution soviétique et de l’indépendance de la Pologne. L’émigration vers la Palestine fut valorisée (c’est une « aliyah », une montée). L’élite dirigeante israélienne est issue de l’Est européen (juifs de Lituanie ou de Pologne). Les disputes, puis les heurts, se multiplièrent entre les communautés rurales juives (les fameux kibboutz) et les agriculteurs arabes. La ville de Tel-Aviv absorba rapidement Jaffa. On comptait 200 000 juifs en Palestine en 1925, 400 000 en 1935 et 700 000 à la veille de la guerre mondiale, la Palestine étant sous protectorat anglais.

    Pendant la guerre, les juifs de Palestine jouèrent le jeu de l’Angleterre. Ils formèrent des unités israélites, alors que le mufti de Jérusalem (par antisémitisme) fut pro-allemand. En 1945, les puissances victorieuses prirent brutalement conscience de la Shoah et furent saisies de remords tardifs. L’Holocauste légitimait la pensée de Herzl aux yeux des nations. Sans le choc frontal de la destruction des juifs d’Europe par les nazis, jamais l’URSS, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis n’auraient joué cette carte. L’ONU accepta en 1948 la création d’un Etat juif en Palestine. Les juifs de Palestine (le Yichouv) n’attendaient que cela. Les Etats arabes émancipés au même moment - Syrie, Jordanie, Irak, Egypte (les Anglais y restant très présents jusqu’à Nasser) - ne l’admirent pas. Leurs armées envahirent le nouvel Israël. N’ayant jamais combattu, les armées arabes n’étaient pas aguerries. Les Anglais s’étaient méfiés du progermanisme des arabes et, contrairement aux Français, ne les avaient pas employés contre Rommel. La Haganah, devenue Tsahal, était aguerrie et bien équipée (par les Russes et la Tchécoslovaquie). Elle gagna la guerre d’indépendance. Des centaines de milliers de paysans palestiniens prirent la fuite (le moins que l’on puisse dire est que les dirigeants sionistes ne s’y opposèrent pas ; on cite le nom de quelques villages incendiés) et quittèrent leurs fermes. L’ « indépendance » des uns fut la catastrophe (la « Nakbah ») des autres. Israël avait gagné ses frontières de la « ligne verte », depuis reconnues par l’ONU, donc légales.

    En 1956, Israël participa, sans profit, à la funeste expédition franco-anglaise sur le canal de Suez, se faisant encore un peu plus mal voir des Arabes.

    Cependant, peu à peu, les Palestiniens de l’ouest du Jourdain devenaient mentalement des Jordaniens. On s’acheminait vers une reconnaissance réciproque de facto. La guerre des Six Jours, en 1967, remit tout en cause. En quelques journées, du 5 au 10 juin, les chars de combat et les avions Mirage de Tsahal anéantirent complètement les armées jordanienne, syrienne et égyptienne (les Irakiens n’eurent pas le temps d’arriver). Tsahal démontra qu’elle était (et demeure) la meilleure armée du Proche-Orient. Elle alla faire sécher son linge sur le canal de Suez (allusion à une chanson des soldats anglais de la guerre mondiale : « Nous irons pendre notre linge sur la ligne Siegfried. ») Les territoires jordaniens à l’ouest du Jourdain devinrent «  les territoires occupés ». Le plateau syrien du Golan fut occupé.

    L’armée d’Israël, armée de conscription (trois ans de service pour les garçons et deux ans pour les filles), est une admirable armée. Comment ne pas se réjouir en imaginant la tête que doit faire Hitler, s’il regarde les magnifiques combattants juifs sur leurs Panzer, lui qui les méprisait tant ! Les généraux des Six Jours font penser à Rommel, ou à Leclerc. Cela prouve encore une fois que la valeur au combat dépend de la motivation. Les « sionistes » qui s’illustrèrent héroïquement lors de la révolte du ghetto de Varsovie (en 1943) n’avaient d’ailleurs que mépris pour la passivité résignée de certains juifs de la diaspora.

