LC

Le temps...

 

Le temps…

Pendant mes vacances (oui, et alors ! Un retraité a tout de même le droit de prendre des vacances, non, mais !) j’ai repensé à une anecdote qui m’est arrivée au cours de vacances justement.

Ma montre était tombée en panne. Avec l’esprit de déduction qui me caractérise, je me suis dit : c’est la pile. Je suis donc allé chez un horloger le plus proche et je lui ai dit : ma montre est tombée en panne, ça doit être la pile. Eh bien on va la changer, m’a répondu l’horloger, pas contrariant pour un sou. Il a ouvert ma montre, il a enlevé la pile et il a mis une belle pile toute neuve. Aussitôt, ma trotteuse s’est remise à trotter. On l’a regardée trotter, émus tous les deux de voir le temps reprendre son cours. J’ai remis ma montre à mon poignet, prêt à reprendre ma place dans le vaste mouvement d’horlogerie qui gouverne le monde. Dès le lendemain, hélas, j’ai déchanté : ma montre était de nouveau en panne, la trotteuse irrémédiablement immobile… Comme quoi, finalement, mon esprit de déduction n’était peut-être pas si performant que ça. Je suis donc retourné chez l’horloger. C’est pas la pile, je lui ai dit d’emblée. Elle est retombée en panne. Ah, il a fait. Puis il a regardé ma montre. Si c’est pas la pile, il a fini par dire, ça doit être la poussière. Regardez : on voit plein de trucs pas nets, sous le verre. A mon avis, c’est de la poussière, qui encrasse tous les mécanismes. Va falloir la démonter et le nettoyer de fond en comble. Compter cinq jours.

Cinq jours sans montre ! Cinq jours sans savoir quelle heure il est au moment où je veux savoir quelle heure il est ! Mais je n’avais pas le choix. J’ai dit à l’horloger : d’accord, démontez et nettoyez. Avec un petit pincement au cœur, je l’ai vu mettre ma montre dans un sachet en plastique, direction le labo de démontage et de nettoyage. Adieu, ma montre ! En sortant du magasin, j’ai eu comme un vertige. Désormais, j’allais vivre en apesanteur, déconnecté de la marche du temps. Ô temps, reprends ton vol !

Le premier jour sans montre, c’est à mon poignet que ça c’est passé : de ne pas sentir le cuir du bracelet et le froid du métal, je me suis senti tout nu. Toutes ces dizaines d’années avec une montre au poignet, et puis soudain plus rien… J’ai eu une sensation de vide, de froid, comme si mon bras était désarmé, sans défense, sans force.

Le deuxième jour, à ma grande surprise, j’ai ressenti exactement l’inverse : une incroyable impression de liberté. Plus rien autour du poignet, plus rien pour enserrer, contraindre, compresser. Un poignet libre, un poignet tout neuf, comme du temps de l’enfance, avant ma toute première montre à ma communion solennelle. Quand on courait les chemins, les champs, la forêt, sans aucun souci de l’heure, sans jamais se demander si on était en retard ou en avance, sur quoi, grands dieux ? De toute façon, il est vrai que nous avions du « monde » pour nous le rappeler, surtout en cas de retard…

De la même façon, alors que le premier jour je cherchais constamment à savoir l’heure, en regardant les horloges ou en demandant autour de moi, comme si je n’allais pas arriver à vivre si je ne savais pas s’il était 14h52 ou 15h08, le deuxième jour, je me suis dit : mais enfin, je suis en vacances ! Qu’est-ce que ça peut me faire, de ne pas savoir l’heure ? Le temps coule, le temps glisse, le temps dure, je n’ai qu’à me laisser porter, emporter, de toute façon il va quelque part, je n’ai qu’à me laisser aller.

Le troisième jour sans montre, je me suis de nouveau occupé du temps. Mais pas le même temps : celui de la météo. Et à cette époque, c’était pluie, vent et froid : marre, marre et re-marre. Et déjà à cette époque au printemps, ils nous avait annoncé une canicule d’enfer ! Ailleurs, peut-être. Mais j’étais en Bretagne, en plein mois d’août, avec mon pull et je peux vous certifier que je ne l’ai pas vue passer la canicule. Ou alors elle était drôlement bien déguisée. Pensez, j’étais chez un ami qui un jour a même été obligé de remettre du chauffage. Oui, en août. Un pur scandale. J’aime autant vous dire que si ça se reproduit une année, elle va m’entendre la Bretagne. Non, mais, je ne suis pas masochiste. Evidemment, on va encore dire que je dénigre l’image de la Bretagne. Comme quand on parle des algues vertes. Ecoutez, c’est pas de parler du temps pourri et des algues vertes qui fait du tort à la Bretagne, c’est le temps pourri et les algues pourries, point barre…

Bon, où j’en étais, avec tout ça ? Ah oui, au cinquième jour.

Le cinquième jour, je suis allé récupérer ma montre. L’horloger l’a sortie de son sac en plastique et il m’a dit, tout fier : regardez comme elle est propre ! Elle l’était. Et non seulement elle était propre, mais elle était à l’heure. La trotteuse trottait gaiement vers un avenir radieux. Je l’ai remise à mon poignet, avec, déjà, la nostalgie des jours sans montre, sans souci des heures, des minutes et des secondes. De toute façon, aujourd’hui, je la regarde moins souvent. J’essaie d’être libre, de retrouver les sensation de l’enfance, au milieu des herbes, des arbres et de la nature. Et la vie. Et l’amour. Et la poussière, qui encombre les montres et recouvre les souvenirs. Pensez-y, si vous avez une montre et vous ne la regarderez plus jamais de la même façon…. Surtout pendant les vacances !

 

Quel a été le premier meurtre de l'humanité ?

 

Vous êtes-vous déjà demandés quel était le premier "vrai" crime connu dans l'histoire de l'humanité ?

En bon détective, écartons le crime mythique des enfants d'Adam et Eve - le meurtre d'Abel par son frère - pour chercher le premier vrai meurtre dont on ait gardé une trace historique. Et comme dans n'importe quelle enquête judiciaire, partons à la recherche de la victime. Car sans victime, pas de crime, vous le savez bien. Il s'agira donc évidemment de trouver des preuves scientifiques (ne rêvons pas...), ou plus raisonnablement des indices "graves et concordants", dans des récits historiques, qui nous permettent de présenter un dossier d'inculpation sérieux.

Je vous laisse une petite minute pour trouver votre propre macchabée assassiné, avant de vous proposer le mien...

Vous êtes prêts ? Spontanément, en me posant cette question, mon esprit "sherlockholmesien" s'est naturellement orienté vers une source livresque, la Bible, pour trouver la première victime de la sympathique nature humaine. Peut-être avez-vous suivi le même raisonnement.

Non pas vers le nouveau testament, mais vers l'ancien, bien sûr. Cette compilation de textes rédigés entre 500 et 150 avant Jésus Christ (sur la base de récits historiques et théologiques d'une peuplade sémite, les hébreux) pouvait apporter des preuves, disons, solides. Toutefois, les historiens s'accordant à dire que les récits de la Bible s'inspiraient au mieux d'événements survenus autour de 1800 avant J-C, cette piste n'était probablement pas la bonne. Il fallait donc chercher ailleurs les premiers meurtres dans le placard de l'Histoire. N'importe quel bon avocat de la défense aurait de toute façon détruit ces témoignages bibliques devant un jury. Des "racontars", aurait-il raillé...

Nouvelle piste inspecteurcolumbine : l'ancien empire égyptien, pendant lequel furent érigés les pyramides ou le Sphinx. Cette époque beaucoup plus ancienne - autour de 2700, 3000 avant J-C pour les premières dynasties - regorgeait d'histoire de guerres, de trahisons, d'assassinats ! J'allais être servi, les hiéroglyphes gravés dans la pierre ne risquaient pas d'être balayés devant la cour d'assise ! Sans parler de la possibilité de produire le corps, en ramenant... une momie. Mais avant même de jouer les Howard Carter, je tombais sur une nouvelle piste, beaucoup plus sérieuse, et abandonnais du même coup ma piste moyen-orientale.

Ca y est, j'en étais sûr, j'avais mis la main herculepoirotte (dont soit dit en passant, les épisodes sont à nouveau à la télévision, comme tous les ans) sur la première personne dont on puisse dire à coup sûr qu'elle s'était faite trucider par un de ses confrères de l'espèce. Selon moi, la première victime de l'humanité, c'était elle. Mais qui donc ? Ma foi...

En 1991, deux randonneurs tombaient fortuitement sur un corps sorti des glaces, dans les alpes italiennes. Le cadavre était naturellement momifié par le froid. Transporté à l'Institut Médico-légal d'Innsbruck, le gars se voyait doté d'un surnom - Otzi - et d'une place de choix dans la chambre froide. Les préhistoriens de l'Université d'Innsbruck situèrent l'individu comme un homme de sexe masculin, "homo sapiens sapiens" (bref, un gars comme vous et moi), du néolithique. Les professeurs d'archéologie s'étaient basés sur ses vêtements et ses objets, et notamment une hache. La datation au carbone 14 allait apporter une précision toute scientifique, datant définitivement le corps entre 3350 et 3100 avant J-C.

J'avais donc mis la main sur un cadavre sacrément vieux au cours de mon enquête. Mais comment parler de premier assassinat ? L'expertise médico-légale était sans appel, jugez vous-même : fracture nasale, blessures à la main droite, fracture du poignet droit, blessures thoraciques perforantes. N'essayez même pas d'argumenter qu'il s'était fait ça tout seul, en glissant, je vous rirais au nez : lors de l'autopsie, on constatait la présence... d'une pointe de flèche en silex ayant traversé son omoplate gauche ! Et à toutes fins utiles, précisons que la pointe ne correspondait pas aux pointes des flèches restées dans son propre carquois : il n'avait donc pas pu tomber à la renverse et par accident sur une de ses propres flèches. Enfin, les spécialistes de la police médico-légale confirmaient qu'un homme ne pouvait s'enfoncer lui-même une flèche dans son propre dos, avec suffisamment de force pour traverser l'omoplate. Bref, il n'y avait pas l'ombre d'un doute : Otzi s'était fait dézingué par un confrère, et qui plus est, par derrière !

Refermons le dossier de l'enquête. Et si vous pensez avoir trouvé une victime plus ancienne encore, n'hésitez pas à m'en faire part dans les commentaires. Pour finir sur Otzi, on n'en saura malheureusement pas plus sur les circonstances du meurtre. Tout juste peut-on dire que l'homme était vieux pour l'époque - autour de 46 ans - et que le premier meurtrier était sacrément lâche. Et italien, d'ailleurs ! Et de grâce, je n'ai absolument rien contre les italiens....

 

Mes chères amies, êtes-vous plutôt « crêtes de coq » ou « peaux de requin » ?

 

Je n’ai jamais été très fort en chimie. Cela dit, je sais pourquoi : au collège ou au lycée, mes professeurs de chimie ont bizarrement oublié les chapitres «explosions de coffres», «gaz anesthésiants», ou «chalumeaux oxyacétyléniques», autant de sujets qui m’auraient passionné à une époque où je me destinais encore à une carrière de James Bond ou d'Arsène Lupin.

Ayant donc un peu trop rêvassé pendant ces cours de chimie, je vous avoue que le nouveau produit miracle des magazines féminins, des reportages « beauté » et des publicités de cosmétique restait incompréhensible à mes yeux : «lacidialuronic».

Si je n’avais pas employé un certain nombre de cours de chimie à dessiner, peut-être aurais-je compris plus vite qu’il s’agissait là d’un composant chimique appelé «l’acide hyaluronique».

Evidemment, la nouvelle star des traitements anti-rides avait un nom un peu plus compliqué que ces prédécesseurs, le botox ou le collagène. Un véritable nom scientifique propre à inspirer confiance…

L’acide hyaluronique (du grec hyalos, vitreux) est donc un «polymère de la matrice extracellulaire» (ça en jette, n’est-ce pas ? Je crois bien que ça veut dire «un truc de la peau»). Ne m'en demandez pas plus…

A en croire les reportages sur lesquels je suis tombé, cet élixir s’injecte donc dans l’épiderme du visage ou s’administre en crème, et comble miraculeusement les rides des femmes de tous âges. J’en devine déjà en train de rêver… Attendez donc d’avoir fini la lecture de ce petit article.

A ne pas douter, le seul nom de ce produit est miraculeux… : une telle débauche de chimie ne saurait qu’être efficace, n’est-ce pas ? Vous noterez que le choix de cet acide uronique tombe bien : qu’aurait-on pensé d’injections ou de crèmes à base d’autre «acides uroniques» ? Si ma carrière de chimiste n’avait pas lamentablement avorté en troisième, j’aurais suggéré l’acide glucuronique (à base de glucose, pour les gourmandes), mais aussi une version masculine du produit, l’acide galacturonique (pour ceux qui rêvent de conquête spatiale).

