Déclaration d'amour à mon enfance.

Déclaration d'amour à mon enfance.

 


« La nostalgie camarade », c'est en chantonnant ces quelques mots d'une chanson de Gainsbourg que me vient cette irrémédiable envie d'écrire ce que j'ai vécu. Je suis né nostalgique. Hier m'a toujours laissé un pincement au cœur. Est-ce la peur de ne pas connaître demain de si belles émotions ? Qu'est-ce que cette nostalgie qui me brûle le ventre, étouffe ma voix de soupirs ? C'est le bonheur, juste le bonheur. Je vis mais j’ai aussi vécu !

Toutes ces petites choses mises bout à bout font ma vie, une vie comme celle de tout le monde, mais exceptionnelle parce que c'est la mienne. Une vie faite d'amour, de rires, de larmes, de jeux, de blessures, de rêves, de bonjour et d'au revoir, ma vie.

La vie est belle parce qu'on veut qu'elle le soit et le bonheur n'est pas une quête. Le bonheur est dans les instants fugaces, il ne se cache pas, il attend qu'on le cueille, il ne dure pas, il se collectionne.

Pourquoi souris-tu ? Pour rien, ou plutôt pour tout ! Pour tout ce que j'ai vécu et pour tout ce qu'il me reste à vivre...

Je ne veux rien oublier d'hier, je ne veux pas que disparaissent les instants d'autrefois au gré des années.

Si j'oublie, je meurs un peu. Je ne mourrai pas ! Je vivrai toujours dans ces mots."La nostalgie camarade".

Ne jamais oublier les moments simples de la vie, ceux qui font le quotidien, les petits riens insignifiants que nous croyons pouvoir laisser filer sans blessure mais qui font l'air du temps, ceux qu'on recherche et qu'on ne retrouve jamais.

Je ne crains pas de vieillir mais je déteste savoir que d'autres sont nés après moi. Ce qui me console c'est que j'ai connu une autre époque, un autre monde... J'ai connu la fin des années baba où flottaient encore dans l'air un souffle d'insouciance, la révolte, l'utopie, la solidarité, la liberté. J'ai connu le temps où la société de consommation n'avait pas cette emprise sur nos comportements. J'ai connu le temps où on appréciait ce qu'on avait parce que nous n'avions pas trop. J'ai connu le temps où les yeux des gens brillaient encore...

J'idéalise à peine. Étais-je simplement heureux qu'on m'ait donné le jour, heureux de faire connaissance avec ce monde qu'il fallait bien aimer puisqu'il serait mien.

Mon monde, mon terroir c'était mon village. Il avait une âme, une histoire. Il résistait aux assauts du grand capital.

C'était un petit village de paysans, des fermes toutes différentes et pourtant si semblables, aux murs épais et pourtant votre voisin faisait partie de la famille. La journée ensemble aux champs, à l’école, au catéchisme, à la messe, le soir ensemble au pas de la porte sur une chaise à bavarder de tout et de rien, attendant que l'univers éteigne la lumière. On se voyait, on se parlait, on se touchait, on existait pour l'autre.

Une petite place pour accueillir la fête du village et son traditionnel bal monté à côté duquel se trouvait l’immuable jeu de quille, tout en bois avec sa longue planche rectiligne et ses boules également de bois.

Le cœur de ce merveilleux petit village occupe le centre. Il comprend les bâtiments essentiels à notre épanouissement. L’école avec son Maître et sa Maîtresse si proches des enfants, si compétents et craints comme la peste. Au-dessus des deux salles de classe se trouve la mairie et l’incontournable Monsieur le Maire de même que le logement des instituteurs. En face ce temple du savoir, y compris et surtout civique, siège la forge, son soufflet et son forgeron. Son ardeur sur l’enclume et l’odeur si particulière de son activité nous parvenaient jusque dans la salle de classe. Le forgeron avait aussi cette particularité de tenir un petit bureau de tabac constitué par une petite armoire dans la cuisine de son logis contenant les paquets de gris et surtout nos premières P4. Plus bas, l’église du village avec Monsieur le Curé, (tout aussi craint que le Maître), son clocher et son coq rythmait la vie du village. Entre l’école et l’église, un vieux château et son parc devenaient notre terrain de jeu à la sortie des classes. La colline de Sainte-Anne avec sa chapelle et sa haie de grands tilleuls dominent le village, la scierie à côté de son étang et des anciennes mines de fer. Mines de fer abandonnées et inondées depuis longtemps, interdites bien entendu, mais qui devenaient un terrain d’aventures exceptionnelles.

Les habitants, des paysans fiers de croire encore à un monde plus juste, où l'égalité et la fraternité ne sont pas de vains mots. C'était ça, mon village.

Je suis attaché à mon enfance comme je le suis à la vie. L'enfant que j'ai été est ma conscience, c'est elle qui juge celui que je suis devenu. Je suis celui que je suis devenu. Je suis celui que je me suis promis de rester, un grand enfant.

Je veux toute ma vie être émerveillé par ce qui m'entoure. Je veux toute ma vie avoir envie. Je veux toute ma vie comprendre les rires des enfants, ne pas être vu par eux comme un pauvre adulte loin de l'imaginaire de l'enfance. Je veux toute ma vie croire en l'incroyable, au Père Noël, aux fées, aux lutins...

Et jusqu'à aujourd'hui je tiens parole.

Les promesses qu'on se fait à soi-même sont les plus importantes à tenir. Si le regard des autres est parfois lourd à soutenir, rougir de ce qu'on est c'est une petite mort, une maladie qui vous ronge, votre honneur qui s'enfuit. Je n'ai jamais voulu être une star, gagner des millions, avoir du pouvoir, non j'ai juste voulu être heureux dans la vie...

J'ai tant hurlé contre ces vieux cons qui nous préconisaient "une bonne guerre" pour nous apprendre à vivre. Je les ai tant maudits ceux qui ne comprenaient pas nos rires, nos gesticulations, nos jeux, notre folie de vivre, que je me suis promis de ne pas grandir. La curiosité, en quête de découverte et conserver ce regard illuminé. L'amour, ne pas taire ses sentiments, ne pas hésiter à confier des "je t'aime" à ceux qui font vibrer notre cœur. Le jeu, s'amuser de toutes les situations, rire de tout pour oublier d'en pleurer.

Espérer, parce que demain est à construire et qu'il sera beau encore si je le décide. Être, assumer ce que l'on est, vivre ses émotions, hurler face au vent notre rage de vivre. Ne rien attendre de la vie et tout lui prendre.

C'est tout ça être un enfant, une boule de vie, sans pudeur, sans question, une boule de vie exaltée par ce qu'elle va pouvoir faire de cette vie ! J'ai décidé d'être tout ça éternellement, passionnément. Rien ne doit être tiède, il faut vivre pleinement ou ne pas exister !

Pour ne pas quitter l'enfance, il ne faut pas l'oublier. Si la mémoire nous fait défaut, les mots figent les souvenirs. Mon histoire, la plus belle parce que c'est la mienne, la plus douce parce que je l'aime, la plus émouvante parce qu'elle fait ce que je suis.

Il me reste des mots, des odeurs, des musiques, des visages, il me reste ce que je ne veux jamais oublier, des futilités heureuses à se rappeler.

 

LC