    Mais, triomphe militaire, cette guerre de 1967 fut une terrible faute politique. De gaulle avait prévenu, à la veille du conflit, l’ambassadeur d’Israël : « Vous avez bénéficié jusque-là de circonstances exceptionnelles. Contentez-vous de ce que vous avez. Si vous dépassez la « ligne verte », croyez-en mon expérience, vous allez devenir des occupants », dit-il en substance au diplomate. L’«ubris » emporta le sionisme. Victoire des armes à la Bonaparte, cette guerre fut un désastre géopolitique. Avec elle naquit une conscience nationale palestinienne qui s’exprima dans l’OLP, présidée par Arafat depuis 1969 jusqu’à sa mort en 2004.

    Le 6 octobre 1973, le successeur de Nasser, allié aux Syriens, lança une violente attaque surprise (le jour de la fête juive du Kippour) prouvant que les Arabes aussi savaient se battre. Les chars syriens descendirent sur le lac de Tibériade. Le génie militaire du général Sharon, qui contre-attaqua avec ses blindés au-delà du canal de Suez vers le Caire, sauva Israël (Sharon est un grand général. Sera-t-il un grand politique ? Il n’y a qu’un Bonaparte ou un De Gaulle par siècle). L’alerte avait été chaude. Tsahal, erreur fatale, avait sous-estimé l’adversaire. Ayant compris la leçon, Israël se hâta de conclure la paix avec Sadate, au prix de l’évacuation du Sinaï. Ce qui valut au président Sadate, qui n’avait pas craint de se rendre en personne à Jérusalem, d’être assassiné par un intégriste musulman le 6 octobre 1981.

    Après une vaine occupation du Liban, Israël se trouva confronté, non plus à des armées, mais à une résistance. Il le compris et, en septembre 1993, admit la mise en place d’une Autorité palestinienne dans les territoires occupés. Le lucide général Rabin le paya de sa vie, assassiné en novembre 1995 par un intégriste juif. Depuis cette date, le « processus de paix » patine et les « intifadas » (révoltes des pierres) palestiniennes se succèdent, aggravées par un terrorisme aveugle.

    Israël en Palestine évoque Sparte au Péloponnèse, camp militaire au milieu des Hilotes.

    Les deux légitimités, l’israélienne et la palestinienne, sont incontestables.

    La légitimité d’Israël n’est cependant ni religieuse ni raciale ; elle est historique. Elle procède du sang versé et des sacrifices consentis par les colons juifs.

    A l’inverse, les Arabes occupent depuis des temps immémoriaux un territoire qui jusqu’au XXe siècle ne leur était contesté par personne, les Ottomans étant puissance protectrice.

    A l’immense tragédie de la « Shoah », on ne peut objectivement pas comparer la « Nakbah » ; mais, subjectivement, l’Arabe palestinien pense le contraire. Le monde arabe a l’impression qu’on lui demande de payer la facture nazie. Si la haine était excusable (elle ne l’est jamais : même quand il faut combattre, on doit le faire sans haine), le jeune sioniste devrait haïr l’Allemand et non l’Arabe. En sens contraire, Israël est devenu pour les Arabes la « bonne excuse » qui les empêche de se moderniser. Si tous les maux viennent d’Israël, il suffit d’attendre sa disparition (ou de la hâter en se faisant sauter).

    Quant au mécanisme qui conduit de jeunes Français musulmans maghrébins à détester leurs compatriotes maghrébins d’origine comme eux, parce qu’ils sont de religion juive, il est aberrant : ni les uns ni les autres n’ayant rien à voir avec le Proche-Orient. « Maghrébin » veut dire « occidental » ; le Maghreb, c’est l’ « Occident » des Arabes d’orient. On est là en plein déni de la réalité française.

    En Palestine, la seule issue admise intellectuellement par la plupart serait la coexistence d’un Etat juif et d’un Etat palestinien. Pour cela, il faudrait que les Arabes acceptent les faits. Pour cela, il faudrait aussi qu’un de Gaulle israélien fasse évacuer les « implantations » des territoires, donc prenne le risque de faire tirer Tsahal sur des juifs, comme l’armée française finit par tirer sur l’OAS, à Bab el-Oued. On voit que le chemin est ardu…

  • Monde ordinaire ou monde parallèle ?