Ceux qui ne dormaient pas en cours de chimie savent peut-être que pendant très longtemps, l’acide hyaluronique a porté un autre nom, le «GlycosAminoGlycane» (GAG). Cela dit, personne ne niera que des petites doses de gag n’auraient peut-être pas eu le même effet «heureux» sur l’enthousiasme des patientes…

Mais au fait, comment fabrique-t-on ce fameux «acide hyaluronique» pour pouvoir lisser la peau de femmes du monde entier ?

Ô rassurez-vous, de la façon la plus naturelle qui soit ! L’acide hyaluronique provient essentiellement du broyage industriel de crêtes de coq, desquels on extrait le précieux acide vitreux.

Certes, il existe d’autres façons d’obtenir ce produit de manière tout aussi naturelle : quelques laboratoires préfèrent aujourd’hui broyer des yeux de bœufs ou de la peau de requin. Crêtes de coq, yeux de bœufs ou peaux de requins, quoi de mieux pour revendiquer le label «anti-âge naturel» ! Evidemment, on commence à utiliser aujourd’hui de nouvelles méthodes de production, telles que la «fermentation bactérienne de levures génétiquement modifiées», mais les précédentes ne risquent pas de disparaître tout de suite…

En béotien de la cosmétique, je m’étonne que l’on n’évoque pas les crêtes de coq dans ces splendides publicités vantant l’acide hyaluronique… Bizarre, non ? Pensez-vous qu'une « crème aux véritables extraits de crêtes de coq» aurait moins de succès qu'un «élixir anti-âge exclusive premium à l'acide hyaluronique» ? Voyons...

Quoi qu’il en soit, chères amies, si vous lisez dans le mode d’emploi de votre crème anti-âge à l’acide hyaluronique que ce produit est contre-indiqué pour les femmes «allergiques aux œufs ou aux protéines de poulet», vous n’aurez pas besoin de vous poser plus longtemps la question de l’origine de votre élixir de jouvence !Alors qui de mes amies utilisent quoi ?

 

 

Est-ce un illustre inconnu à vos yeux ?

 

Avant de vous présenter l'homme de la photo, laissez-moi quelques lignes pour vous planter le décor.

Nous sommes à Hollywood, en 1937. La crise de 29 est passée, et Roosevelt, à la Maison Blanche depuis 4 ans, applique son "new deal". Dans la banlieue huppée de Los Angeles, la petite communauté du cinéma vit des années prospères, qu'on appellera plus tard son "âge d'or" : Charles Chaplin et les Marx Brothers font rire le monde entier, Walt Disney, Howard Hawks ou Franck Capra le divertissent. Katherine Hepburn, Cary Grant, Gary Cooper, Clark Gable ou Errol Flynn deviennent des stars mondiales.

Revenons à notre notable hollywoodien. Car vous l'aurez deviné à sa prestance et à son regard franc, l'homme a réussi. Tout à fait le genre de réussite qui, par exemple, aurait suffit à mettre assez de distance pour que vous n'ayez pas osé l'appeler par son prénom si vous l'aviez rencontré. La réussite d'Emmett - je me permets provisoirement cette familiarité - est sonnante et trébuchante, car il a bel et bien fait fortune : principalement dans l'immobilier, accessoirement dans le cinéma. Emmett, ayant saisi tôt l'essor de ce qui deviendrait la mégalopole de Los Angeles, investit brillamment dans de nombreux terrains constructibles. Il créa par ailleurs une société de production, la "Standard Pictures", bien que son apport au cinéma fut principalement scénaristique.

Voila l'homme rapidement dépeint : un notable de l'immobilier américain, appartenant à la petite communauté d'Hollywood, et ayant en outre a son actif quelques bons scenarii, comme la plupart de ses voisins. Un détail cependant : si Emmett vous avait ouvert sa chemise, vous auriez vu sur son torse... 23 cicatrices de balles. Car dans sa jeunesse, Emmett s'était tout simplement fait trouer comme une passoire. Toutefois, Emmett ne vous aurait certainement pas montré son poitrail sans vous avoir au préalable présenté sa carte de visite.

Le notable de 66 ans, aisé et plein d'assurance, se nomme Emmett Dalton. Et ce n'est pas un hasard si ce nom vous dit quelque chose, car Emmett est bien l'un des célèbres frères Dalton. Non pas l'un de ces frères stupides pastichés par Morris dans ses bandes dessinées, mais bel et bien un braqueur de banques et de trains du Far West.

Il n'y eut pas quatre mais quinze frères et soeurs Dalton, qui commencèrent par être de nobles gens. Marshal des Etats-Unis, Franck Dalton fut abattu par un voleur de chevaux. Le jour même, ses trois frères Grat, Bob et Emmett suivirent ses traces et devinrent à leur tour marshals adjoints. Jusqu'au jour où Bob fut pris dans un échange de coups de feu discutable, une histoire de femme, après avoir été impliqué dans une affaire d'introduction d'alcool dans une réserve indienne. Quelques mois plus tard, son frère Grat fut soupçonné d'avoir volé des chevaux. Les hommes de lois étaient semblent-ils devenus des criminels, à une époque où les lois étaient diversement interprétées, ses représentants corrompus, les bons et les méchants difficiles à discerner.

Quoi qu'il en soit, le gang Dalton était né. Les trois frères furent bientôt rejoints par d'autres criminels patentés, "Blackfaced" Charlie Bryant, Bill Doolin, Dick Broadwell et Bill Powers. Ils commencèrent une cavale qui ne devait s'achever que quelques années plus tard.

L'ironie de l'histoire est qu'on leur prêta comme premier grief l'attaque d'un train de la Southern Pacific, alors que celle-ci ne fut probablement pas de leur fait. Mais l'idée avait fait son chemin, et le gang Dalton braqua une petite dizaine de trains dans les années qui suivirent, avec une audace incroyable. Ils volèrent également des chevaux, cambriolèrent des gares et des saloons. Mais l'ambitieux gang ne s'était encore jamais attaqué à une banque.

Le 5 octobre 1892, le gang Dalton décida de frapper fort : braquer simultanément deux banques en plein jour, un exploit jamais réalisé dans toute l'histoire de l'Ouest. Leur choix se porta sur les deux banques de Koffeyville, une petite ville du Kansas. Blackfaced était mort, Doolin était absent, Bob et Emmett s'occuperaient donc de la First National Bank, tandis que Grat, Powers et Broadwell attaqueraient la Condon & Co, grâce aux tuyaux de leur indic, un dénommé Chapman. Mais ce dernier les trahit. Et tandis que Grat se faisait berner par un employé lui certifiant qu'il fallait attendre vingt minutes l'ouverture automatique du coffre, les marshalls, leurs adjoints et les habitants de Coffeyville attendaient les braqueurs à la sortie. Une gigantesque fusillade s'en suivit, qui fit huit morts. Tous les braqueurs périrent, à l'exception d'Emmett, qui, bien que très sérieusement amoché, survit miraculeusement à 23 balles.

Emmett fut emprisonné et condamné à la prison à perpétuité. Il s'amenda en prison, et suite à un imbroglio juridique sur la date de sa libération, sortit du pénitencier de Lansing au bout de quatorze ans, en 1907. Il milita quelques années pour l'amélioration des conditions de détention des prisonniers, avant de se faire judicieusement oublier.

Quarante cinq ans après l'attaque de Coffeyville, le dernier des Dalton était devenu un notable d'Hollywood.

 

Le clavier de notre ordinateur est-il un instrument de dactylo-torture ?

 

 

 

Je tape plutôt lentement sur un clavier, aussi vais-je me contenter de quelques lignes pour rétablir quelques vérités dactylographiques.

En dépit de l’idée communément répandue, la disposition des touches de votre clavier n’a pas été imaginée pour vous faire taper plus vite. Aussi bizarre que cela paraisse, le clavier AZERTY a au contraire été conçu pour que votre frappe soit… la plus lente possible !

La raison de cette contre-performance remonte aux origines de la machine à écrire, à la fin du XIXe siècle. Les machines mécaniques fonctionnaient à l’aide de ressorts, de leviers, et de lettres placées sur de longues tiges. Taper rapidement sur des touches contiguës coinçait les tiges à coup sûr. On décida donc de disposer les lettres les plus utilisées de telle sorte qu’elles soient les moins accessibles, ralentissant d’autant la frappe ! Les français eurent droit à l'adaptation du fourbe clavier QWERTY, le clavier AZERTY, conçu pour le français dans le même esprit tordu. Vous comprenez mieux pourquoi vous avez un peu de mal ?

Rétablissons une seconde vérité sur le clavier popularisé par le fabriquant de machines à écrire Remington (celui qui fabriquait aussi des flingues). Le clavier QWERTY, un bijou de science ? Euh… pas vraiment. Christopher Sholes le créa simplement par tâtonnement. Mais sans perdre le nord pour autant : il plaça toutes les lettres du mot "typewriter" ("machine à écrire") sur la première ligne pour simplifier les démonstrations des vendeurs !

Depuis plus d’un siècle, le monde entier écrit donc laborieusement sur son clavier. Quand il ne cherche pas péniblement sur son téléphone les lettres de ses SMS sur un pavé à chiffres. Vive le progrès !

Enfin une invention intelligente !!! Quoi que ???

 

 

Il suffisait d'y penser ! Une révolution pour ceux qui auraient déjà vécu la situation suivante :

Scène 1, intérieur jour : Le réveil sonne. Bruit tonitruant. Lit. La femme marmonne. L'homme tend le bras machinalement. Pianote rapidement sur les touches du fâcheux importun qu'on devine dans une demie-obscurité, celle-ci laissant supposer que le soleil, lui, n'a pas attendu pour se lever. Le réveil s'éteint enfin. La chambre sombre dans une torpeur toute post-traumatique. Et ses occupants rouvrent les yeux... une bonne heure plus tard !

Grâce à "Clocky", le cauchemar est fini. Revoyons la scène :

Scène 1, intérieur jour : en digne descendant de la cavalerie blindée, le réveil claironne et, grâce à ses roues et à son caractère intrépide, se met rapidement hors de portée du bras de l'ennemi, en n'hésitant pas à bondir de la table de nuit. Ayant détalé pour se mettre à l'abri à l'autre bout de la chambre, tout en continuant à sonner la retraite, il n'offre plus d'autres options aux occupants du champ de bataille déserté que de se lever. Ingénieux, non ?

Pléiade de charme....

 

 

J'ai souvent remarqué avec stupeur que les jeunes femmes ayant de jolies taches de rousseur s’évertuent… à s’en débarrasser. 

Si certaines usent d’épaisses couches de fonds de teint ou de «correcteurs» cosmétiques ad hoc, d’autres n’hésitent pas à recourir à d’excentriques remèdes de grands-mères, tels que celui-ci : «Infusez du persil lisse dans de l'eau frémissante. Filtrez le bouillon obtenu. Une fois celui-ci refroidi, badigeonnez vos joues à l'aide d'un coton imbibé de ce bouillon. Refaites la même chose pendant une semaine. Vos taches de rousseur s'éclairciront considérablement». D’autres enfin recourent à des méthodes plus définitives encore, en se les faisant «effacer» au laser. Quel dommage. On considère souvent la différence comme un défaut alors qu'elle fait souvent le charme. Mais bon ce n'est pas toujours facile de comprendre et d'assumer.

 

Une précision historico-étymologique sur la fraise Tagada.

 

La question est donc des plus simples : d'où vient ce nom de fraise "tagada" ? Car si je ne vous ferai pas l'injure de m'attarder sur l'emploi du mot "fraise", vous avouerez que cette onomatopée équestre (tagada-tagada...) est inattendue pour cette petite gâterie (d'autant qu'elle ne porte ce nom qu'en France).

En 1967, l'entreprise allemande rachète une entreprise familiale marseillaise, la réglisserie de Lorette, qui devient Haribo France. Haribo peut dorénavant inonder la France de ses confiseries. Et cela tombe bien, car deux ans plus tard, à Bonn, on invente la fameuse fraise. Mais les commerciaux français l'affirment : en France, il faut un nom français à cette gâterie. Facile. Le septuagénaire directeur de la production du groupe (qui n'est plus Hans Riegel) est particulièrement francophile. Car celui que dans l'entreprise on appelle pudiquement un "bon vivant" est venu régulièrement "améliorer son français" à Paris pendant les années folles...

Le Paris des années vingt, c'est le french cancan, le "jazz", le Moulin Rouge, la "Revue nègre" de Joséphine Baker au théâtre des Champs-Elysées, les représentations de Mistinguett aux Folies Bergère , les "garçonnes" qui fréquentent le bar-dancing "Le boeuf sur le toit".

Mais notre allemand en villégiature a pris goût à un Paris bien plus libertin mais non moins réputé : des bars interlopes, des claques* et des cabarets douteux, du côté de Pigalle, de la place Blanche et de Montmartre, aussi assidûment visités par notre rhénan que par la brigade mondaine. Tous ces lieux sont des nids de prostitution. Notre homme a ses habitudes dans un petit cabaret de la rue Berthe, au pied du Sacré-Coeur, où il vient s'offrir les faveurs tarifées de nombreuses demoiselles, sous l'oeil indulgent du taulier. Le minuscule boxon* s'appelle "La petite chaumière", mais le tout-Paris désigne le clandé* en usant du surnom évocateur de son tenancier souteneur, M'sieur "Tagada" (sic).