    Monde ordinaire ou monde parallèle ?

     

    Il y a peu de temps, je me trouvais dans une salle d’attente. Et pour passer le temps je me mis à parcourir un des magazines à ma disposition sur la table. Sur la couverture du magazine, quatre sujets : « les tornades », « le paradis sauvage en France », « les chasseurs de trésors » et « 19 milliardaires cherchent l’âme sœur. Et si c’était vous ? ». Avec cette invitation centrale : « Bienvenue dans le monde réel ».

    Certains philosophes se sont échinés depuis des siècles à démontrer que le réel n’est qu’une fabrication de nos sens ou de notre entendement. Certains courants religieux nous ont conduits à penser que ce que nous appelons réalité n’est qu’illusion. La science, quant à elle, nous prouve que lorsque nous voyons un objet nous ne faisons que décoder la façon dont la lumière mobilise les terminaisons nerveuses de nos yeux. Ici, le magazine nous dit qu’il faut considérer comme réel ce qu’il nous montre : milliardaires esseulés, catastrophes, événements extraordinaires, etc…

    Mais, surtout, le magazine propose une définition du réel : n’est réel que ce qui est dans un journal. Le réel, c’est donc la bulle médiatique. Hors de la représentation médiatique, point de réalité. Le journalisme, censé être le miroir critique du monde, est devenu le point d’où émerge le monde. Les événements ne sont plus pensés qu’en fonction du « choc » qu’ils peuvent occasionner dans les médias. Cela jusqu’à l’heure où ils se produisent : un événement est pensé pour pouvoir être couvert par le journal de 20 heures. Dire qu’un journaliste « couvre » un événement est d’ailleurs significatif de ce qui tient lieu désormais de réalité. Cette idée d’une réalité réduite, rétrécie, fabriquée, est énoncée dans un étonnant concept formé aux Etats-Unis pour désigner les techniciens des médias : ce sont des « professionnels de la réalité ». les médias sont devenus des sites de production du réel. « Bienvenue dans le monde réel » signifie moins « je parle de ce qui est réel » que « n’est réel que ce dont je parle ».

    Cette prétention émane d’un journal à l’option éditoriale particulière, centrée autour du spectaculaire. Or, un événement ne se résume pas à cet aspect. Les événements sont des processus, des modes de transformation, des flux, des devenirs. Et non pas le processus gelé à l’un de ses points de paroxysme. Sinon, cela se résume à calibrer l’événement sur son unique capacité à produire des affects et de l’émotion. Considéré de cette manière, l’événement perd de sa substance et se transforme en cliché. Mais cet événement dévitalisé constitue pourtant l’unité de base d’un mode de fonctionnement social centré sur les médias et la médiatisation. Des jeux et du cirque : la logique de l’arène revient. Les médias chauds remplacent ce média froid qu’était le livre. Aujourd’hui, ce sont eux qui ont vocation à définir ce qu’est la réalité. Généralisé, cela fabrique une collectivité caractéristique de ce que le philosophe allemand Peter Sloterdijk appelle le fascisme de divertissement.

    Alors, une question soudain nous assaille : si le monde du magazine est le monde réel, ceux qui vivent dans le monde ordinaire vivent-ils dans un monde parallèle ?

  • La burqua de Djamila, ne fait pas la Française!

    La burqua de Djamila, ne fait pas la Française!

    La burqua revient une fois encore sur le devant de la scène. Les politiciens sont de nouveau sur le front avec tout ce que cela implique… Mais qu’en est-il exactement ? Que revendiquent ces jeunes femmes françaises d’origine magrébine ? Que dit exactement le Coran ?

    Depuis quelques années, en France comme un peu partout en Europe, des jeunes femmes se drapent dans une tenue foncée allant jusqu’à voiler complètement leur visage. En France, les services concernés ne recensent qu’environ 500 cas. Pour autant, le tapage médiatique fait autour de ces « tenues », force le citoyen que je suis à m’interroger.

    Il y a quelques temps, Djamila drapée dans son martyre et ses divins bandages, demandait justice. Licenciée pour avoir porté le voile islamique à son travail, elle exigeait sa réintégration mettant sa foi en avant. Qui se permettrait de violer sa liberté de conscience ? Djamila invoquait « deux versets du Coran ». Allons-y voir donc…

    Sourate 44, verset 31 : « Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines. »

    Sourate 33, verset 59 : « Dis aux femmes des croyants de se couvrir de leurs voiles. »

    Ainsi Dieu, parmi bien d’autres injonctions, ordonne à Djamila de baisser son regard et de se voiler. Elle se voile, mais elle ne baisse pas son regard, en tout cas pas à la télévision. Le Coran prescrit aussi, Sourate 4, verset 34 : « Les hommes ont autorité sur les femmes, en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elle. » Djamila est au contraire pour l’égalité. Excellent choix, mais pas très coranique. Dans le même verset, il est dit : «  Si vous craignez l’infidélité de vos épouses, frappez-les. » Djamila est contre. Elle a raison. En fait, elle choisit dans le Coran ce qui l’arrange, ou plutôt ce qui nous dérange. Elle a trouvé dans le voile non pas la vérité coranique dont Djamila se fiche, nous venons de le démontrer, mais un point de rupture avec les autres Français. Tracer des lignes de partage derrière lesquelles on rassemble ses partisans, c’est la définition même de la politique.

    Les maîtres qui inspirent Djamila sont les tenants d’un courant politique (l’islamisme) et elle remplit sa tâche de militante intégriste, pas ses obligations religieuses. Car le voile qu’elle a choisit dit tout de sa politique. Regardez bien le voile de Djamila, il truffe tous les journaux. Ce n’est pas n’importe quel voile. C’est un uniforme, l’uniforme des intégristes. La candeur démocratique ne doit pas se faire posséder par l’imposture. J’ai servi pendant une période au Maroc en 1978, ce voile était totalement inconnu. Les femmes se dissimulaient sous une pièce d’étoffe en laine posé sur la tête, tombant jusqu’aux chevilles et qu’on remontait au visage. Beaucoup d’autres, préféraient le Safsari en soie blanche ou la takrita, simple foulard carré noué au cou. Toutes les femmes se coiffaient ainsi au sud de la Méditerranée, musulmanes, juives ou chrétiennes. C’était le vêtement traditionnel comme le pantalon bouffant et la blouza boutonnée. Mais les voiles de bonne sœur chrétienne, comme celui de Djamila, personne n’en avait jamais vu… sauf sur les religieuses catholiques. Par contre, en Irak, surtout chez les Kurdes, dans quelques régions de Syrie, en Arabie Saoudite et généralement en Orient, il n’était pas rare qu’on s’encapuchonne de la sorte. Puis apparut le voile de Djamila. Sanglées de bandelettes, le visage encadré d’une guimpe telle des momies en leurs sarcophages, quelques jeunes filles brandirent ainsi leur piété toute neuve alors que leurs camarades garçons se laissaient pousser des barbes pubères. Un tonnerre d’éclats de rire accompagna cette bouffonnerie. Les filles qui singeaient les femmes des Frères musulmans égyptiens, on les baptisa les « frèresses », en arabe les khouanjias. Mais le rire se figea lorsqu’on vit les « frèresses »  et les barbus prendre progressivement le contrôle de la société civile, déclencher une atroce et interminable guerre civile en Algérie (200 000 morts), inventer la bombe vivante qui a New York, Bali, Aden et Jérusalem sème le deuil et la ruine qu’on sait.

    Djamila et ses copines ne sont sûrement pas des poseuses de bombes, mais elles portent leurs uniformes. Sans le vouloir peut-être, elles les recrutent. Tous les voiles ne sont pas des kamikazes, mais toutes les kamikazes sont des voiles. Est-il urgent de les imiter ne serait-ce que dans leur costume ? Les musulmans les plus rigoureux, dans l’entre-deux-guerres et au-delà, incitaient leurs filles à se dévoiler, à s’occidentaliser. Ils savaient que le futur ne serait fécond qu’en se mettant à l’école de l’Europe, comme jadis l’Europe s’est épanouie en s’inspirant de l’Islam. Les intégristes eux, entendent combattre, chasser, détruire l’Occident. Ils le disent, ils le font. Djamila en portant leur uniforme, nous envoie ce message : je vous refuse, je ne veux pas vous ressembler, mon modèle, symbolisé par mon vêtement, réside à Médine au 1er siècle de l’ère hégirienne.