Quelques décennies plus tard, on imagine le directeur allemand suggérant avec délectation le nom du chabanais* pour désigner la fraise Haribo, cette petite gâterie synonyme de... plaisir coupable. Il est donc plutôt piquant d'imaginer aujourd'hui que le bonbon préféré de millions d'enfants porte le nom d'un lupanar* parisien ! A rougir de plaisir, non ?

(l'honnêteté intellectuelle m'impose de préciser que si l'histoire officieuse a retenu cette origine, un autre cabaret, un établissement créole du 15e arrondissement, porta également ce nom à Paris pendant l'année 1930, à l'issue de l'exposition universelle.)

* nombreux synonymes de "maisons closes" : un claque (puisqu'on y claque de l'argent), un boxon (de l'anglais boxon, les box, des compartiments isolés dans les tavernes, et par extension un lieu à petits salons privés), un clandé (clandestin), un chabanais (la plus célèbre maison close de l'époque, rue Chabanais, par métonymie), un lupanar (du latin lupanar, on ne parle pas du plus vieux métier du monde pour rien).

13 photos, 13 histoires...


Photo nommée « héros de guerilla » dans lequel apparaît un visage avec un béret noir regardant au loin, prise par Alberto Korda le 5 Mars 1960.

Guevara âgé de 31 ans était à un enterrement pour les victimes de l'explosion de la Coubre. Elle n’a été publiée que sept ans plus tard. L'Institute off Art du Maryland (USA) l’a surnommé "la photo la plus célèbre et l’icône graphique du monde du XXème siècle." C'est une photographie qui a été reproduite à plusieurs reprises dans le monde et qui est considérée comme l'un des dix plus grands portraits de tous les temps. Il est un symbole universel de la rébellion pour les principales tendances politiques.

 

Omayra Sanchez était une petite fille lors de l'éruption du volcan Nevado del Ruiz qui a détruit la ville d'Armero, en Colombie en 1985.Omayra fut coincée trois jours dans la boue, l'eau et les débris de sa propre maison. Elle avait 13 ans et pendant tout ce temps elle était toujours bloquée sur les corps de ses proches. Lorsque les sauveteurs tentèrent de l’'aider, ils ont constaté que c'était impossible, Afin de la sauver il aurait fallu amputer ses jambes mais cette chirurgie n’eut pas lieu. L'autre option était d’utiliser une pompe-turbine pour aspirer la boue qui l’a submergeait. La seule pompe disponible était trop loin et non disponible. Omayra a été forte jusqu'au dernier moment de sa vie, selon les travailleurs humanitaires et des journalistes qui l'entouraient. Pendant les trois jours, elle pensait justement à son retour aux études et à ses examens. La photographe Frank Fournier, « Omayra » a fait une image qui a fait le tour du monde et qui a conduit à une controverse sur l'indifférence du gouvernement colombien envers les victimes. La photographie a été publiée plusieurs mois après que la jeune fille fut morte. Plusieurs ont vu dans ce tableau de 1985, le début de ce que nous appelons aujourd'hui la mondialisation de l’agonie. Celle-ci a été suivie en direct par les caméras de télévision et de radiodiffusion dans le monde entier.

 

Javier Bauluz, seul photographe espagnol lauréat du prix Pulitzer, a pris cette image de deux touristes espagnols sur une plage regardant le corps sans vie d'un immigrant. L’image dénonce l'hypocrisie avec laquelle l’immigration survient en Espagne et donc en Europe. À la suite de sa publication dans La Vanguardia et le New York Times les commentaires affluèrent en Espagne.

 

Le 8 Juin 1972, un avion des Etats-Unis a bombardé au napalm la population de Trang Bang.

Kim Phuc était là avec sa famille. Avec ses vêtements en feu, la fillette de neuf ans s'enfuit avec la population. A un certain moment, ses vêtements se sont consumés. La célèbre image du photographe Nick Ut fut prise à ce moment là.

Kim Phuc fut conduite par le photographe à l’hôpital où elle est restée pendant 14 mois pour y subir 17 opérations de greffes de peau.

Toute personne qui regarde cette photo peut voir l’intensité de la souffrance, le désespoir et la souffrance humaine de la guerre, en particulier pour les enfants.

Aujourd'hui, Pham Thi Kim Phuc est mariée et mère de deux enfants. Elle vit au Canada, présidente de la « Fondation Kim Phuc qui a pour mission d'aider les enfants victimes de la guerre » et est une ambassadrice pour l'UNESCO.

 

« Le colonel a tué le prisonnier, j'ai tué le colonel avec mon appareil photo». Eddie Adams, photographe de guerre, a été l'auteur de cet instantané montrant l'assassinat d’un guerilla vietcong le 1 février 1968 par le chef de police de Saïgon, de sang-froid, les mains du prisonnier étant attachées derrière le dos, juste au moment où il fut tué à bout portant. Eddie Adams qui avait été correspondant de 13 guerres, a remporté le prix Pulitzer pour cette photo.

 

Sharbat Gula a été photographiée alors qu'elle avait 12 ans par le photographe Steve McCurry, en Juin 1984. Il était dans le camp des réfugiés de Nasir Bagh au Pakistan pendant la guerre contre l'invasion soviétique. Son portrait a été présenté sur la couverture du National Geographic en juin 1985 à cause de son visage expressif aux yeux verts. La couverture est devenue l'un des plus célèbres de la revue. Cependant, à cette époque personne ne connaissait le nom de la jeune fille. Le même photographe, Steve McCurry partit à la recherche de la jeune fille pendant 17 ans. Le photographe fit de nombreux voyages dans la région jusqu'à ce qu’en janvier 2002, il retrouve la fillette devenue une femme de 30 ans.

Sharbat Gula vit dans un village isolé en Afghanistan, en pachtou : c’est une femme traditionnelle, mariée et mère de trois enfants. Elle était revenue en Afghanistan en 1992. Personne ne l’avait photographiée jusqu'à sa rencontre avec McCurry et ne savait pas que son visage était devenu célèbre. L’identité de la femme a été confirmé à 99,9% grâce à la technologie de reconnaissance faciale du FBI et à la comparaison de l'iris des deux visages photographiés.

 

« Dites adieu à la guerre » a été prise par Victor Jorgensen à Times Square le 14 août 1945, dans laquelle vous pouvez voir un marine américain embrasser passionnément une infirmière. Contrairement à ce qu’on pense généralement, ces deux personnages ne sont pas des partenaires, mais des étrangers qui s’étaient rencontrés là-bas.

 

‎"Le Rebelle inconnu», c'était le surnom attribué à un homme anonyme qui est devenu internationalement célèbre pour être resté debout devant une ligne de plusieurs chars pendant le soulèvement de 1989 place Tiananmen en Chine. La photo a été prise par Jeff Widener. En Chine, l'image a été utilisée par le gouvernement comme un symbole de compassion de la part des soldats de l'Armée populaire de libération afin de protéger le peuple chinois. Malgré l'ordre d'avancer, le conducteur de char avait refusé d’obéir.

 

Thich Quang Duc est né en 1897. C’était un moine bouddhiste vietnamien (aussi appelé bonze). Il s'est fait bruler dans une rue très fréquentée de Saigon le 11 juin, 1963. Son acte de sacrifice a été répété par d'autres moines.

Tandis que son corps brûle, le moine reste immobile, ne crie pas : il ne fait même pas un bruit.

Thich Quang Duc protestait contre la répression anti-bouddhiste ordonnée par le président catholique Diệm. Après sa mort, son corps a été incinéré, selon la tradition bouddhiste. Au cours de la crémation, son cœur est resté intact, il a été considéré comme un saint et son cœur a été transféré à la garde de la Reserve Bank of Vietnam comme une relique. Telle est l'origine du terme « auto-immolation.

Photo prise par Malcolm Browne

 

Le brillant photographe soudanais Kevin Carter a remporté le Prix Pulitzer avec une photo prise dans la région de Ayod (un petit village au Soudan), qui a fait le tour du monde.

La photo montre la figure du squelette d'une petite fille, complètement émaciée, gisant sur le sol, épuisée par la faim et mourante, tandis qu’en arrière-plan, la silhouette noire d'un vautour en attente nous regarde et attend l'heure de sa mort.

Quatre mois plus tard, accablé par la culpabilité et conduit par une forte dépendance à la drogue, Kevin Carter s'est suicidé.

 

« The Falling Man » est le titre d'une photographie prise par Richard Drew, lors des attentats du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center à 09:41:15.

Sur la photo vous pouvez voir un homme tombant d'une des tours. En sautant il fait ce choix, vraisemblablement pour éviter de mourir asphyxié par la chaleur et la fumée. La publication du document peu après les attentats irrita certains secteurs de l'opinion publique américaine. Par la suite, la plupart des médias à l'autocensure, préfèreront ne pas montrer des photos d’actes d'héroïsme et de sacrifice.

 

Au cours de l’insurrection de Puerto Cabello au Venezuela dans l’état de Carabobo en 1962, le gouvernement a violemment réprimé les insurgés. Cette image représente l'aumônier Luis Maria Padilla tenant dans ses bras un soldat blessé. Tandis qu'il le soutenait dans ses bras alors que celui-ci arrivait à peine à dire « aidez-moi mon père», le soldat fut à nouveau blessé par balle.

 

Photographie de Luiz Vasconcelos, prise à Manaus en Amazonie en 2009

1er prix de la catégorie "General News Singles ».

Une femme du mouvement sans terre à Manaus s’oppose aux policiers brésiliens venus évacuer des terres investies par 200 paysans.

 

L'ultime photo.

Certaines personnes croient en Dieu, d’autres pas. Cependant il faut réfléchir et penser combien nous sommes petits devant les forces de la nature.

Cette photo a été prise le 26 décembre 2004, sur la côte de l'île de Sumatra au cours d’un impressionnant tsunami (la vague mesurait 32 m de haut !)

Elle a été retrouvée un mois et demi plus tard, dans un appareil photo numérique.

Celui (celle) qui a pris cette image a sans doute cessé d'exister quelques secondes après avoir appuyé sur le déclencheur de l’appareil photo.

 

 

 

 

 

 

 

le jour ou je me suis aimé pour de vrai...

le jour ou je me suis aimé pour de vrai,j'ai cessé de vivre le passé (ça n'est pas facile pour certains!!!) et de me préoccuper de l'avenir (pas facile non plus). Aujourd'hui, je vis une seule journèe à la fois, et cela s'appelle.... La PLÉNITUDE.

Le jour ou je me suis aimé pour de vrai, j'ai cessé d'avoir peur du temps libre et j'ai arrêté de faire de grands plans, j'ai abandonnè les mèga-projets du futur. Aujourd'hui, je fais ce qui est correct,ce que j'aime quand cela me plaît et à mon rythme...

Aujourd'hui je sais que cela s'appelle......LA SIMPLICITE.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j'ai commencé à me libérer de tout ce qui n'était pas salutaire ; personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie. Au début ma raison appelait cela de l’égoïsme. Aujourd'hui je sais que cela s'appelle... L'AMOUR PROPRE...

Le jour ou je me suis aimé pour de vrai, j'ai commencé à percevoir l'abus dans le fait de forcer une situation dans le seul but d'obtenir ce que je veux sachant très bien que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts et que ce n'est pas le moment... Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle RESPECT.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j'ai cessé de vouloir une vie différente et j'ai commençé à voir que tout ce qui m'arrive contribue à ma croissance personnelle. Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle LA MATURITÉ.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j'ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle n'étaient rien d'autre qu'un signal lorsque je vais à l'encontre de mes convictions. Aujourd'hui, je sais que cela s'appelle... L'AUTHENTICITE.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j'ai compris qu'en toutes circonstances, j'étais à la bonne place, au bon moment. Et alors, j'ai pu me relaxer ; Aujourd'hui je sais que cela s'appelle L'ESTIME DE SOI.

 

Quand la bêtise humaine.

Quand la bêtise humaine impose des lois qui s’affranchissent du cœur,

Le code civil pèse plus lourd que les attaches maternelles,

Des juges s’arrogent, sans le savoir, le droit d’être injustes et cruels,

Et devient-il insensé de s'appuyer sur l'amour et la tendresse.

Ainsi, de simples abandonnés deviennent-ils de doubles et triples orphelins.

S'ils pouvaient entendre …

Quand la bêtise humaine dresse les hommes en meutes armées,

Meurent des pères et des fils, se désespèrent des veuves,

Crient des enfants de famine d’amour, de désertion de mamelles.

Sont meurtries à vie de futures épousées, déflorées par des brutes.

Ainsi, des pères tuent des pères et des mères haïssent des mères.

S'ils pouvaient entendre …

Quand la bêtise humaine réduit l’homme à la bestialité,

Il devient, qu’il soit col blanc ou vareuse, un authentique bourreau.

Ainsi sont brisés, avant l’age d’aimer, des corps d'enfants.

Il devient, qu’il soit touriste ou marchand de chair, une brute aveugle.

Ainsi sont avilis des cœurs d’enfants, qui ne sauront aimer.

S'ils pouvaient entendre …

Quand la bêtise humaine laisse le progrès dévorer l'homme,

L’urgence est sacrifiée à l’accessoire, l’essentiel au futile,

Des millions d'hommes crèvent de faim pour que puisse décoller une fusée,

Mille enfants grelottent à l’ombre du CAC 40.

Ainsi, des millions d'êtres trompés espèrent-ils en vain.

S'ils pouvaient entendre …

Quand la bêtise humaine limite l'homme à son propre reflet,

Grandissent des enfants-nains, projets de l'ignorance asservie,

Stagnent des fantômes, issus de frustrations, d'angoisses non dépassées,

Pales produits de fantasmes inassouvis, d'appétits refoulés.

Ainsi, s'appesantit l'héritage de génération en génération.

S'ils pouvaient entendre …

Quand la bêtise humaine accouche d'hommes sourds et aveugles,

Alors, naissent des enfants muets qui apprennent à lire et à écrire,

Pour ne rien servir, ne rien voir et ne rien entendre.

L'ignorant dresse des murs, le craintif s'abrite, la brute s'étourdit.

Ainsi, les êtres de cœur et de raison ne sont pas entendus.

S'ils pouvaient entendre …

Quand la bêtise humaine jette des êtres perdus, en quête de vérité,

Dans les mains de loups avides déguisés en bergers,

Alors, ils se bercent d'illusions, se laissent berner de paresse,

Abdiquent leur responsabilité, se néantisent béatement.

Ainsi, sont-ils frustrés par ruse de leur effort à naître.

S'ils pouvaient entendre …

Quand la bêtise humaine laisse ignorer aux hommes,

Qu’une même planète, une exigence commune est leur berceau,

Alors, ils s’inventent des droits et des devoirs,

S’exonèrent de toute intelligence, de toute liberté.

Ainsi, ignorent-ils que de tout temps, ils ne sont qu’UN.

S'ils pouvaient entendre …

… une sagesse à la portée de la plus humble fleur des champs … qui offre ses couleurs aux regards, sans attente, sans impatiente, simplement heureuse d'être là et de servir, corolle chatoyante et lumineuse, qui se laisse tendrement aimer, libre de temps et d'espace …

Il est temps de passer à un autre régime, à une autre République.

Celle où on ne vote plus pour un Président de la République, mais pour une Assemblée d'experts qui votent entre eux pour différents projets. Une liste d'experts et non un gouvernement.

Car aujourd'hui, tout le monde en France peut constater que le Président "cannibalise" la fonction du 1er Ministre et du gouvernement, qui sont donc payés inutilement par les contribuables. Cet argent pourrait (et devrait) actuellement être économisé. En outre, les Ministres sont interchangeables, et nous avons ainsi eu entre autres exemples Mme Alliot-Marie qui a été Ministre de la Jeunesse des Sports, Ministre de l'Agriculture, Ministre de la Justice sans qu'elle ne soit compétente particulièrement ou légitime dans ces différents domaines. De même que Mme Christine Lagarde, qui est l'actuelle Ministre de l'Economie alors qu'elle a une formation de Juriste et est une ancienne responsable du Cabinet d'Avocat Baker and McKenzie. Elle serait donc davantage qualifiée pour d'autres postes, comme ceux visant le Ministère de la Justice que celui qu'elle représente aujourd'hui. Tandis qu'une Assemblée d'experts incluant différentes mouvances de Juristes pourrait également largement la dépasser et définir davantage un plan pour l'avenir, car 2 yeux valent mieux qu'un...Ceci démontre à quel point il est vain pour l'orientation de la politique de notre pays d'avoir une personne dédiée quand nous pourrions avoir les meilleurs experts Français pour nous représenter directement par un vote, le leur, qui serait davantage démocratique et permettrait moins aux lobbies de faire pression face à un interlocuteur dédié et sans que cela ne nous coûte plus cher. En somme, une sorte d'assemblée de Jurés, sans ironie sur le projet de Justice de Monsieur Sarkozy qui veut faire une Justice exemplaire par le peuple et pour le peuple. Pourquoi celle-ci, si elle dispose des rapports dont dispose un gouvernement, ne serait-elle pas elle-même en mesure de mener une politique efficace et en prévision de l'avenir et sans qu'elle soit comme elle l'est actuellement, une sorte de panacée de monarchie électorale ?

De plus, à l'heure d'Internet et des nouvelles technologies, il est impératif de changer notre vision sur la façon de faire de la politique et ce moyen d'entrer en contact avec l'électeur final peut permettre de susciter davantage de civisme de sa part en le confrontant et en le soumettant à des choix qui l'intéressent fortement : à savoir la politique de son pays. Bien évidemment, certaines choses ne se décident pas par référendum, comme la fin du nucléaire, car ce gouvernement ne veut pas risquer ses investissements, mais cela devrait pouvoir permettre d'orienter la politique de ce gouvernement justement en demandant si on doit accélérer la sortie du nucléaire ou non...Ce gouvernement en est bien conscient et ce n'est pas en n'écoutant pas son peuple qu'il va se faire respecter mais bien en prenant en compte les critiques de celui-ci.

Pour finir, nous voyons tous actuellement la Belgique actuellement s'en sortir sans gouvernement. Cela confirme l'idée qu'il n'est nullement nécessaire d'avoir un Président de la République et un Gouvernement, qui sont très coûteux pour le peuple sans que cela soit garant d'une efficacité aucune comme nous le voyons depuis trente ans.

Nous avons besoin d'une Représentation Politique qui fonctionne comme la Justice, avec une Assemblée d'experts qui fait les lois et les soumet au Parlement. Et un Parlement qui n'a plus le droit de décider de ses salaires et traitement non plus, car cela pose un sérieux problème actuellement en France pour l'égalité entre gens du peuple et représentants et ne peut être considéré comme démocratique du tout... Or, il est bien inscrit dans la Constitution que le pouvoir appartient au peuple et est fait par le peuple, pour le peuple. Il faut respecter nos propres textes !

Sidéré et dévasté…

Nous sommes perdus. Nous ne savons plus. Déjà, qu’on doutait… Vers qui se tourner ? Que faire ? Et pour quoi ? Les évènements, majeurs ou pas, s’accélèrent. Il faudrait se pencher, revoir, les autres années, a-t-on déjà vu et subi autant en si peu de temps ? La sidération, ça n’est pas uniquement DSK, c’est un enchaînement d’évènements. Et nous voici spectateurs, impuissants, comme rarement nous l’avons été.

Est-il besoin de dresser la liste ? De tout ce qui s’est produit depuis – disons – ces dix dernières années – mettons depuis le 11-septembre – avec cette sensation étrange, désagréable, d’un inéluctable. Que ça va mal. Qu’on y va tout droit.

Est-ce la prolifération des moyens, ceux de s’informer, qui fait que, nous avons cette sensation-là, je veux dire est-ce seulement un « sentiment que » ou est-ce la « réalité » ?

Faut-il décrocher, moins consommer de – ce que l’on nomme – hardnews. Se tenir un peu plus à l’écart. Est-il possible, aujourd’hui, de penser sereinement et de recevoir des informations tout aussi sereinement ? S’en donner le temps.

Ce terme « sidérant » que l’on a entendu à propos de « l’affaire DSK » est sans doute le plus signifiant, entendu jusqu’ici. Tant il pourrait s’appliquer à bien d’autres évènements, comme ceux, déjà lointains du 11-septembre, du 21-avril, des « émeutes en banlieues », et plus proches de nous, aux divers tremblements de terre ou tsunamis, à Gaza, à Fukushima, aux printemps arabes, à cette «justice [qui] est faite », à DSK, etc.

Il décrit un état, le nôtre... Nous sommes, effectivement, sidérés... On voudrait, aimerait, souhaiterait que ça cesse… En l’occurrence, l’incroyable couverture médiatique d’un mariage princier (couverture justifiée par le fait que « 2 milliards d’êtres humains » étaient censés le suivre, notamment via l’outil télévisuel) constitue une tentative par le média moins de nous divertir (encore que, il y a manifestement, ici, un but : « faire diversion ») que de nous soulager. Nous offrir un répit. Alors que, objectivement, nous n’en avons pas grand-chose à faire, ni à en tirer. C’est juste une image. Mais tout, désormais, est image…

Un mariage, une béatification, et boum ! une exécution (Ben Laden). Et tout reprend. Recommence. Machine infernale. En flux tendu. Images en boucle. Sidération again.

Alors, comme le titrait Libé, on se demande, non pas : « A qui le tour ? » mais : « quelle est la sidération suivante ? ».

Soit : qu’est-ce qui va encore nous tomber dessus, même à des milliers de kilomètres, peu importe, c’est bien sur nous que ça tombe. Et ça finit, par accumulation, de nous broyer. Littéralement.

L’autre terme qui surgit, en creux, c’est « dévasté ».

Nous sommes dévastés, avec cette sensation que tout s’écroule et que nous n’y pouvons rien. J’entends par « tout s’écroule », nos illusions, nos rêves, nos espoirs.

Pour certains, ces illusions, rêves et espoirs, s’étaient portés sur un homme. A tort ou à raison, là n’est pas la question… Il est à ce propos, intéressant de noter, qu’une bonne partie de ceux qui ne l’appréciaient pas, pour diverses raisons, principalement politiques, idéologiques, ceux-là aussi ont été sidérés, sont même « tombés en empathie ». Justement, parce qu’il représentait un espoir pour les autres (et les médias).

Quoi qu’ait fait cet homme, ou pas fait, innocent ou coupable, peu importe au fond, nous voilà perdus. Vers qui se tourner ? Que faire ? Et pour quoi ? Comment « sortir de là » ?

Les éditocrates, les journalistes, les observateurs, nous disent que « les cartes sont rebattues ». Mais de quelles cartes parlent-ils ? Qui dit cartes, dit jeu (ou stratégie). Jeu politique, en vérité. Mais en quoi cela nous concerne-t-il ? Ce que nous attendons, ce sont des perspectives, des idées, des projets. Un espoir. Qui les porte ? Est-ce les Espagnols, Puerta Del Sol ? Est-ce eux qui, par leur volonté, leur détermination, vont nous sortir de cet état, celui de sidération ?

Parce que, si en France (qui, comme la plupart des pays du monde, connaît une crise sans précédent) on n’observe aucun mouvement, pas la moindre manifestation d’envergure (comme celles de 1995), c’est aussi parce que nous sommes, depuis lustres, sidérés.

Bien sûr, il y a d’autres explications : le fait que « la crise » n’ait pas touché la majorité des Français. Sinon, et principalement, les plus vulnérables. D’autres aussi ont été touchés, mais pas en assez grande quantité pour déclencher un vaste mouvement ; ces autres qui, de surcroît, bon an, mal an, parviennent, péniblement, à s’en tirer (et n’ont d’autres soucis que de protéger le peu qui leur reste : emploi, toit, etc.). Et s’ils s’en tirent, c’est notamment grâce à notre système de protection sociale, sans lequel, nous vivrions aujourd’hui, ce que vivent les Espagnols, les Grecs, les Irlandais, les Portugais, etc.

Mais on ne peut faire fi de l’état de sidération. C’est une clé importante. Elle prend sa source le 11-septembre (évènement mondial) se poursuit le 21-avril (évènement local) et depuis, c’est non-stop ; ou du moins, avons-nous cette impression.

Et « la chute de DSK », avec cette avalanche d’images, images d’un français, un des « nôtres » (nous sommes donc, quoi qu’on en dise, touchés dans notre chair, humiliés, terrassés) et puissant de par sa fonction, valorisante (quoi qu’on en dise, là encore) pour la France, pour « nous », nous enfonce un peu plus dans cet état de sidération. La paralysie. C’en est trop !

Cet état-là, de sidération (quasi) permanente, nous a amené à croire en « l’homme providentiel ». D’autant plus que les médias, dans leur grande majorité, ont contribué à nous le présenter comme tel. Une évidence.

Nous n’avons pas mis, plus que cela, en question cette évidence. Parce que, justement, elle nous apparaissait comme une « porte de sortie » (et non, Del Sol). Je veux dire par là, qu’avec cette porte, nous pensions que nous sortirions de cet état de sidération. Nous irions mieux. Et n’avait que peu d’importance, au fond, le projet que cet homme portait.

Cette « chute » incroyable, cet évènement que, donc, on a qualifié de « sidérant », est en réalité plus que cela. Nous sommes passés au-delà de la sidération. Etant donné que nous étions déjà en cet état. C’est en ce sens que je dis que nous sommes perdus. Complètement paumés. Dévastés. Car, passée la sidération, que peut-on espérer ? Qu’y a-t-il après ? Une Puerta Del Sol française ? La résignation par les urnes ?

Ou alors, le déclin.