    Il faut que Djamila comprenne qu’elle se trompe, qu’on l’a trompée. Qu’elle cause bien des tourments aux siens, car quand il la voit ainsi déguisée le Français pense : « Ils sont tous dangereux. » Le job comme l’appartement seront alors hors d’atteinte. Tes croyances, Djamila, garde-les dans ton cœur, ne les galvaude pas dans le métro et à la télévision. Jette cet uniforme de mauvaise augure, remplace-le, à la rigueur, par le foulard de tes grand-mères. Et, Djamila, tu n’as pas le droit de dire : je ne suis soumise à personne, seulement à Dieu. Car, Djamila, notre Coran, notre Torah, notre droit canon s’appelle ici Constitution, code civil, code pénal. C’est au droit que tu dois te soumettre. Car, l’aurais-tu oublié Djamila, nous vivons en France, chez les Français. Et, Djamila, si ton voile recouvre entièrement ton visage, comment peut-ont identifier ta citoyenneté ? Il y aurait alors les citoyens avançant à visage découvert dans un contrat social volontaire et librement consenti. Et puis il y aurait toi et tes consœurs ou ceux (qui sait, après tout ?) qui jouiraient du privilège d’évoluer en société dans une tenue qui leur garantisse l’incognito, comme durant cette brève période exceptionnelle de transgression qu’est le carnaval. Si un demandeur étranger refuse l’obligation administrative de décliner son identité vérifiable, c’est alors tout simplement de la triche. Il y a rupture de l’égalité républicaine. Celles et ceux qui viennent en France auront la chance d’évoluer dans un pays où les hommes et les femmes naissent libres et égaux en droits. Notamment le droit d’évoluer à l’air libre, de jouir de leur autonomie physique, intellectuelle et morale, prélude à un monde libre. A présent, Djamila, c’est à toi de jouer….Mais il faut que tu saches aussi que la candeur démocratique ne se fera peut-être pas posséder par l’imposture car tous les Français ne siègent pas à l’Assemblée. D’un autre côté si par hasard ou par lâcheté, le gouvernement t’autorisait à porter la burqua, je reste certain que tu aurais très rapidement des petits camarades : dans les manifestations et sur les photos des radars.

  • Victor, reviens !

    Victor, reviens !

    Il y a 161 ans, un citoyen peu ordinaire s’adressait à L’Assemblée législative en des termes tellement actuels…

    Le 9 juillet 1849, ce citoyen interpelle sur les bancs de l’Assemblée, les membres du gouvernement ; je cite :

    « […] Vous n’avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n’avez rien fait tant qu’il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n’avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l’âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! Tant que ceux qui sont vieux et qui ont travaillé peuvent être sans asile ! Tant que l’usure dévore nos campagnes, tant qu’on meurt de faim dans nos villes, tant qu’il n’y a pas de lois fraternelles […] qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n’avez rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, l’homme méchant à pour collaborateur fatal l’homme malheureux !

    Vous le voyez, messieurs, je le répète en terminant, ce n’est pas seulement à votre générosité que je m’adresse, c’est à votre sagesse et je vous conjure d’y réfléchir ! »

    Ce citoyen français peu ordinaire, qui fait ce discours sur les bancs de l’Assemblée législative ce 9 juillet 1849 s’appelle Victor Hugo. Plus de 161 ans après, les choses n’ont pas changé…

  • NOUVEL AN

    1 an de Santé

    1 Jahr Gesundheit

    52 semaines d'Amour

    52 Wochen Liebe

    365 jours de Joie

    365 Tage voll Freude

    8760 heures de Folie

    8760 Stunden Verrücktheit

    525 600 minutes de Prospérité

    525 600 Minuten Reichtum

    31 536 000 secondes de Bonheur

    31 536 000 Sekunden Glück

    BONNE ET  HEUREUSE ANNEE 2010

    EIN GUTES UND GLÜCKLICHES JAHR 2010