Oui, n’est-ce pas plutôt le déclin qui nous guette et que nous sentons venir ? Passée la sidération…

 

Dis, c'est quoi au juste un modérateur ?

Le modérateur est devenu un personnage incontournable du web. Que ce soit sur les forums ou les tchats, il est présent mais qui est il vraiment ? Voici quelques réponses à cette grande question.

- Le modérateur est un humain (des tests l’ont prouvé) de sexe masculin ou féminin, il rentre dans un facteur d’âge allant environ de 17 à 75ans. Rien ne prouve pour l’instant que les modérateurs le soient de parents à enfants. Il n’existerait pas de gênes de modérateurs transmissibles. Ce n’est, en tout cas, pas prouvé pour le moment.

- Il aime exclure les gens sans raisons valables. Il est là pour exprimer une certaine souffrance intérieure provenant de sa petite enfance, où ses parents lui refusaient d’aller, par exemple jouer dehors .

Exemple : «- Môman, je peux aller jouer dehors ?

- non ?

- Mais pourquoi ?

- Parce que ! »

- Le modérateur est mal poli. Incapable de vous dire bonjour, il aime à ignorer tout ce qui n’est pour lui que simple utilisateur. Il n’aime donc personne hormis ses congénères (et encore…).

- Le modérateur doit faire ce qu’il interdit aux autres : flood, insultes, menaces etc…Le modérateur possède les pleins pouvoirs, ne se cachant pas pour le montrer ! C’est sa crédibilité qui est en jeu.

- Une phrase typique pourrait être : « Vous voyez, moi je peux mais pas vous ».

- Le modérateur est donc largement au- dessus du commun des mortels.

- Le modérateur est un vrai robot. Il voit tout, lis tout, sais tout. C’est le dieu du forum ou du tchat qu’il gère. Omniscient, il reconnaît un boulet avant même que celui ne commence à écrire quelque chose.

- Le modérateur n’aime guère passer inaperçu. Ainsi, si personne le voit ou l’entend, il bannis quatre ou cinq personnes à la fois, histoire de montrer qui est le boss !

- Le modérateur est sournois. En effet, parfois, il se cache parmi d’autres utilisateurs et attends sournoisement de les frapper dans le dos, sans même prendre le temps d’avertir. « Et tiens, voilà un ban, mouhahahahaha ». Dans le langage des modérateurs, ils appellent cela « sous-mariner ».

- Le modérateur n’aime pas les nouveaux qui demandent des renseignements . Un bon « démerdes-toi » calmes en général les choses rapidement. De toute façon, il ne sait pas comment il faut faire pour s’enregistrer sur le forum, ni la commande d’auto-join de votre script pour rejoindre un salon IRC.

- Sur l’IRC, le modérateur, possède un bien meilleur client irc et script que le vôtre. Inutile donc de lui poser des questions sur le sujet. Cela ne l’intéresse absolument pas

- Le modérateur est rancunier, fortement. Ainsi, vous marchez en travers des clous, il s’en souviendra pendant un très long laps de temps. Il mets d’ailleurs à jour régulièrement, des fiches de renseignements sur chaque personne qui passe prés de lui.

- Particulièrement incompétent dans son domaine, le modérateur apprécie fortement les leçons que lui donnent les différents users sur la meilleure façon de faire. Preuve que le modérateur n’est pas si inhumain et saura vous écouter.(parfois…)

- Le modérateur est sourd à toute protestation évidemment. Le modérateur a et aura toujours raison. S’il a tort (le taux de probabilité est de 0,000005%), il aura raison !

- De plus, son vocabulaire est garanti en insultes cinglantes !

- Le modérateur recevant une médaille tous les 10 000 bannissements (et une chaussette gratuite), il fera tout pour atteindre ce chiffre.

- Le modérateur possède des armes et il en est particulièrement fier. Kick, bannissement, ackik, bannissement muet, suppression de compte…son arsenal est étoffé, puissant et encore plus important , quasiment imparable. Il aime donc évidemment en user et abuser.

J’espère vous avoir modestement éclairés. N’hésitez pas à en remettre une couche, nous adorons cela !

Bon ! Je retourne... modérer !!!!

Voilà, c’est l’été…

Autant voir les choses en face : c’est l’été. C’est à dire que, depuis le 21 juin, on perd chaque jour une ou deux minutes de soleil. Je ne dis pas ça pour casser le moral de mes amis (es) en vacances. Mais parce que c’est la vérité. Et que nous sommes tous suffisamment adultes (quoique..) pour supporter la vérité (n’est-ce pas ?). Bon, maintenant que je l’ai dit, on oublie. Parce que l’été, c’est l’été. Et puis c’est tout. Jusqu’au 15 août, en gros, ça nous est complètement égal, de perdre une ou deux minutes par-ci, par-là. Les journées sont longues, de toute façon. Il fait beau (sauf quand il pleut, ce qui arrive parfois en Bretagne…). On mange dehors. On reçoit des amis. On flâne, on discute, on écoute le silence. Et les oiseaux, qui habillent le silence. L’été, je le rappelle aux étourdis, n’arrive qu’une fois par an. Après, c’est trop tard. Et c’est trop bête de se réveiller un beau jour en se disant : « zut, c’était l’été, je l’ai complètement loupé, si j’avais su… »

Donc pas question de rater l’été. Là, à l’heure même où je vous parle, on est au tout début. Ah, toutes ces journées devant nous… C’est vrai que ça se gâte un peu après le 15 août. Alors que l’ été, officiellement, dure jusqu’au 21 septembre, après le 15 août on a un petit coup de mou. On se dit, tiens, c’est bizarre, mais les jours raccourcissent drôlement. Dans les stations de vacances, les magasins commencent à fermer. Les marchés, si animés au plein cœur de l’été, se vident petit à petit. Il y a souvent des orages (et pas seulement en Bretagne…).

C’est du moins l’image que j’ai dans la tête : après le 15 août, il y a des orages. Le temps se fait incertain. Et le soir, on ne peut plus traîner dehors à manger et à refaire le monde avec les amis : il se met vraiment à faire nuit, de plus en plus tôt. Saperlipopette, je m’aperçois que je suis reparti pour vous casser le moral. Mais non ! Pas du tout ! Vive l’été ! On n’est que début juillet, on a un mois et demi devant nous avant le 15 août. Et puis zut, même après le 15 août, on est toujours en août. Tant pis pour les orages (de toute façon, je ne vais pas en Bretagne…). Tant pis pour la nuit qui tombe. Tant pis pour la rentrée qui arrive à grands pas (d’un autre côté, je suis en retraite, alors..). On prend ce qu’il y a. Et puis c’est tout. Parce que la rentrée, celle de cette année, vous vous doutez bien de ce que ça va être : pleins gaz vers la présidentielle, plus une seconde de libre pour penser au temps qui passe, pour méditer sur les minutes perdues. Et celles qu’on va bien finir par retrouver un jour. Je ne dis pas que tout s’arrête pendant l’été. Je pourrais d’ors et déjà vous donner mille exemples de chambardements, voire de révolutions qui on eu lieu en plein été.

Seulement, il y a ce truc un peu fou qui s’appelle les vacances. Et qui se passe en été. Quand j’étais plus jeune, on appelait ça les grandes vacances. Par opposition aux petites, celles de Pâques ou de la Toussaint.

Ah, les grandes vacances ! Rien que d’y penser, j’étais tourneboulé. J’imaginais le tout premier jour sans école, ni devoirs, ni leçons. Et tous les jours, ensuite, la longue suite des longs jours, jusqu’à la maudite rentrée. Tous ces longs jours d’été, comme une promesse de rêves, de découvertes, d’aventures. Aujourd’hui, j’ai gardé ça au fond de moi. L’été, on a du temps. On sort la table de jardin. On sort les chaises longues. On sort les vélos. Et le bonheur, c’est qu’on les sort pour des semaines. De belles et longues semaines. Un jour viendra où il faudra tout rentrer. Mais on n’y pense pas. On ne veut pas y penser. Parce qu’il n’y a rien de plus précieux que ce moment-là, le jour où on se met en été. Où on met sa vie en été. En même temps, si je veux être franc, plus jeune, je ne détestais pas totalement la rentrée. Il y avait de l’excitation dans l’air. Retrouver les copains sur les bancs de l’école. Les jeux dans la cour de récré. Et puis apprendre, continuer à apprendre. Oui, là aussi, il y avait de l’excitation à cette seule idée : grandir en apprenant. On est impatient de grandir, quand on est petit. C’est après qu’on regrette de continuer à grandir, quand ça s’appelle vieillir… Et donc, là aussi, pour être franc, la perspective de la rentrée, dans le fracas de la campagne présidentielle, ça me met en appétit, gourmand comme je suis. Rentrer en se disant qu’on a devant soi tous ces mois de bagarre, de castagne, mmm…

N’empêche qu’avant tout ce barnum je me réjouis de ces longues semaines de calme et de soleil, de ces soirées à refaire le monde ou à regarder la lune et les étoiles. Sans oublier, bien entendu, les étoiles filantes qui sont, comme les vers luisants, les cadeaux de l’été.

Une seule étoile filante, un seul vers luisant : c’est une nuit bénie. On peut faire tous les vœux qu’on veut.

En attendant, voici le mien : que l’été vous soit doux à toutes et tous.

 

Supporter les conséquences de ses agissements.

Supporter les conséquences de ses agissements.

 J’ai une idée pour un monde meilleur : que les fauteurs de trouble assument la conséquence de leurs actes. C'est un principe de base d'éducation vieux comme le monde, et assez confortable à appliquer puisqu'il n'y a….rien à faire !

Un enfant ne range pas sa chambre et ne retrouve pas ses jouets préférés ? Plutôt que de chercher pour lui, le laisser ranger sa chambre…

Il ne veut pas mettre son gilet ? Tant pis il aura froid plus tard.

Il ne veut pas manger ? Tant pis pour lui, il aura faim avant le prochain repas, mais ne pas lui donner de collation intermédiaire. Etc Etc…

Avec des adultes, ça donnerait à peu près ça :

- Que les propriétaires de chiens qui ne ramassent pas les cacas marchent eux même dedans parce qu'ils ont oublié de regarder par terre, et de préférence en sandalettes.

- Que les voleurs se fassent voler.

- Que les enfants des violeurs, des tueurs se fassent violer ou tuer (bon, ça j'admets, c'est extrême et immonde, et en plus ça n'a pas eu l'air de gêner Myriam Badaoui).

- Que les grévistes de la SNCF ne puissent pas se rendre au chevet de leur mère mourante parce qu’il n'y a pas de train.

- Que les voleurs de voiture ne trouvent plus leur voiture et n'aient pas d'argent pour en acheter une autre.

- Que les peloteurs des transports en commun se fassent peloter par un groupe de mecs plus forts et très nombreux.

- Que le tagueur se fasse taguer son scooter, couleur très moche.

- Que le fonctionnaire pressé se fasse fermer la porte au nez à la poste ou ailleurs alors qu'il a un truc super urgent à faire, parce que ça ferme dans 6 minutes.

- Que Bill Gates ne puisse plus se connecter à Internet parce que « error Windows N°4580026 98845098. Please consult help in line »…

- Que la mère d'un criminel se fasse tuer (immonde aussi, elle n'y est pour rien la pauvre vieille, je sais…en moins grave, ça fonctionne aussi avec racket).

- Que la contractuelle aie une contravention car elle a dépassé le temps de 5 minutes.

- Que le syndicaliste « contre » par principe crée un jour sa propre entreprise, et qu'il comprenne.

- Que l'appartement du « jeune » brûle parce que les pompiers ne peuvent plus pénétrer dans la cité sans se faire caillasser.

- Que le vandale de base ne puisse plus se regarder dans la glace du photomaton parce qu'elle a été cassée juste avant, alors qu'il a une grosse poussière dans l'œil qui lui fait mal.

- Que la petite sœur de racaille ne puisse plus aller à l'école parce qu'elle a été brûlée la nuit dernière, et qu'il retrouve son doudou, ses dessins, son tablier dans les débris fumants.

- Que l'indélicat ait à subir pendant tout son trajet en train une musique qui ne lui plaît pas du tout du tout, parce qu'il est assis à côté d'un casque de MP3 à pattes.

- Que le raciste primaire soit victime de racisme primaire.

- Que celui qui renverse toutes les poubelles de la rue parce que c'est super drôle réalise que c'est peut-être son père qui va passer à 6h20 pour les vider.

Etc etc…

 

A moins de tomber sur des monstres, des kamikazes fanatiques ou des dingues, je suis persuadé que ça marcherait dans pas mal de cas. C'est bien sûr inapplicable parce qu'on ne peut pas laisser les rues pleines de déjections de chiens en espérant que le propriétaire marchera dedans, ou les voitures brûler en attendant que celle des incendiaires brûlent aussi, mais dans un monde imaginaire, l'idée me plait bien…!

 

Pardon Nafissatou !

Pardon Nafissatou !

Tout ce que je sais d’elle, à l’heure où je décide d’écrire cet article, c’est qu’elle s’appelle Nafissatou. Je sais aussi qu’elle a 32 ans et qu’elle est mère célibataire d’une petite fille de 9 ans. Je sais aussi qu’elle vit dans un trois pièces du Bronx où elle a emménagé voilà quelques mois, qu’elle travaille comme femme de ménage au Sofitel de Times Square depuis trois ans. Et qu’elle est d’origine guinéenne. Tous les médias répètent en boucle ce que dit d’elle le patron du Sofitel : « Elle donne entière satisfaction, en ce qui concerne tant son travail que son comportement. » Telles sont les deux ou trois choses que je sais d’elle. Ah, si, encore ceci, glané sur internet : elle serait très grande (plus de 1,80 m). Et les avocats de DSK (vous avez remarqué, il n’est même pas nécessaire d’écrire le nom entier pour savoir de qui je parle) se sont dits surpris de la trouver « très peu séduisante ».. Façon peut-être de suggérer, que leur client (DSK) ne peut avoir été attiré par elle. Et s’être rendu coupable de ce dont il est accusé. Mais moi, c’est d’elle que j’ai envie de parler. Elle, Nafissatou.

Tout le monde, partout, ne parle que de Dominique Strauss-Kahn, (Dominique pour les intimes, surtout de Gauche.) Tous les journaux, tous les magazines, font leur une sur DSK. Toutes les radios, toutes les télévisions, consacrent des éditions spéciales à DSK. Tous les hommes politiques, tous les intellectuels, tous les experts qui interviennent sur « l’affaire Dominique Strauss-Kahn », parlent de Dominique Strauss-Kahn. Grandeur et décadence. Le drame. La tragédie. La chute. La descente aux enfers. Sa psychologie. Ses qualités et ses défauts. Comment il a été humilié par la police et la justice new-yorkaise. Les menottes. Les photos. Livré aux chiens. Et, bien entendu, cette formule répétée comme un mantra, matin, midi et soir : « présumé innocent ». Oui, DSK est présumé innocent. Je ne l’oublie pas. Mais Nafissatou, elle, elle est présumée quoi ? Je vous le demande. Elle est présumée victime. Elle est présumée avoir subi une agression sexuelle et une tentative de viol par le présumé innocent Dominique Strauss-Kahn. Et c’est de lui que tout le monde parle. C’est lui que viennent défendre ses amis, à la radio, à la télévision, avec des trémolos d’indignation dans la voix. Sans un seul mot pour la présumée victime. Sans un seul mot pour Nafissatou. Le sujet, ce n’est pas Nafissatou. Ce qui mobilise les plus grandes plumes, les plus grandes voix, c’est DSK. Ce n’est pas la présumée victime. Après tout, Nafissatou n’est qu’une femme de ménage. Une immigrée. Une mère célibataire qui vit dans le Bronx. Et qui n’est, comble du comble, que « très peu séduisante ». Alors que Dominique Strauss-Kahn, lui, est tout de même ancien ministre, directeur générale du FMI, parti pour être le prochain président de la république française. Ce qui lui arrive n’est-il pas incroyable, invraisemblable, inimaginable ?

Oui, ça l’est. Et ce qui arrive à Nafissatou, c’est quoi ? Qui se préoccupe de ce qui arrive à Nafissatou ? Qui se préoccupe de ce qui l’attend, au tribunal, quand il lui faudra témoigner contre l’un des hommes les plus puissants de la planète, défendu par les plus puissants avocats des Etats-Unis ? Qui se préoccupe du calvaire qui l’attend, quand il lui faudra raconter, par le détail, ce qu’elle affirme avoir subi ? Quand elle devra répondre aux questions insistantes, insidieuses, des avocats de DSK, cherchant à la déstabiliser, à la décrédibiliser, à la faire se contredire ? Qui se préoccupe de ce qu’est devenue sa vie, à la présumée victime, après avoir été (si elle l’a été) sexuellement agressée par le présumé innocent ? Oui, j’aimerais parler de Nafissatou. De sa vie d’immigrée. De sa fille de 9 ans. Du pays d’où elle vient. Pourquoi et comment elle en est partie. Quels étaient ses rêves, ses espoirs. Comment elle a été accueillie, comment elle s’est débrouillée. Nafissatou, femme de ménage au Sofitel de Times Square, en plein cœur de New York. Nafissatou qui donne entière satisfaction en tout, comme dit son patron. Nafissatou qui fait son travail, qui vient faire le ménage dans la chambre 2806, le samedi 14 mai, à 12 heures. Et qui, affirme-t-elle, s’est fait sexuellement agresser par l’occupant des lieux.

La presse, la radio et la télévision s’inquiètent de ce qui se passe au FMI. Intrigues, jeux de pouvoir, négociations de couloir, pour savoir qui va remplacer « Dominique ». Et de ce qui se passe au PS. Intrigues, jeux de pouvoir, négociations de couloir pour savoir qui va remplacer « Dominique ». Et, certes, c’est important, de savoir qui va devenir directeur général du FMI. Et qui a les meilleures chances de faire gagner la gauche en 2012.

Mais qui parle de ce qui se passe dans la tête de Nafissatou, dans le corps de Nafissatou ? ça n’intéresse personne. Ce n’est pas important.

Ce que j’aimerais en réalité, c’est lui demander pardon, à Nafissatou. Pardon pour tous ceux qui l’oublient. Pour tous ceux qui ne pensent qu’au sort de « Dominique », au destin de « Dominique », à l’avenir de « Dominique ». Et qui n’ont pas une pensée pour elle. Je sais ‘vous allez me le rappeler) : il est présumé innocent. Elle est présumée victime.

A l’inverse des politico-médiatico-amis de DSK, moi, je préfère parler pour la présumée victime.

Tunisie, Libye et après… Mais, pourquoi exactement ?

Tunisie, Libye et après… Mais, pourquoi exactement ?

Les bouleversements scientifiques et technologiques que nous connaissons (du biologique à l’électronique) représentent l’équivalent du passage au néolithique, l’ère où l’homme commença à cultiver la terre, à élever les bêtes pour mettre un terme à son errance et à se fixer sur un territoire. Dès lors que l’on retient cet enseignement, il faut bien en déduire les implications : des mutations de cette profondeur, aucun de nos ancêtres n’a eu à les subir depuis dix mille ans. La société que nous produisons ne peut-être comparée à aucune de celles qui nous ont procédées. Notre quotidien l’ignore, il reçoit les innovations avec un scepticisme blasé et il ne veut surtout pas voir que nous sommes les premiers acteurs sur une scène historique renouvelée de fond en comble.

Tout, absolument tout change. Notre alimentation, nos habitations, nos moyens de transport, nos familles, nos conditions de travail, nos relations entre individus et avec le reste du monde, la durée de notre existence et les médecines qui y contribuent, tout chaque jour se métamorphose, sauf la composante la plus essentielle de toute société, nos mode de gouvernement. Entre Georges Washington et Obama, entre Sarkozy et Louis XV, quelle différence ? des souverains trônant en leurs palais. Ils décident en dernier ressort de la guerre et de la paix, de la distribution des ressources, du destin de leurs peuples et de chacun des citoyens. Si Obama et Sarkozy s’entendent pour aller bombarder l’Iran, qu’y pouvons-nous ? Les soldats obéiront (et ce d’autant plus facilement et docilement que se sont des soldats de métier et non des « fils du peuple », plus malaisé à manipuler ), de toute façon, le Trésor déboursera, les parlements s’inclineront, quelques voix protesteront et après ? Tout se passera comme ils l’auront voulu et nous trinquerons tous sans l’avoir voulu.

Quand Guy Mollet, en 1956, s’engage pour de bon dans la guerre d’Algérie, tout se joue sur l’absence de discernement d’un seul homme. Johnson au Vietnam, même syndrome. Auraient-ils opté pour une autre voie, nous n’en serions pas à payer à ce jour la faute du chef. Napoléon, Charlemagne ne gouvernaient pas autrement. La démocratie nous a nantis d’une floraison de libertés mais nous a laissé bien peu de prérogatives. Le droit de vote et tout est dit. Imaginez que nous ne sachions pas en user, et c’est souvent le cas, nous nous retrouvons alors face au pouvoir d’Etat, nus, chétifs comme des vers. La souveraineté nous appartient et nous ne savons qu’en faire. Nous la déléguons et il l’exerce. Parfois, souvent, contre l’intérêt du peuple qui la lui a confiée. Jusqu’à présent, le système fonctionne. Fonctionnera-t-il perpétuellement ? Un jour, un dérèglement quelconque, mineur peut-être, grippera la machine. Des tensions terribles traverseront le pays. Le décalage entre les formidables avancées scientifiques et l’incroyable sclérose politique deviendra insupportable. La machine explosera. Cela s’appelle une révolution.

Les révolutions, dans le plein sens du terme, ne sont pas monnaie courante dans l’histoire. Elles explosent lorsque l’ensemble des structures de l’Etat s’affaissent et se pulvérisent irrémédiablement. L’Elysée ? Un squat. Les préfectures ? Des marchés couverts. Les policiers ? Des clochards apeurés. L’armée ? Evaporée. Les autobus, les entreprises tournent encore en attendant un nouvel ordre politique. Révolutions française, russe, mexicaine, chinoise, cubaine, iranienne, tunisienne, libyenne, on a vite dénombré les rares fois où, dans un pays, tous les appareils d’autorité se sont effondrés totalement et irréversiblement. Chaque fois, l’explosion se produit à la surprise générale. Personne n’imagine jamais que le monde dans lequel on vit peut s’écrouler et s’évanouir. C’est concevable, mais c’est impensable. Les bolcheviks, avant octobre 1917, se proclamaient révolutionnaires, mais dans leurs rêves les plus fous, ils n’imaginaient pas le triomphe qui les attendait. Si on avait prédit à Robespierre qu’il serait un jour plus puissant que le roi, il se serait bien diverti. Est-il des nôtres , le futur Robespierre en germe ? Notre siècle connaîtra-t-il en France, en Occident, une révolution politique semblable à celle de 1789 ? La question n’est pas aussi farfelue qu’elle paraît.

L’ère des révolutions s’ouvre, dès le début du XVIIIe siècle, avec les Lumières. Le gouvernement, l’éducation, l’innovation doivent être repensés. Faire table rase et inventer un monde juste devient l’urgence des philosophes. Tout au long des trois siècles suivants, on gardera l’œil fixé sur la ligne rouge de l’horizon utopique. Certaines pages de Jean-Jacques Rousseau pourraient être contresignées de Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine, sans en changer un mot. De la Terreur à la révolution russe (sans oublier la cambodgienne), une seule idée domine l’avant-garde : anéantir tout, et d’abord les hommes, pour édifier un « modèle de société » préconçu et fidèle à une claire vision du bonheur universel. Cette formidable mouvance convertit près de la moitié de la planète et s’étendit de tout son long sur le XXe siècle, dont on a pu dire qu’il fut celui de la chute du communisme. Euphémisme, car le communisme n’était qu’un « socialisme réel », comme le qualifia si justement Georges Marchais. Le socialisme n’est rien s’il n’est pas « l’appropriation collective de l’économie ». C’est ce qu’accomplirent soigneusement Staline, Mao, Pol Pot et consorts. Les autres socialistes ont – Dieu sait pourquoi – usurpé le concept pour le recycler en une bouillie au discours parfois surréaliste. Sur le Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, le socialisme s’est immolé et, avec lui, le rêve des « projets de société ». Le mastodonte des partis communistes, le chinois, s’est lui-même rallié au capitalisme et a invité les capitaines d’industrie au comité central. Le sentiment religieux parti se réfugier dans la sphère privée, pour la première fois nous nous retrouvons sans la moindre idée d’un « monde meilleur ». Qu’une voix s’élève pour proposer l’intervention de la collectivité dans tel ou tel secteur et le chœur de l’intelligence entonne le grand air du « jamais plus ça ». Les pouvoirs publics, irréfutablement, ont administré la preuve par le goulag que leur présence doit-être réduite au strict minimum, police, armée, diplomatie. Tout le reste est marchandise que l’on peut résumer d’une seule phrase : le gouvernement qui gouverne le mieux est celui qui gouverne le moins… Entre Pol Pot et Sarkozy, il n’y a rien. Tous les échafaudages des idéologues progressistes se résument désormais à un livre noir. Nous sommes montés sur le Mur pour démolir le socialisme et nous n’en sommes jamais descendus. Près de vingt ans ont passé, mais nous sommes restés figés à cet instant, à la sidérante révélation que Staline n’était franchement pas un bon samaritain. Si Staline est méchant, tout est permis.

Dépouillés de nos prophètes messianiques et des espérances de libération collective, il ne nous restait plus qu’à nous replier sur nous-mêmes, et nous nous y sommes empressés. Notre émancipation, nous la trouverons tout seul, chacun dans son cocon. Que les autres se dépatouillent comme ils l’entendent ; moi, je me battrai pour moi, rien que pour moi contre les autres. C’est la loi du tous contre tous, celle qui régente désormais nos existences.

La planète représente un marché peuplé de six milliards de vendeurs et de six milliards d’acheteurs. Total vend du pétrole, moi, je vends mon travail. Nous sommes l’un et l’autre des agents économiques qui obéissons aux mêmes règles. La loi nous met à égalité, égalité des droits, égalité des chances. Un, deux, trois, partez ! Le premier au but a gagné. C’est juste, n’est-ce pas ? Voyez Bill Gates, voyez les « Zillionnaires », presque tous sont partis de zéro et ils sont arrivés avant Total. Certains étaient des nullités à l’école, cela ne leur a pas fermé la route. Alors pourquoi pas vous ? La vie est une course, un marathon sans fin. Trente-cinq heures, vous plaisantez ? C’est trente-cinq heures par jour qu’il faut trimer et surtout ne vous accordez pas un seul instant de repos, les autres vous passeront dessus, vous piétineront, vous n’aurez d’homme que le nom, vous serez une loque infâme, un ver de terre, un moins que rien, un rien. Alors cours, cours, cours, la misère est derrière toi. Et sache-le une bonne foi pour toutes, tu es né seul et tu mourras seul. Jamais personne ne te tendra une main, tu es cerné par des chiens et des porcs. Le darwinisme social, sélection naturelle – les plus forts s’épanouissent, les autres crèvent -, devient le principe moteur de la nouvelle économie. En 2001, on demandait à un proche de Vladimir Poutine : avec l’abolition des subventions sociales, que deviendront tous les misérables qui empochent trente Euros par mois ? L’interlocuteur vous fixait droit dans les yeux et vous répondait : « Ils mourront, monsieur, ils mourront. » Il n’a pas fait erreur, ils sont en train de mourir et la population de la Russie comme celle de l’Ukraine, s’effondre chaque année. Voilà l’idéologie qui nous a été servie après la mort des idéologies. Une idéologie mise en musique par des gouvernants que rien n’arrête. Après l’espérance, la désespérance.

Pour les requins, la chasse était ouverte, ils ne se sont pas gênés. La libéralisation des échanges s’est accompagnée d’une prodigieuse création de richesses réparties, comme il se doit, selon la loi du plus fort. Aux Etats-Unis comme en France, à la fin des années 30, les gouvernements s’étaient efforcés de réduire les inégalités. Entre 1936 et 1975, la part des plus riches était passée de 20% du PIB à 5%. Fantastique progrès. Mais, entre 1975 et aujourd’hui, le balancier est revenu totalement en arrière et, de nouveau, un centième des Américains possèdent plus de 20% de la richesse nationale. La tendance se poursuit en s’aggravant. En France, on n’en est pas encore à ce point, mais on a pris la même direction, celle de la réaction, au sens premier du terme.

Pendant que les grandes fortunes atteignent des sommets inespérés, les hommes politiques amusent la galerie et la rassure : ne vous inquiétez pas, nous ne vous obligerons pas à vous serrez encore davantage la ceinture, mais vous comprenez, la Sécurité sociale va tomber en faillite si nous ne réduisons pas les remboursements. C’est dans l’intérêt de tous et surtout des plus démunis. Alors, encore un effort, rien qu’un petit effort. Les caisses de retraite ne pourront plus assurer les pensions des vieux, si vous ne travaillez pas un peu plus. Rien qu’un peu, quelques années de plus, c’est tout, cela vous fera du bien et le système continuera à fonctionner normalement. Il faut être raisonnable. Les universités vont périr dans le marasme, si vous n’y contribuez pas un peu. Rien qu’un peu, c’est pour le bien de vos enfants…

Et on pressure, et on pressure. Jusqu’où ? Jusqu’à quand ?

Le moteur des révoltes tient beaucoup moins à l’état de dénouement ou de désespérance qu’au sentiment d’injustice. Le bonheur aussi bien que le malheur se quantifient par comparaison. L’infortune la plus profonde se supporte plus aisément quand elle est partagée, elle devient invivable au regard de l’opulence du voisin. Encore plus intenable quand l’instance arbitrale, l’Etat, prend le parti des prépondérants. La vision darwinienne s’échine à nous persuader que « c’est la vie ». « Life is unfair », « La vie est injuste », martelait Kennedy pour bien faire comprendre qu’il ne fallait pas rêver. En ce temps-là, on trouvait encore des Eglises pour nous réconforter. Ici-bas, tout va mal, mais là-haut, sous le règne de Dieu tout-puissant, l’harmonie et l’équité nous sont assurés. La justice, on la trouvera dans l’autre monde, après la mort. L’ennui, c’est qu’il n’y a plus grand monde pour écouter les prêtres qui, eux-mêmes, ne tiennent plus ce langage. Plus personne pour nous inviter à la résignation, même pas les média, de toute façon, inféodés au Pouvoir et qui verraient leur audience s’écrouler s’ils jouaient ce jeu. Des injustices grandissantes cohabitant avec une farouche intolérance à l’injustice, est-ce soutenable ?

Jusqu’où ? Jusqu’à quand ?

La souveraineté de l’argent roi, il faut le savoir, entame à peine sa course. L’hyperpuissance des multinationales prend des proportions rocambolesques lorsqu’une seule société, possède plus de biens que 180 pays, lorsque les 100 premières entreprises additionnent 30% du PIB mondial, lorsqu’un pauvre vend très librement un rein à un riche malade. Et ce n’est qu’un début. On peut imaginer sans mal des cauchemars, aujourd’hui abominables, devenant des règles de vie en société parfaitement légales et admises.

Jusqu’où ? Et jusqu’à quand ?

La force du capitalisme repose sur le respect scrupuleux de la loi. Des bénéfices colossaux, des salaires patronaux vertigineux, mais tout obéit à des règles intangibles sous la surveillance d’une justice insoupçonnable. L’entreprise est vouée au bien-être de ses salariés, de sa clientèle, de ses actionnaires et, finalement, de la collectivité toute entière. Puis, voilà qu’on découvre, avec la crise immobilière par exemple, que les banquiers, au lieu de se conduire en gestionnaires méticuleux, manipulent les sommes qui leur sont confiées comme des joueurs de casino. Profit immédiat avec, à la clé, des risques de faillite. Ils sont preneurs. Qu’ils touchent leur prime de fin d’années, après eux le déluge ! On nous décrit des comptabilités ultrasophistiquées, surcontrôlées et surveillées au centime prés par des organismes indépendants et implacables. On s’aperçoit un beau jour que ce n’était que du pipeau. Les audits sont truqués, les contrôleurs stipendiés, les PDG des escrocs. Epargnants ruinés, salariés au chômage, managers en prison, entreprise démantelée pour revoir le jour, quelques temps plus tard, sous un autre nom. On croyait avoir affaire à de géniaux créateurs de richesses, on réalise, accablés, qu’ils n’étaient que de vulgaires voyous. Les supportera-t-on encore longtemps ?

Jusqu’où ? Et jusqu’à quand ?

Il est à peu près aussi idiot d’annoncer une révolution que de pronostiquer l’impossibilité de toute nouvelle révolution. A première vue, tout irait dans le sens des prophètes de « la fin de l’histoire ». Il n’y a plus personne pour avancer le projet d’une autre société que la nôtre. Aménager les règles qui nous régissent, ajouter plus de justice, atténuer les souffrances, oui. Mais déconstruire notre société pour en reconstruire une autre de toutes pièces, personne, pas même parmi les gauchistes les plus enragés, ne nous dessine les plans d’un système de remplacement. Tout nous incite à conserver le meilleur de ce que nous avons plutôt que de nous lancer à corps perdu dans une utopie qui nous mènera à bien pire que notre existence d’aujourd’hui. L’intuition aussi bien que la raison nous dictent la mesure. Mais la raison n’a pas toujours raison.

Car les tensions qui nous traversent sont là, bien palpables. Les deux tiers de l’humanité survivent dans la pauvreté et ils ne nous sont plus étrangers. Nous les voyons, ils arrivent chaque jours jusqu’à nos rivages et au cœur de nos capitales. Aucun des remèdes préconisés ne tient la route. Ces migrations n’ont rien à voir avec les grandes invasions, ce n’est que le simple corollaire de la mondialisation. Les marchandises et les capitaux circulent, pourquoi pas les hommes ? Un ouvrier éthiopien gagne chez lui 30 € par mois. En Allemagne, le travail industriel coûte 30 € l’heure. Aucune force ne freinera l’irrésistible attrait de la richesse. Dans les vingt prochaines années, on extraira plus de métaux et d’hydrocarbure (sans aborder un autre problème tout aussi crucial : l’eau) que dans toute l’histoire. Nos richesses ne sont évidemment pas un puits sans fond. Comment se partagera-t-on les dernières miettes ? Que fera-t-on quand tout sera mangé ? N’en doutons pas, quelque chose éclatera.

Le sang de notre économie n’est plus dans la production, il s’est réfugié dans la finance, domaine face auquel les plus savants donnent leur langue au chat. La crise financière de 1929 a déclenché des bouleversements calamiteux, à commencer par la montée du nazisme. Pourquoi s’est-elle produite ? Aujourd’hui encore, on n’en sait rien ! Nos crises financières actuelles, nous sommes loin de sortir de la dernière, ont été aussi imprévisibles, aussi indéchiffrables. Sommes-nous à l’abri d’un Big One, d’un cataclysme monétaire et financier mondial ? Les spécialistes assurent que l’hypothèse la plus probable est qu’il se produira. Pour quelle raison ? Peut-on l’éviter ? Silence, on est dans le noir. Quelles seront les conséquences sociales et politiques de ce séisme ?

Si une révolution devait un jour éclater dans notre monde capitaliste, elle ne ressemblerait, à coup sûr, à rien de ce que nos ancêtres ont connu. Il n’y aura ni prise de la Bastille ni chute du Palais d’Hiver. Autre chose. Mais n’en doutez pas : la bombe explosera.

 

Le pouvoir du sens d’un mot : Aujourd’hui, la raison…

Le pouvoir du sens d’un mot : Aujourd’hui, la raison…

Vous connaissez sans aucun doute la raison d’Etat ? Les penseurs d’autrefois nous faisaient rêver d’un temps où l’Etat serait l’incarnation de la Raison à laquelle la Convention avait élevé une statue. Notre gouvernement a trouvé nettement mieux : la raison selon l’Etat. Ou, du moins, celle que les chômeurs, pardon, les demandeurs d’emploi, devront se faire quand on leur présentera « une offre raisonnable ». Jusqu'à il y a quelques temps, les textes officiels utilisaient l’adjectif « valable ». Il faut désormais être raisonnable. En langage vulgaire, on dira au bénéficiaire de l’allocation d’accepter le boulot qui se présente, même si c’est loin, mal payé et sans grand rapport avec sa qualification et son expérience. Le sens de la proposition ne change guère lorsque l’on décline un mot noble. L’employeur n’a plus besoin de faire une proposition valable, du moment qu’elle est raisonnable. Qui donc oserait s’opposer à la raison ? Ce n’est plus celle qui irradiait l’esprit des républicains, seulement celle qui radie le chômeur de trop longue durée.

Sous cette manière de s’adresser aux pauvres en leur conseillant, et même en leur ordonnant, d’être raisonnables, on perçoit cet accent un peu emprunté du bon patron surpris d’entendre un ouvrier réclamer une augmentation. Comment refuser d’aller gagner son salaire à 60 kilomètres, même si, en l’absence de transport collectifs, les carburants absorberont la différence entre les gains du travail et les revenus du chômage. Si toutefois cette différence est positive. Après tout, on peut aussi estimer qu’il serait raisonnable de travailler, même en gagnant moins, plutôt que de prolonger une activité déprimante. Quelle merveille que ce mot ! Voyons, soyez raisonnable ! On peut tout obtenir en prononçant cette injonction. Tout individu ayant atteint l’âge de raison se doit-il de travailler ? Comment ferait-il la fine bouche quand on lui propose de gagner dignement sa vie ? Il oserait donc refuser, en s’accrochant à sa situation d’assisté ! L’inactif est par définition un parasite. Il se plaint des délocalisations qui lui ont fait perdre son emploi. Mais il constituait un coût de production trop élevé, quand, à l’autre bout du monde, il se trouve des hommes courageux qui acceptent n’importe quel boulot, à n’importe quel prix. Des gens raisonnables, qui se contentent de peu et qui, en outre, se passent de Sécu et de retraites. Dans ces conditions, il sera déraisonnable de refuser un travail à deux heures de route de son domicile, quand les entreprises, elles, sont capables de se déplacer jusqu’en Chine. La raison des salariés a des milliers de kilomètres de retard sur celle des employeurs.

Nous vivons, décidément, une ère formidable. Les mots évoluent, le pouvoir actuel en joue avec une maestria admirable. Il y a longtemps déjà que les chômeurs sont devenus des demandeurs d’emploi. Les chômeurs chôment. Les demandeurs demandent. Et quand on demande, il faut bien être raisonnable. C’est qu’on ne peut pas tout exiger, quand on demande, on prend les offres. Le terme est passé dans le langage. On offre un emploi. On ne propose pas, on offre. C’est comme un cadeau. Une proposition se refuse ou se discute. Mais refuser une offre, surtout quand elle est raisonnable, c’est faire montre d’une ingratitude qui confine à la grossièreté. Or, si le chômeur d’autrefois était réputé vulgaire, paresseux, voire alcoolique, le demandeur d’emploi est appelé à plus de civilité. On lui a épargné la déchéance signifiée par le mot « chômeur ». Il est placé dans la noble logique de l’offre et de la demande, celle de ce sommet de la civilisation que l’on nomme économie de marché. Et voici que d’un mot le gouvernement lui ouvre les portes d’un monde. Il peut cesser d’être demandeur en acceptant l’offre, il fera enfin partie des gens raisonnables. De quoi changer une vie !

 

Y en a marre des cons et des bien-pensants..

Y en a marre des cons et des bien-pensants..


Va-t-en, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline l'était, et pas qu'un peu. Il était même trop antisémite pour les nazis, qui le trouvaient caricatural, presque embarrassant. C'est dire. Ce ne sont pourtant pas les génies du sémitisme qu'il était question de célébrer, mais les génies de la création littéraire. Certains ont pourtant décidé de mêler la mémoire à l'objectivité du jugement, ce qui permet par exemple à Serge Klarsfeld de qualifier Céline de "bourde".

N'est-il rien d'autre que cela ? Il faut croire. Le plus grand écrivain du XXe siècle, mort il y a cinquante ans, a été retiré du calendrier des célébrations nationales 2011. "Il n'est pas possible de célébrer Céline", a expliqué Frédéric Mitterrand qui a, avant de prendre sa décision, relu Bagatelle pour un massacre. Dommage, car quiconque lira Voyage au bout de la nuit ou Mort à crédit ne pourra se contenter de brûler Céline. Le Ministre de la Culture semble vouloir "non sous le coup de l'émotion" donner tort à celui qui écrivait : "Au commencement était l'émotion". Marquera-t-elle également sa fin, son autodafé officiel ? Pour certains, c'est décidé : il faut laver l'Histoire de France, expurger sa littérature, blanchir les biographies. Ne nous arrêtons pas à Céline.

Et Voltaire ? "Vous ne trouverez en eux (les Juifs) qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice aux plus détestables superstition et haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. Il ne faut pourtant pas les brûler". Qu'attend-t-on pour débaptiser Ferney-Voltaire, les rues françaises et les lycées à son nom ? Et Rousseau ? "Je ne suis persuadé que nous ne connaissons d'hommes que les Européens". Que font encore les écrits de ce sinistre personnage dans les librairies ? Et Montesquieu ? "Partout où il y a de l’argent, il y a des juifs", voilà ce que disait cet infâme défenseur du droit du sang, qui pensait que Dieu ne pouvait avoir mis une âme dans un corps "tout noir" (C'est certain, il aurait voté Marine Le Pen).

Et Hugo ? "Marche, autre juif errant ! Marche vers l'or qu'on voit Luire à travers les doigts de tes mains mal fermées !" Voilà ce qu'il écrivait dans Les chants du crépuscule. Oui madame, Victor Hugo le sordide, celui là même qui affirmait que "l'Afrique n'a pas d'Histoire". Combien d'écrivains, combien d'académiciens, combien de coupables ? Faut-il les retirer séance tenante des programmes scolaires, au profit d'écrivains perfectly corrects et consensuels, qui ne heurteront jamais aucune sensibilité, comme Marc Levy, Musso ou je ne sais quel double-cheese culturel ?

"j'irais LOLer sur sa tombe"

Serge Klarsfeld, en incarnant à lui tout seul une polémique qui fait céder le ministre en un temps record, ne rend service à personne, en tout cas pas à ceux qu'il prétend défendre. Au lieu de penser au-delà de la mode, de découvrir, de réfléchir, de célébrer, on va commémorer, se faire peur en pensant à la haine, sans oser se pencher sur le génie. On va commémorer une énième fois la haine de l'autre, qui mène où l'on sait, où l'on ne manquera pas de nous le rappeler. Pourquoi ne pas faire de cet anniversaire une journée dédiée à la mémoire des victimes de la seconde guerre mondiale, avec minute de silence et drapeaux en berne ?

Comme l'écrivit Muray, le docteur Destouches était à la fois un génie et un antisémite. Quelle part doit-on retenir ? Que doit-on célébrer ? Qu'est-ce qui mérite une célébration ? Faut-il choisir ? Couper Céline en deux ? Il est évident que c'est le génie qui nous intéresse, nous fascine et nous absorbe, mais en quoi le génie serait-il propre, garanti sans OGM, élevé en plein air, militant pour la répartition des richesses, encarté au Parti socialiste ? Le génie a-t-il un contrat d'exclusivité avec l'Empire du Bien ? "Si on se laissait aller à aimer les gens gentils, la vie serait atroce", écrivait encore Céline, sans imaginer à quel point notre époque pourrait lui donner raison. Ainsi que le hurlait Fabrice Luchini il y a encore quelques semaines sur les planches du théâtre de l'Atelier, Céline était peut-être un ignoble antisémite mais il était surtout un authentique génie. Depuis quand doit-on choisir ? Notre époque, qui prétend n'avoir ni préjugé ni a priori, condamne un art sous prétexte que son artiste de père pensait ceci ou disait cela. Face au génie, qui aura la prétention de déterminer si ce dernier est politiquement correct ou non ? Alors que le jugement de valeur était le plus profond de tous les jugements, voilà que seul l'ad hominem a droit de vie ou de mort sur les œuvres. Cette fouille à corps des génies témoigne-t-elle de la fameuse ouverture d'esprit dont se targue tant notre époque ?

Jugeons les hommes, leur part ténébreuse, surtout pas leur art. Oubliées, les éventuelles "grandes œuvres qui réveillent notre génie", toujours les mots de Céline. Place à la police intemporelle des dérapages. L'Inquisition se contentait du présent ? Le progrès retournera dans le passé pour juger les cadavres. Citons aussi Philippe Muray, dans Après l'Histoire : "Homo festivus est en effet cet individu très spécial qui exige les roses sans épines, le génie sans la cruauté, le soleil sans les coups de soleil, le marxisme mais sans dogmatisme, les tigres sans leurs griffes et la vie sans la mort". Depuis toujours, nous célébrions le génie malgré ses quelques désagréments. Nous célébrons maintenant le désagrément malgré ses quelques génies.

"La Joconde est peut-être superbe, mais comme De Vinci était un courtisan de François Ier, roi de France tyrannique, belliciste et misogyne, il paraît déplacé de la célébrer".

C'est déjà ce que l'on fait, c'est même un sport national. Les chevaliers ? Des Don Quichotte. Les héros de guerre ? Ils n'en sont pas morts. Les Résistants ? Des opportunistes. Qu'il est aisé pour le bouffon d'aujourd'hui, entre ses nuits blanches et ses happenings, de railler et de mépriser ceux qui ont mis un jour "leur peau sur la table", comme disait Céline pour qui la "grande inspiratrice" était la mort, côtoyée au quotidien. Autour du bouffon en trottinette, il ne doit plus y avoir que la vie et le bien. La mort et le mal sont interdits.

Ridiculiser, souiller nos grandeurs, notre époque citoyenne adore ça. Louis XIV ? Le massacre du Palatinat. Voltaire ? L'esclavage. Jeanne d'Arc ? Le Front national. "Renversons les statues, déchirons les légendes", écrivait Max Gallo dans Fier d'être français, en regrettant que la France n'ose plus célébrer Austerlitz tout en envoyant une délégation pour fêter Trafalgar avec la Perfide Albion. La fierté et la grandeur, c'est très vilain. La France doit s'abaisser, se prosterner, s'humilier. Pas question de faire le moindre défilé du 14 juillet sans inviter des délégations étrangères pour le "symbole". Pas question de célébrer on ne sait quel événement historique sans rappeler que les "musulmans en étaient". Pas question de se réjouir de quoi que ce soit sans se recueillir longuement sur ses fautes et ses péchés. Pas question de faire un cours d'Histoire sans "sensibiliser" gravement les écoliers aux "dérives" et aux "travers" passés. La République a remplacé la culpabilité religieuse originelle par la culpabilité historique.

"Céline antisémite ? Elle a chanté quoi depuis Titanic ?"

Comment sortir ce pays de sa trouille de lui-même s'il ne regarde pas en face son histoire et ses génies ? À diaboliser le passé, on diabolise le présent et l'avenir. Quel génie se hissera sur nos épaules courbées ? Qui pourra construire quoi que ce soit avec de telles œillères ?

"De l'œuvre d'art comme de l'individu, seule une autre œuvre d'art peut parler avec pertinence. Aujourd'hui, au grand écrivain on préfère le livre idiot écrit sur lui", écrivait Nicolas Gomez Davila.

C'est pire : on ne retient désormais que le "dérapage" dénoncé par le premier avocat venu, pour l'occasion ministère public de l'histoire censurée et sympathique. Quelle est désormais la proportion de gens dans la rue qui vous diront "Céline, l'antisémite ?" Plutôt que "Céline, le génie ?" Sans oublier bien sûr l'immense majorité qui ferait mieux de rester silencieuse : "Céline, elle a chanté quoi depuis Titanic ?"

"L'antisémitisme noir de l'écrivain ne correspond pas aux valeurs de la République", écrit le JDD. Très bien, alors la République a du pain sur la planche, parce qu'en cherchant un peu, il se trouve que la grande majorité de nos sommités intellectuelles n'affichaient pas du tout les mêmes valeurs que celles de la République du Fumer tue, des flashmobs et des cellules psychologiques… Si la République pouvait prétendre à une valeur, ce serait assurément celle qui consiste à honorer tous ses génies, sans distinction anachronique. Demander à des fonctionnaires de sélectionner soigneusement les rares hérauts dont on autoriserait l'hagiographie le partage à la stupidité et au terrorisme intellectuel. "Une biographie, ça s'invente", disait Céline, qui aura décidément raison devant l'Éternel.

Personne ne semble se demander s'il est pertinent ou non de chercher à établir une liste de fréquentabilité historique républicaine, surtout si cette dernière est établie à l'aune des connaissances et de l'objectivité de monsieur Klarsfeld. Heureusement pour la plupart des auteurs, la culture progressiste n'ira que rarement jusqu'à eux. Céline, c'est une valeur sûre de l'indignation : tout le monde (même Paul Amar) sait que c'est une ordure dont on ne saurait admirer la plume. Qu'on se rassure, la France, qui épure toujours, est venue à bout des dernières rues Philippe Pétain du pays : elle viendra à bout de Céline. L'histoire est repoussée, encore, au profit de la mémoire. N'avons-nous pas encore compris ? Pour combien de temps encore doit-on confier notre libre-arbitre au Ministère de la culture ?

Après les lois exigeant des historiens qu'ils pensent ce qu'on leur demande de penser et qu'ils cherchent là où on leur dit de chercher, ne faut-il pas mettre en place une police de nettoyage de l'Histoire et de la littérature, pour y supprimer tout ce qui n'est pas parfaitement progressiste ? En cherchant bien, chez Zola, chez Balzac ou chez Flaubert, on trouvera forcément des traces de misogynie, d'homophobie, d'antisémitisme… Et que dire de Nietzsche et de ses textes épouvantablement dangereux s’ils ne sont pas accompagnés d'une "mise en garde pédagogique et citoyenne", comme celle que l'on veut imposer à Tintin au Congo.

On n'en finit plus de donner des coups de pied au cadavre de l'esprit critique. Nos enfants nous jugeront ? Il faudrait d'abord leur enseigner le jugement.

Les génies sont censés être des exemples pour les jeunes générations, un peu comme Zizou ou Jamel. Ils ont donc intérêt à anticiper l'ensemble des valeurs de la République progressiste pour se trouver en adéquation avec cette dernière, car un jour viendra où des milliers de petits procureurs de l'histoire reviendront traquer dans les moindres recoins de leur biographie l'inévitable "dérapage", la petite phrase au bout de laquelle on pourra enfin les faire pendre. Toute ressemblance avec Fouquier-Tinville et son obsession de l'égalisation est purement fortuite. La seule chose que l'on veut rendre éternelle et anachronique n'est plus le génie, c'est le dérapage. L'Histoire n'a tout de même pas pu être ce qu'elle a été, sans que nous n'ayons été là, nous autres vigilants citoyens, pour la soumettre à tous nos salvateurs principes.

Retirera-t-on un jour Victor Hugo du Panthéon parce qu'il ne mangeait pas cinq fruits et légumes par jour ? Faut-il déboulonner les statues de Baudelaire parce qu'il ne lâchait pas de ballons pour les otages français ? Faut-il cesser de célébrer Lully parce qu'il ne reversait pas ses bénéfices à des associations caritatives ? Et que dire de Molière, qui n'a jamais pris clairement position pour la répartition des richesses ?

Laissons le mot de la fin a celui qu'il ne faut plus célébrer : "Sachez avoir tort. Le monde est rempli de gens qui ont raison. C'est pour cela qu'il écœure".